« J’ai vu plusieurs collègues vomir » : sous les fumées toxiques à Bordeaux, le calvaire des livreurs à vélo
Face aux fumées toxiques, les livreurs à vélo sont en première ligne. Entre malaises et vomissements, ces travailleurs précaires n’ont pas d’autre choix que de continuer leur activité pour survivre. La Maison des coursiers de Bordeaux dénonce le silence absolu des plateformes.
le 31 juillet 2026
Alors que le mégafeu qui ravage la Gironde envoie un immense panache de fumées toxiques jusqu’au cœur de la métropole, la population se protège avec des masques. Mais dans les rues, les livreurs à vélo slaloment entre les poussières incandescentes. En première ligne, ils continuent d’enchaîner les courses, au détriment immédiat et futur de leur santé.
Depuis le week-end du 25 et 26 juillet, les indices de qualité de l’air mesurés dans la région ont franchi des seuils critiques, basculant dans une catégorie de pollution d’une sévérité exceptionnelle. L’air y est devenu irrespirable sous l’effet des particules fines des incendies, basculant dans une « urgence sanitaire ».
Malaises, vomissements et maux de tête
Pour un coursier à vélo, dont le corps exige un volume d’air démultiplié par l’effort physique, « c’est extrêmement dangereux de pédaler dans de telles conditions », alerte Jonathan L’Utile Chevalier, coordinateur de la Maison des coursiers à Bordeaux. Sur le terrain, les signaux d’alarme s’accumulent : « Depuis plusieurs jours, les livreurs nous rapportent des malaises, des vomissements, des chutes et des maux de tête ».
Parmi eux, les témoignages traduisent une détresse physique permanente. Un livreur bordelais raconte avoir enchaîné dix heures de travail quotidien pendant les jours les plus critiques : « Avec la fumée, c’est dur et fatigant, on a du mal à respirer avec la pollution, l’odeur des fumées. J’ai vu plusieurs collègues vomir. Mais on est obligé de travailler, on n’a pas d’autres moyens ».
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Face à ces effets immédiats sur la santé, les plateformes de livraison restent silencieuses. Alors que la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, enjoignait les habitants à se confiner à leur domicile, aucune information n’a été donnée par les plateformes pour les travailleurs, selon le coordinateur de la Maison des coursiers de Bordeaux.
Celui-ci dénonce une indifférence managériale coupable : « Comment se fait-il qu’aucune communication de prévention n’ait été envoyée aux travailleurs ? On leur répète qu’ils sont libres de ne pas travailler. Mais quelle est cette liberté quand on vit dans une situation de précarité, avec la peur de voir son compte désactivé par l’algorithme ou de perdre sa seule source de revenus ? »
La Maison des coursiers de Bordeaux distribue des masques FFP2
Le modèle économique des plateformes repose sur l’utilisation du statut d’auto-entrepreneur, qui les défausse de toute responsabilité patronale. Pourtant, une étude de l’Anses publiée en 2025, recommandait fermement aux pouvoirs publics d’imposer un cadre légal contraignant les plateformes numériques concernant la sécurité et la santé au travail. « Si un coursier venait à faire un arrêt cardiaque ou à mourir sur son vélo, son statut d’auto-entrepreneur ferait en sorte que le drame n’apparaisse même pas dans les statistiques des accidents du travail », s’indigne le responsable de l’association.
Pour pallier les manquements, la Maison des coursiers de Bordeaux informe les livreurs sur les risques liés à la pollution et distribue des masques FFP2 et du sérum physiologique pour se nettoyer les yeux irrités par les suies. Une veille est organisée sur la santé des livreurs surexposés ces derniers jours aux polluants.
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La vigilance est de mise. Plusieurs médecins bénévoles de Médecins du monde auscultent les travailleurs. « Les personnes que j’ai vues sont fatiguées à cause de la chaleur et des fumées. Elles inhalent de grosses quantités de particules et sont hypotendues parce qu’elles perdent trop d’eau », explique un médecin bénévole. « Notre rôle, c’est de les protéger ; on leur donne des conseils d’hydratation, notamment de boire de l’eau un peu salée. »
Porter un masque FFP2 en plein effort caniculaire donne la sensation intolérable « d’étouffer », poursuit-il. Mais, au-delà des effets directs, à long terme, les travailleurs sont exposés à des troubles respiratoires chroniques, à des pathologies cardiovasculaires et à des atteintes cérébrales.
Si la qualité de l’air s’est légèrement stabilisée cette semaine à Bordeaux, l’air reste vicié et la menace persiste. La santé des travailleurs précaires demeure le coût des conséquences destructrices des incendies.
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