Communistes, insoumis et écologistes ont multiplié les propositions pour faire face à la crise sociale, en évitant de s’attaquer mutuellement. Les insoumis, qui espèrent encore rallier les électeurs des verts et du PCF, ont réservé leurs rares attaques au PS, apparu isolé.
le 13 septembre 2026
Ceux qui se plaisaient à imaginer une Fête de l’Humanité tournant au pugilat, à sept mois de la présidentielle, sont repartis déçus. Consigne a été passée au sein des partis : dans une Fête où le mot union est toujours applaudi, communistes, insoumis, écologistes ont retenu leurs coups pour mieux les réserver à l’extrême droite et aux forces du capital.
Les différentes forces se sont respectées, même si le ton est monté et a montré la cornérisation de socialistes empêtrés dans leur primaire, dimanche, lors du débat des chefs de groupe à l’Assemblée. Le socialiste Boris Vallaud, soutien de Raphaël Glucksmann, a été rappelé par l’insoumise Mathilde Panot puis par le communiste Stéphane Peu à son pacte de non-censure avec le gouvernement macroniste, sous les huées. Mais Boris Vallaud a annoncé que, « vraisemblablement », le groupe socialiste censurerait, cette fois, le prochain budget au même titre que le reste de la gauche.
« La canicule que nous avons traversée est aussi une violence de classe »
Preuve que ce sont bien les questions économiques et sociales, avec une forte dimension de classe, qui ont structuré les débats, articulés à l’enjeu environnemental. « La canicule que nous avons traversée est aussi une violence de classe. Car ce ne sont pas les riches qui en meurent », a lancé Fabien Roussel sur la Grande Scène, pour son premier meeting depuis qu’il est candidat. Et le secrétaire national du PCF de mettre l’accent sur l’augmentation des salaires, la baisse des taxes sur l’essence et « l’abolition du privilège de classe de l’évasion fiscale ».
Rémunération et fiscalité ont aussi structuré le meeting du candidat LFI Jean-Luc Mélenchon, qui consacre sa rentrée aux questions économiques – annulation de la part de la dette française détenue par la BCE, hausse du Smic. L’insoumis est revenu sur les rires qu’il avait suscités au Medef en défendant cette dernière mesure, un mépris patronal « attentatoire à la dignité des Français ». Il a défendu « l’échelle mobile des salaires » pour les réajuster à l’inflation, et sa taxe de 100 % sur les héritages au-delà de 12 millions d’euros : « Je préfère un peuple qui hérite de la société que de faire une société d’héritiers ! »
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Le sujet est revenu au premier plan, alors que la grande transmission du patrimoine des baby-boomers – 9 000 milliards d’euros vont aller d’une génération à l’autre d’ici à 2040, essentiellement via la propriété foncière et immobilière – va s’imposer comme l’un des phénomènes structurants des inégalités en France. C’est dans cette manne que veut aussi puiser l’écologiste Marine Tondelier, pour financer un « bouclier social et écologique » et assurer la baisse des coûts de l’alimentation et des transports.
« On va gagner » comme un slogan d’appel aux sympathisants de gauche
Souhaitant que la prochaine Fête de l’Humanité soit celle « où des ministres de gauche sont félicités pour leurs cent premiers jours qui ont changé la vie des Français », la candidate verte a de nouveau prêché l’union. Les insoumis aussi, mais à leur manière. En position de force dans les sondages, ils sont convaincus que l’unité se fera mécaniquement par le bas, du fait de leur forte dynamique qui les place au second tour face à Marine Le Pen. D’où une volonté d’apparaître rassembleurs lors de la Fête, en martelant « On va gagner » comme un slogan d’appel aux sympathisants de gauche de tous bords.
« Dans les moments importants, on ne se trompe pas d’adversaire », a fait savoir le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, qui se projette déjà : « Si on gagne, l’objectif est d’avoir un gouvernement qui tient compte des différentes sensibilités à gauche », avec des ministres communistes et écologistes – la main n’est pas tendue au PS.
Les insoumis peuvent-ils arracher ainsi des retraits en leur faveur ? Ce n’est pas à l’ordre du jour côté verts, ni communiste – face à la presse, Fabien Roussel a assuré que, « bien sûr », il irait jusqu’au bout. Mais il y a, dans les deux formations, des voix qui poussent à se rapprocher de LFI. Au PCF, Stéphane Peu a alerté sur le risque de voir le groupe communiste « disparaître » de l’Assemblée, tandis que le courant minoritaire Alternative communiste, portée par la députée Elsa Faucillon, a évoqué auprès de l’Humanité une « assemblée générale » au 1er octobre sur le soutien à « un autre candidat » – sous-entendu, Jean-Luc Mélenchon.
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Mais l’élue PCF de mettre aussi en garde LFI sur la « nécessité de faire naître une culture unitaire ». C’est que l’euphorie des insoumis, convaincus de « rouler sur le premier tour », selon l’expression de certains militants, exaspère parfois. Un optimisme performatif qui leur a valu quelques interpellations, dont celle du député François Ruffin, également candidat, qui a rappelé Mélenchon son « plafond de béton » : les sondages qui le donnent largement perdant face à Marine Le Pen.
Interrogé sur ce point, l’insoumis a simplement appelé « à faire campagne : expliquer, expliquer, convaincre, rassurer », pour renverser le rapport de force. Lucides, les forces de gauche savent la marche haute. Et se prononcent toutes, quoi qu’il arrive, pour un rassemblement aux législatives – dont le périmètre reste à débattre. « La gauche n’est pas majoritaire en France aujourd’hui », a rappelé Fabien Roussel. Il reste sept mois aux différents candidats pour réunir les propositions et les conditions pour qu’elle le soit.
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