Présomption de légitime défense, peines planchers, intégration de policiers au corps des magistrats, rétablissement du service militaire… En tournée promotionnelle de son livre, le président du RN en a profité pour monter d’un cran dans la surenchère sécuritaire.
le 5 novembre 2025
Pas question pour Jordan Bardella de voir « Les Républicains » ou Reconquête prendre la place du Rassemblement national de champion de l’ultrasécuritaire. Le président du parti lepéniste en a ainsi remis une couche dimanche 2 novembre, dans le cadre de la tournée promotionnelle de son nouveau livre. Avec un nouveau slogan : « Faire de la France le pays le plus répressif d’Europe ». La phrase, lâchée sur LCI, a d’abord la vocation d’adresser aux électeurs de droite une ambition plus forte que ses concurrents. Mais elle cache des perspectives inquiétantes pour les libertés individuelles et l’État de droit.
« La France ne renouera pas avec la prospérité si on ne rétablit pas l’ordre et l’autorité. C’est la raison pour laquelle moi, je suis pro-police, je suis pro-forces de l’ordre, je suis pro-militaires », affirme Jordan Bardella dans le même entretien. Le problème est que les déclarations d’amour répétées aux forces de sécurité peuvent créer un aveuglement délétère pour la République.
L’une des mesures phares du Rassemblement national est ainsi de créer une « présomption de légitime défense pour les membres des forces de l’ordre », qui s’apparente à un permis de tuer. En France, la légitime défense est encadrée par les critères de stricte proportionnalité et d’absolue nécessité mais l’extrême droite veut « renverser cette logique ». Avec deux pistes possibles : renverser la charge de la preuve – auquel cas il sera à la charge de la victime de prouver ces deux critères – ou même imposer comme seul critère « l’impression d’être menacé ».
Défense des milices
Avec le RN, qui refuse de reconnaître les violences policières et ne cesse de dénigrer les mouvements sociaux, il y aurait aussi beaucoup à craindre de sa politique de répression des manifestations. En 2023, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites, le futur eurodéputé RN Matthieu Valet a ainsi défendu les « gardes à vue de 24/48 heures » de manière préventive pour tout manifestant se trouvant à proximité d’affrontements violents.
L’idée a été à nouveau défendue par l’extrême droite à l’été 2023, juste après la mort du jeune Nahel à Nanterre, comme pour justifier le meurtre commis ce jour-là. Dans les semaines qui ont suivi, des révoltes violentes ont éclaté. L’occasion pour le RN de mettre en avant son arsenal sécuritaire rêvé, tandis que des milices d’extrême droite se sont constituées pour « casser des Arabes », selon divers témoignages de l’époque, dans plusieurs villes de France. Le parti de Marine Le Pen n’avait alors pas condamné ces agissements.
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Car dans sa vision d’une France « répressive », l’extrême droite intègre un droit à se faire justice soi-même, totalement contraire à l’État de droit et à la constitution. Outre cette « présomption de légitime défense », les députés du Rassemblement national ont, en 2022, déposé des amendements à la « loi anti-squat » allant plus loin que l’expulsion automatique qu’ils défendent par ailleurs.
Le texte porté par Sébastien Chenu exige que les propriétaires cherchant à déloger par eux-mêmes des squatteurs, « dans un accès de colère à raison », absout l’amendement, encourent des peines beaucoup plus faibles, passant de 3 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende à 6 mois et 10 000 €.
Plus de sévérité… pour certains
Plus répressif, donc, mais pas pour tout le monde. Le parti de Marine Le Pen, qui crie à la « justice politique » et à la sévérité des juges dans le cadre de sa condamnation en première instance pour détournements de fonds publics, veut en outre durcir les sanctions. En créant des peines planchers pour « casser les récidivistes », en suspendant des allocations familiales pour les parents de mineurs criminels ou délinquants récidivistes, voire en les expulsant des logements sociaux.
Jordan Bardella souhaite aussi « généraliser la rétention de sûreté », c’est-à-dire maintenir en prison, les personnes condamnées pour « terrorisme islamiste », a-t-il précisé sur LCI. Une manière d’exclure le terrorisme d’extrême droite, considéré comme l’une des principales menaces par Europol, agence européenne de police criminelle.
La réforme de la justice prévue par le parti d’extrême droite souhaite aussi élargir le corps de magistrat à l’« extérieur », sans passer le concours de l’école de la magistrature. Avec une volonté à peine voilée de voir des anciens policiers et gendarmes siéger dans les tribunaux.
Derrière ces mesures, Jordan Bardella assume vouloir insuffler un « choc d’autorité dans la société ». C’est-à-dire mettre les Français au pas. Littéralement, puisque celui qui se rêve président de la République promet de rétablir le service militaire obligatoire.
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