240 milliards de dollars : le Venezuela s’apprête à dévoiler la plus grande opération de restructuration de dette au monde
Vingt-quatre heures avant que le double séisme ne ravage Caracas et sa périphérie, ce mercredi, une autre déflagration, financière celle-là, ébranlait le pays avec l’annonce d’une prochaine reconnaissance de dette colossale.
le 26 juin 2026
La veille du double séisme qui a dévasté Caracas et ses alentours, ce mercredi, c’est une secousse d’un tout autre ordre qui frappait le Venezuela. Ce 23 juin, le Financial Times révélait que le gouvernement dirigé par la présidente par intérim Delcy Rodriguez s’apprêterait à reconnaître une dette d’environ 240 milliards de dollars. Un montant bien au-delà des 150 à 200 milliards estimés jusqu’ici par les marché financiers, et qui placerait la nation bolivarienne face à la plus grande restructuration jamais enregistrée, devant même le défaut de paiement historique de la Grèce en 2012 (200 milliards de dollars).
Selon le quotidien économique, le pays sud-américain devrait présenter d’ici quelques semaines l’état de ses finances à ses créanciers, avec un plan de restructuration visant à ramener la dette du Venezuela à un niveau viable. L’objectif : conclure un accord avant la fin de l’année afin de permettre au pays de revenir sur les marchés internationaux, après en avoir été exclu pendant une décennie.
Un retour sur les marchés internationaux après une décennie d’exclusion
Un geste géopolitique d’une portée considérable, qui marque une rupture nette avec l’ère Maduro et lance un processus de normalisation dont les enjeux dépassent de loin la simple finance. Non pas que le président séquestré en janvier dernier par les forces spéciales états-uniennes ait souhaité isoler son pays du reste du monde…
Chute de près de 80 % du PIB entre 2013 et 2020, pire épisode d’hyperinflation (entre 2015 et 2021) jamais enregistré dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale : le successeur d’Hugo Chávez avait dû diriger un pays frappé par une des pires crises économiques de l’histoire.
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Ses causes : une chute des prix mondiaux des matières premières, de mauvaises décisions politiques fragilisées par une corruption endémique, mais surtout une véritable guerre économique visant à asphyxier le pays menée par les gouvernements successifs des États-Unis (plusieurs centaines de mesures coercitives unilatérales – des sanctions – imposées par Wahington depuis 2015).
Après avoir fait exploser les ponts entre le Venezuela – mis à genoux financièrement – et le reste du monde, les États-Unis permettent aujourd’hui un retour du pays sur les marchés internationaux, sans lesquels les pays du Sud peinent souvent à financier leur développement.
Des concessions aux multinationales pétrolières ?
Avec un gouvernement aujourd’hui menacé en permanence d’un pistolet sur la tempe, et une rente pétrolière mise sous tutelle par le Trésor nord-américain (lire notre entretien avec le géopoliticien Luis Alejandro Avila, publié le 15 juins dans l’Humanité), la reconnaissance d’une dette bien supérieure aux estimations du marché représentent un acte de transparence radical visant à établir une nouvelle crédibilité auprès des institutions financières internationales.
Et certainement aussi quelques cessions : le Financial Times rappelle que, en plus des 30 à 50 milliards de dollars dus aux compagnies pétrolières au titre de factures impayées, les investisseurs estiment un passif de plus de 20 milliards de dollars « au titre de dommages-intérêts accordés à des entreprises après que le régime de Chávez eut exproprié leurs biens ».
Ainsi, avec l’objectif de relancer une économie exsangue, le gouvernement de Delcy Rodriguez semble franchir un pas douloureux mais nécessaire pour libérer son pays du fardeau d’une dette accumulée” qui représente un frein pour les investissements étrangers, notamment dans le secteur pétrolier.
« Ce n’est pas une bonne chose pour le peuple vénézuélien »
Toutefois, pour l’économiste Eric Toussaint contacté par l’Humanité, cette restructuration de la dette « n’est pas une bonne chose pour le peuple vénézuélien ». Pour le porte-parole du CADTM international (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes), si elle venait à se réaliser, « une grande partie des revenus pétroliers sera consacrée à la reprise du remboursement de la dette extérieure, qui avoisinerait ou dépasserait 200 % du produit intérieur brut du pays ».
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Rappelant le cas de la Grèce suite à la crise de 2012, celui qui est aussi membre du Conseil scientifique d’ATTAC souligne que même avec une restructuration réduisant la dette de 50 à 65 %, « le montant restant à rembourser grèverait durablement le budget vénézuélien, provoquant un nouveau cercle vicieux d’endettement poussant le pays vers les marchés et probablement auprès du FMI et ses préconisations néolibérales d’austérité, pour emprunter de quoi rembourser ses créanciers ».
Pour y parvenir, le gouvernement est épaulé la banque d’investissement états-unienne Centerview Partners (dirigée par le français Matthieu Pigasse, ayant déjà travaillé avec le gouvernement vénézuélien) engagée comme conseil pour élaborer un plan de restructuration qui, chose peu commune, ne porte pas la signature du Fonds monétaire international, avec qui Caracas a pourtant renoué en avril dernier.
Le Venezuela toujours sous sanctions états-uniennes
Les importants dommages causés par le terrible séisme qui a frappé Caracas et ses alentours viendront-ils perturber les projets du gouvernement vénézuélien ? Alors que les annonces d’aide internationale affluent et que les États-Unis ont promis de débloquer un soutien de 150 millions de dollars, le Centre de recherche économique et politique appelle Washington et ses partenaires à lever toutes les sanctions économiques visant le Venezuela.
Bien que l’administration trumpiste ait délivré une série d’autorisations permettant aux entreprises et aux banques étrangères d’opérer au Venezuela, les sanctions états-uniennes demeurent et leur maintien « dissuade considérablement les acteurs économiques et financiers internationaux d’étendre leurs activités dans ce pays », rappelle le CEPR.
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