Lu sur 2024, l'année où le climat a basculé - L'Humanité
2024 aura marqué un tournant dans la crise climatique, tant sur le plan scientifique qu’humanitaire et diplomatique, comme en témoigne la catastrophe à Mayotte le 14 décembre. Tous les voyants sont au rouge. L’avenir qui se profile ne laisse pas entrevoir de changement de cap radical.
le 29 décembre 2024
Le secrétaire général de l’ONU António Guterres mettait en garde l’an dernier contre « l’effondrement climatique ». Nous y sommes. Tandis que les autorités en sont toujours à comptabiliser le nombre de morts – au moins 35, selon un dernier bilan très provisoire – à Mayotte, on peut affirmer que 2024 aura été le témoin d’un basculement : plus rien ne sera jamais comme avant. Retour sur une année de souffrances et de revers, qui ne doit pourtant pas faire perdre espoir.
Il n’aura pas fallu dix ans à l’accord de Paris pour péricliter : adopté en 2015 à l’issue de la COP21, il avait pour ambition de contenir le réchauffement planétaire bien en deçà de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle et aussi proche que possible de 1,5 °C d’ici à la fin du siècle.
Le 1,5 °C parti en fumée
Un premier verrou a sauté. 2024 est la première année où le seuil de 1,5 °C a été dépassé, nous a prévenus l’institut Copernicus, le 9 décembre. Si, pour être officiellement validée, cette hausse doit encore être atteinte à l’échelle d’une décennie en moyenne selon les scientifiques, tout porte à croire qu’elle s’est déjà durablement installée. 1,5, 2, 3°C de réchauffement : ces seuils peuvent paraître abstraits. Pourtant, chaque dixième de degré de gagné ou de perdu compte.
Effondrement des principaux systèmes de circulation océanique et des écosystèmes coralliens, accélération du dégel du pergélisol, montée des eaux : la bataille qui se joue est très concrète. Au mois de novembre, Robert Vautard, coprésident du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), documentait les dernières prévisions de réchauffement dans l’Humanité : « Sur la base des politiques mises en œuvre à l’heure actuelle, nous nous dirigeons vers une température en fin de siècle de + 3 °C. »
Les éléments se sont déchaînés, le climat s’est emballé
La catastrophe causée par le cyclone tropical Chido à Mayotte le 14 décembre n’est pas seulement une illustration des conséquences du réchauffement climatique. Dans l’œil du cyclone, on peut également déceler les prémices du monde de demain : des événements climatiques extrêmes toujours plus puissants et toujours plus récurrents, frappant des populations le plus souvent fragilisées, délaissées par la communauté internationale et sans moyens d’y faire face. Oui, les fléaux vont se succéder dans un vacarme incessant, avec une augmentation exponentielle du nombre de déplacés et de réfugiés, ainsi que des pertes humaines et matérielles colossales.
Qu’il s’agisse des mégafeux de forêt en Californie (États-Unis), des typhons aux Philippines ou des ouragans à Cuba, ou encore de l’intensification des sécheresses en Zambie ou au Malawi, les phénomènes qui se sont accrus en 2024 n’auront épargné personne. Pas même l’Europe.
Les habitants de la région de Valence (Espagne) sont bien placés pour le savoir, eux qui ont subi des records de précipitations fin octobre, sans être préparés pour résister aux inondations. Finalement, la principale menace qui pèse sur les pays du Nord tient dans la certitude ancrée mais infondée que ces calamités ne se déchaîneront pas chez eux. Vu la mesure du naufrage, tout le monde est dans le même bateau.
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Incurie des pays développés, un zéro pointé pour les négociations
Le consensus de Dubaï, adopté l’an dernier, avait ouvert la voie à une transition hors des énergies fossiles. Cette année, les sommets climatiques ont raté le coche. Les négociations sur le traité contre la pollution plastique à Busan (Corée du Sud) jusqu’à début décembre ont échoué, en raison de l’obstruction de pays producteurs d’hydrocarbures qui abhorrent le principe d’une réduction nette de la production de plastique.
Un mois plus tôt, à l’issue du 16e raout sur la biodiversité à Cali (Colombie), les États ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur le financement de la feuille de route que l’humanité s’était pourtant fixée deux ans auparavant pour stopper la destruction de la nature d’ici à 2030. Ce sur fond d’opposition entre les pays du Nord et ceux du Sud.
Même constat pour la COP29 climat, qui s’est déroulée en novembre en Azerbaïdjan : les pays du Nord se sont certes engagés à financer à hauteur de 300 milliards de dollars par an les pays les plus vulnérables face au réchauffement climatique d’ici à 2035, mais ce montant est obsolète. Il est en fait loin de répondre aux besoins des pays du Sud, qui demandaient 1 300 milliards de dollars par an.
Surtout, l’accord de Bakou élude le sujet brûlant des hydrocarbures, osant même évoquer le gaz naturel fossile comme « combustible de transition ». Les sommets climatiques revêtent une importance capitale dans la course contre le réchauffement planétaire ; ce sont les seuls qui réunissent tous les États du monde autour de la table. Pour 2024, ils méritent un zéro pointé.
Les climatosceptiques chauffés à blanc, avis de marée noire
Son ombre planait sur ces échecs : la réélection de Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre a dopé partout dans le monde les climatosceptiques. Il est revenu et, cette fois il n’est pas seul. Javier Milei en Argentine, Narendra Modi en Inde, Viktor Orban en Hongrie… L’internationale fasciste qui prend corps, dont le trublion américain est le leader incontesté, tient le réchauffement planétaire pour une chimère.
Une menace agitée, dit Trump, par « ces pauvres idiots » pour nuire au business : « Les océans monteront de un huitième de pouce dans trois cent cinquante-cinq ans… Et, en attendant, on dépense notre richesse pour ces absurdités », disait le 47e président des États-Unis, pas plus tard que la semaine dernière, à la télévision américaine.
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C’est là tout le paradoxe de 2024 : à rebours d’une année où l’urgence climatique ne s’est jamais faite aussi pressante, les dirigeants d’extrême droite et leurs obsessions productivistes n’ont jamais été aussi puissants. Suffisamment pour relancer les grands projets pétroliers et miniers et détricoter les normes environnementales, mais surtout pour peser sur la scène internationale.
D’autant qu’ils manœuvrent main dans la main avec le capital – à commencer par les producteurs d’hydrocarbures –, celui-là même qui les a portés au pouvoir, pour préserver ses intérêts. On a pu croire que 2023 sifflait la fin de la récréation pour les énergies fossiles ; 2024 est l’année de leur résurgence.
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