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Lu sur Eugénie Bastié sur France 2 : l’heure du backlash - La chronique féministe de Violaine de Filippis Abate - 5 mai 2026 | L'Humanité : lire, agir

Eugénie Bastié sur France 2 : l’heure du backlash

le 5 mai 2026

France 2 vient d’annoncer avoir recruté Eugénie Bastié pour son émission l’Heure de vérité, en vue de l’élection présidentielle de 2027. Si, depuis plusieurs mois, les analyses féministes sont mises à l’écart dans la couverture médiatique des conflits internationaux, force est de constater que la situation n’ira pas en s’arrangeant avec ce « choix », qui intervient simultanément à la publication du rapport de Charles Alloncle sur l’audiovisuel public.

L’émission en question vise notamment à interroger les futurs candidats. On peut dès lors se questionner sur la place qui sera accordée aux droits des femmes dans ces entretiens. Eugénie Bastié s’est en effet constamment définie comme une opposante au féminisme actuel, qu’elle paraît considérer comme une idéologie mortifère pour toutes et tous.

Dans une entrevue dédiée à son ouvrage Adieu Mademoiselle, la défaite des femmes, elle déclarait ne pas se voir comme féministe, arguant que le féminisme découlerait d’une interprétation du monde axée sur la domination masculine, qu’elle qualifiait de « quasi complotiste ».

Elle rejetait l’« impératif de la déconstruction », critiquait les mouvements antisexisme ou anti-harcèlement et considérait que le « néoféminisme » visait principalement à « policer » les comportements.

Une vision du féminisme conforme à celle de l’extrême droite

Cette position est tout à fait conforme à la ligne de l’extrême droite. Ainsi, lorsque le RN reconnaît le rôle des féministes, un soin particulier est apporté à distinguer ces dernières des « néoféministes ». À ce titre, Marine Le Pen s’est déjà définie à plusieurs reprises comme « féministe mais pas néoféministe », précisant qu’elle « n’exprime pas d’hostilité à l’égard des hommes ».

Cette distinction entre féministes et « néoféministes » est partagée par l’électorat RN, comme en témoignent certains commentaires sur les réseaux sociaux : « Oui, hommes et femmes, nous sommes différents et complémentaires… Vouloir s’opposer les uns aux autres est stupide et dangereux de la part de ces féministes de salon qui DÉTESTENT tellement les hommes. »

Outre le fait que personne n’a jamais trop compris la définition exacte donnée à cette expression « néoféministe », elle semble surtout servir à disqualifier toute féministe encore vivante et qui refuse de se taire. C’est donc moins un concept qu’un réflexe rhétorique : une manière commode d’éviter le débat, surtout lorsqu’on prétend que l’égalité serait déjà acquise en France et que la seule menace viendrait de l’extérieur.

Cela évite de se confronter à la réalité et nourrit les discours racistes. Or, les droits des femmes exigent des questions précises, une lecture politique des rapports de domination, une capacité à nommer les violences sans les instrumentaliser. Et, à l’approche de 2027, le service public risque de ne plus garantir cet espace-là.

Violaine de Filippis Abate

 

Tag(s) : #Droits des femmes
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