« Ce qui dérange les racistes, ce n’est pas que les immigrés ne s’intègrent pas, c’est qu’ils s’intègrent trop », analyse Fabien Truong
Pour le sociologue spécialiste des quartiers populaires Fabien Truong, l’élection de maires de couleur issus de l’immigration montre que notre modèle républicain fonctionne. Et c’est bien ce modèle que vise l’offensive médiatique et politique en cours.
le 25 mars 2026
Comment analysez-vous la stigmatisation dont sont victimes les maires et les habitants renvoyés à leur peau noire ?
Ce qui se passe est extrêmement révélateur de ce que deviennent chez certains le combat politique et le journalisme, avec des accusations infondées, le règne de l’anathème et de la réaction sur des vidéos détournées et instrumentalisées.
Au fond, l’extrême droite, la droite et des médias voient des citoyens français d’origine maghrébine ou subsaharienne célébrer une victoire électorale et ils ne parlent absolument pas du fond de l’affaire. Il y a en réalité une non-acceptation de ces victoires et une structure de pensée profondément raciste qui se révèle au grand jour. Dans un mélange de xénophobie et de mépris de classe, ces candidats sont renvoyés à leur couleur de peau et à un prétendu communautarisme.
Mais qu’y a-t-il de scandaleux à ce que des gens votent pour des personnes qui ont des parcours de vie et une histoire similaire aux leurs, et qui partagent les mêmes problématiques au quotidien ? Ce n’est pas du tout une première. Je note que cette grille de lecture communautariste est utilisée uniquement concernant les personnes issues de l’immigration, quand cela arrange, et sans même regarder le programme et les propositions concrètes des maires élus.
Qu’est-ce que ces élections disent de la politisation dans les quartiers populaires ?
Des jeunes dont on entend sans cesse dire sur les plateaux qu’ils sont dépolitisés, sans conscience politique et abstentionniste sont montrés en train de danser en mairie tout en prenant leur nouveau maire dans les bras avec joie. Des gens qui n’avaient pas tous les capitaux économiques et culturels pour aller voter s’emparent de la politique et placent de l’espoir dans une élection.
Tous ceux qui sont authentiquement républicains devraient donc s’en réjouir. Les citoyens en question chantent la Marseillaise, et au lieu de montrer cela, ils sont renvoyés de façon totalement démagogique au trafic de drogue. Ce qui dérange les racistes, ce n’est pas que les immigrés et leurs descendants ne s’intègrent pas, c’est qu’ils s’intègrent trop.
« Il est logique que ces personnes, qui avaient déjà depuis des années accès au poste de conseiller municipal ou de maire adjoint, accèdent à leur tour aux responsabilités de maire. »
C’était pareil autrefois avec les immigrés polonais, espagnols, italiens, qui eux aussi se sont enracinés en France et dont les enfants ont gagné des élections. Aujourd’hui, cela concerne les Français qui ne sont vus pas certains que comme « des Noirs et des Arabes ». Il s’agit pourtant de citoyens nés ici, qui montrent leur attachement à la commune au point de se présenter, de mener campagne et de vouloir participer à la décision publique. On devrait s’en réjouir.
Ces municipales marquent-elles un tournant dans la représentation politique des banlieues ?
Oui et non. Il y a de plus en plus de personnes issues d’une immigration postcoloniale et africaine qui font de longues études, qui obtiennent des diplômes, un travail stable et intègrent les classes moyennes. Cela représente une grande partie de la jeunesse des quartiers populaires très intégrée quand bien même ce n’est pas du tout médiatisé. Il est logique que ces personnes, qui avaient déjà depuis des années accès au poste de conseiller municipal ou de maire adjoint, accèdent à leur tour aux responsabilités de maire.
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Ces édiles ne seraient pas là sans avoir acquis les capitaux politiques pour porter la parole publique et gagner des élections. C’est une chose qui à la fois s’apprend, et qui s’hérite. Ces élus s’inscrivent dans l’héritage du travail d’éducation populaire mené par le PCF, et par le PS, en plus du travail de rajeunissement opéré par LFI.
D’une ville à l’autre, ils ont été intégrés et portés par les appareils politiques, qu’ils ont parfois dû contourner pour ne pas être bloqués et accéder au poste de maire, car il y a aussi eu une forme de rendez-vous manqué il y a quelques années dans certaines villes de gauche. Ces maires ont aussi bien souvent assis leur crédibilité grâce à l’action associative où ils ont fait leurs preuves. Ce n’est pas grâce à leur couleur de peau qu’ils ont acquis leur crédibilité.
L’extrême droite estime que ces élections prouvent que le « grand remplacement » est une réalité démographique…
L’extrême droite montre une fois de plus qu’elle prône une conception de la citoyenneté fondée sur une prétendue race, qui est totalement contraire aux principes républicains. Des gens sont noirs, beurs, ou blancs, et alors ? L’extrême droite se lamente de quartiers où il y aurait trop de Noirs.
On ne l’entend par contre jamais dire qu’il y aurait des quartiers avec trop de Blancs. Et si elle veut plus de mixité ethnique, elle n’a qu’à soutenir la loi SRU, pour que chaque ville prenne sa part de logement social, ce qu’elle ne fait pas.
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L’immigration, principalement économique et subsaharienne aujourd’hui, est accueillie par les villes solidaires qui développent le logement social. Ces villes tremplins, avant une ascension sociale et un parcours résidentiel, accueillent, intègrent, et forment depuis des décennies des républicains qui en deviennent maires, quel que soit le pays d’origine des parents.
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