Dans l’émission de France 5 « C dans l’air », lundi soir, la journaliste Caroline Michel-Aguirre a fait un parallèle au sujet du rapprochement du grand patronat avec l’extrême droite entre 2025 et l’Allemagne des années 30. Mécontent, le Rassemblement national, cofondé par un Waffen-SS, a saisi l’Arcom et appelé à privatiser l’audiovisuel public.
le 4 novembre 2025
Sera-t-il bientôt illégal de formuler un parallèle entre les nazis et un parti fondé par des nazis ? Avec des mots confinant à l’appel à la censure, le Rassemblement national (RN) s’est mobilisé, lundi soir, contre une séquence de l’émission « C dans l’air ».
Autour de la table, la journaliste du Nouvel Obs Caroline Michel-Aguirre et le politologue Jérôme Jaffré échangent à propos des rencontres, désormais régulières, entre le président du RN Jordan Bardella et le grand patronat. « Le patronat prend un risque parce qu’une partie multiplie les contacts avec Jordan Bardella et se dit : « On va prendre le contrôle de son cerveau. Il est jeune, il n’y connaît rien, on va lui donner un programme libéral », analyse la première.
La citation n’est guère flatteuse mais c’est seulement la suite qui est pointée du doigt par l’extrême droite : « C’est ce qu’Alain Minc appelle l’effet von Papen ; c’est-à-dire qu’au nom d’une potentielle stabilité, on va prendre ce risque parce qu’on va le contrôler. »
Appel à privatiser France Télévisions
La référence au chancelier allemand Franz von Papen, qui a favorisé la nomination d’Adolf Hitler à ce même poste en 1933, avec l’espoir de le contrôler, ne passe pas au RN. Une vingtaine de députés d’extrême droite ont aussitôt annoncé saisir l’Arcom – que, par ailleurs, ils appellent à fermer.
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« La conception du débat selon le service public : quatre intervenants, tous d’accord pour me comparer à Hitler, sans aucune nuance ni modération de la part de la présentatrice, au regard approbateur. À travers moi, ce sont des millions de Français qui sont insultés, avec leur argent », a réagi Jordan Bardella dans un tweet ayant pour conclusion : « Vivement la privatisation ! »
« La privatisation devient urgente ! Les Français n’ont pas à payer tous ces journalistes pour se faire insulter matin, midi et soir », abonde le député Julien Odoul sur CNews, chaîne du groupe Bolloré qui a largement alimenté la polémique ce mardi (article du JDD, débats sur Europe 1, éditorial de Pascal Praud…). Or, c’est bien une volonté de faire taire des voix que suppose ce vœu, à lire comme une menace.
La réponse de Johann Chapoutot
La comparaison avec les années trente et entre deux extrêmes droites, certes différentes, dans leur chemin vers le pouvoir n’a pourtant rien de révolutionnaire – et ne veut pas dire que Bardella ou Le Pen seraient l’équivalent d’Adolf Hitler, ce que personne ne sous-entend sur le plateau de « C dans l’air ». Le parallèle est ces dernières années l’objet de plusieurs essais documentés, comme La possibilité du fascisme d’Ugo Palheta (La Découverte, 2018).
L’historien Johann Chapoutot, auteur des Irresponsables (Gallimard, 2025), qui raconte justement cette accession au pouvoir d’Adolf Hitler, répondait à la Fête de l’Humanité sur cette opportunité de comparer les deux époques : « Toute histoire est contemporaine. Et je ne me cache pas du fait que je me suis intéressé à ce moment libéral autoritaire, et à ce glissement de ce que Pierre Serna appelle l’extrême-centre, vers l’extrême droite, en 1932-1933, parce que je suis un citoyen, un lecteur de presse, un électeur, préoccupé par ce qu’il se passe depuis 2017 au moins. »
Dans une époque où les élites capitalistiques, voyant leur système être remis en cause, se tournent vers des partis illibéraux fondés sur le rejet des étrangers, le parallèle avec les années 30 est forcément un sujet pour les chercheurs et les journalistes. Le fait que le waffen-SS Pierre Bousquet ait, avec le négationniste Jean-Marie Le Pen, déposé les statuts du parti qui aujourd’hui s’en offusque, ne fait que la légitimer.
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