Depuis 2021, 2,4 millions de jeunes filles ont été privées d’éducation, et les Talibans intensifient leur violence. Mais les femmes n’ont pas capitulé. Partout en Afghanistan, des femmes et des filles ont organisé des ateliers d’écriture, créé des écoles et des universités en ligne, mis en place des classes clandestines et des bibliothèques secrètes. Par Farida Faryad, enseignante et chercheuse Afghane.
le 12 août 2026

Cinq ans de projet taliban, cinq années noires pour les femmes, les filles et les minorités ethniques en Afghanistan. À l’approche du cinquième anniversaire de leur règne, les condamnations internationales se multiplient. Mais combien de temps encore les femmes et les filles afghanes devront-elles être privées de leurs droits fondamentaux avant que la communauté internationale ne dépasse le stade de la simple « condamnation » ? Combien de filles devront encore être privées d’école et d’université ? Combien de familles devront encore être déplacées en raison de leur identité ethnique pour que le monde comprenne qu’il ne s’agit pas d’une simple « crise intérieure », mais d’un système organisé de répression et d’apartheid fondé sur le genre et l’appartenance ethnique ?
Pendant ce temps, les talibans intensifient leurs violences : violences contre les femmes, transformation de leurs maisons en prisons domestiques, déplacements forcés des Hazaras, confiscation de leurs terres, pillage de leurs biens et élimination systématique de cette communauté. Les Hazaras sont particulièrement confrontés à une discrimination systématique, tandis que les femmes Hazaras, à la croisée des violences ethniques et sexistes, portent une double charge de souffrance.
Depuis 2021, 2,4 millions de jeunes filles ont été privées d’éducation. Des centaines de livres ont été brûlés ou interdits. Des filles ont été détenues dans les prisons des talibans, soumises à des tortures psychologiques, tandis que des témoignages de viols et de violences sexuelles ont été publiés. Les filles et les femmes ont été renvoyées chez elles, les violences sexuelles contre les enfants se sont intensifiées et certains travaux de broderie des femmes Hazaras ont même été interdits.
Mais les femmes n’ont pas capitulé.
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Partout en Afghanistan, des femmes et des filles ont organisé des ateliers d’écriture, créé des écoles et des universités en ligne, mis en place des classes clandestines et des bibliothèques secrètes. Elles organisent également des séances de lecture et étudient des ouvrages de Betty Friedan, Robin Tolmach Lakoff ou Svetlana Alexievitch.
Les filles afghanes ne se sont pas contentées d’attendre les aides symboliques de la communauté internationale. Elles se sont levées, ont payé le prix de leur résistance et ont continué à lutter.
Mais le problème ne se limite pas à l’interdiction de l’éducation des filles et à son remplacement par les mariages forcés. Il concerne le type de savoir qui permet aux filles de poser des questions sur le monde, leur corps, leurs droits, la loi, l’égalité et le pouvoir.
Une éducation centrée sur l’être humain, critique et universitaire, ne se contente pas de transmettre des informations. Elle donne la capacité de questionner. Et c’est précisément à cet endroit que l’éducation devient dangereuse pour un régime autoritaire.
Une fille qui peut demander : Pourquoi ne devrais-je pas aller à l’université ? Pourquoi ne devrais-je pas travailler ? Pourquoi mon corps devrait-il être contrôlé par quelqu’un d’autre ? Pourquoi devrais-je être privée de mes droits parce que je suis une femme ? Pourquoi un groupe armé devrait-il décider de mon avenir ?
Cette fille n’est plus simplement une personne qui reçoit un ordre. Elle devient un sujet capable de questionner le pouvoir. Et c’est précisément cette capacité que les talibans redoutent.
La revendication des femmes afghanes ne consiste donc pas seulement à refuser de reconnaître le régime taliban ou à demander son départ d’Afghanistan. La question va bien au-delà.
On ne peut pas faire disparaître les talibans aussi facilement. Ils ne sont pas seulement un groupe armé : une partie de leur pensée et de leurs pratiques s’est infiltrée dans les structures sociales, culturelles et mentales de la société.
Même si ce groupe était un jour chassé du pouvoir, une question essentielle resterait entière : comment faire disparaître le talibanisme installé dans les mentalités et les structures sociales ? Comment faire reculer une vision qui considère la femme comme inférieure, la liberté comme une menace et le questionnement comme un crime ?
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Si la communauté internationale veut réellement libérer l’Afghanistan du cycle du talibanisme, elle doit comprendre que celui-ci ne disparaîtra pas simplement sous l’effet de la pression politique ou d’un changement de gouvernement.
Avant d’être une structure politique, le talibanisme est un système de pensée.
Et les systèmes de pensée ne peuvent pas être vaincus par des communiqués et des condamnations de façade. Ils doivent être combattus par l’éducation, la connaissance, l’égalité, la liberté de pensée et l’émancipation d’une génération qui refuse de confier son avenir à l’ignorance et à la violence.
C’est précisément pour cette raison que l’éducation centrée sur l’être humain doit être au cœur des revendications du peuple afghan.
Pour les femmes afghanes, l’éducation ne signifie pas seulement aller à l’école ou à l’université ; elle est un rempart contre le talibanisme.
Un livre n’est pas seulement quelques pages de papier : c’est la possibilité de penser. Une salle de classe est un lieu où l’on apprend à questionner le pouvoir. Et une fille qui étudie n’est pas seulement une élève : elle représente l’avenir dont les talibans ont peur.
Les talibans peuvent verrouiller les portes des écoles, interdire les livres, menacer les enseignants et renvoyer les filles chez elles. Mais ils ne peuvent pas faire taire, par un décret, une pensée qui a déjà pris forme dans l’esprit d’une jeune fille.
Des geôles des talibans aux classes clandestines, la résistance des femmes afghanes continue. Et c’est peut-être là leur plus grande défaite : ils voulaient éliminer les femmes de la société, mais les femmes afghanes sont devenues l’une des forces les plus déterminées de la résistance à leur régime, en Afghanistan comme au sein de la diaspora.
Dans tout cela, le silence et l’inaction du monde ne peuvent plus être dissimulés derrière quelques déclarations de condamnation.
Lorsqu’un gouvernement prive systématiquement la moitié de la société de son droit à l’éducation, au travail, à la liberté de circulation et au libre choix, les condamnations verbales ne suffisent plus.
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