Recul des politiques environnementales, ralentissement de la baisse des émissions de gaz à effet de serre : pour Emmanuel Macron, dix ans de pouvoir et de renoncements écologiques
Le président de la République a un temps prétendu devenir le champion international du climat, mais les actes n’ont jamais suivi les discours. Encore moins depuis que sa propre majorité détricote les quelques mesures votées en début de mandat.
le 26 mai 2026
Le 2 juin 2017, Emmanuel Macron réalise un coup d’éclat. Entré à l’Élysée moins d’un mois avant, le jeune président réagit à la sortie des États-Unis de l’accord de Paris pour le climat. Dans un double message vidéo, en français et en anglais, il lance un appel : « Make our planet great again » (« Rendons sa grandeur à notre planète »), pour paraphraser le « Make America great again » de Donald Trump, qui, lui aussi, vient de commencer son premier mandat.
La formule marque, et Emmanuel Macron tente de se placer sur la carte du monde comme un champion de la lutte contre le réchauffement climatique. Mais si le président de la République a habillement soigné cette réputation à l’internationale, force est de constater que, à désormais moins d’un an de la fin de son second mandat, son bilan sur les questions environnementales et climatiques apparaît bien maigre. Nombre d’ONG du secteur pointent d’ailleurs le « décalage abyssal », dixit Greenpeace, entre les discours et les actes du chef de l’État.
Une note de 3,3/10 pour la politique climatique du gouvernement
Pour être totalement juste, il y a eu quelques actes. Plan pour la biodiversité, plan vélo et mobilité active, objectifs ambitieux pour les énergies renouvelables, lutte contre certains pesticides, zones à faibles émissions… L’Élysée met particulièrement en valeur sur son site la loi Climat et résilience de 2021, inspirée par la Convention citoyenne sur le climat organisée en réponse au mouvement des gilets jaunes.
Sauf qu’Emmanuel Macron avait promis de reprendre l’intégralité des propositions des 150 citoyens et citoyennes tirés au sort, « sans filtre ». Avant de n’en garder que trois… Les fameux citoyens, amenés à donner, lors de leur dernière réunion, une note d’appréciation sur la reprise de leurs propositions, n’ont donné que 3,3/10 au gouvernement.
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Il faut aussi se souvenir de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2022, quand Emmanuel Macron, en meeting devant le palais du Pharo à Marseille, sous un soleil de plomb mi-avril, a repris le terme de « planification écologique » cher à Jean-Luc Mélenchon, dont il draguait les voix.
La planification écologique en perte de vitesse
De cette promesse, il reste un secrétariat général à la planification écologique et un conseil de planification écologique qui a été réuni pour la quatrième fois du quinquennat le 19 mai, en plein détricotage depuis de longs mois par l’Assemblée du bilan du premier mandat Macron. « Il y a eu beaucoup de critiques ces dernières années, mais s’il y a des choses à détricoter, c’est bien qu’il y ait un bilan derrière », soufflait l’Élysée aux Échos le même jour.
Car, depuis 2022, mais singulièrement depuis la dissolution de 2024, la Macronie abroge à un rythme élevé bien des mesures. Certes, des élus de droite ou d’extrême droite sont le plus souvent à l’origine de ces propositions, mais les macronistes suivent sans trop broncher.
En juin 2025, alors que la France était en pleine vague précoce de chaleur, le Réseau Action Climat comptait déjà « 43 reculs » dans les six mois précédents. Loi Duplomb sur l’agriculture, reprise des travaux de l’A69 entre Toulouse et Castres, baisse des objectifs d’électricité renouvelable, « zéro artificialisation nette » vidé de sa substance, coupes budgétaires… La liste est longue et pèse sur les objectifs climatiques de la France.
Une diminution des émissions de gaz à effet de serre en trompe-l’œil
Emmanuel Macron s’est d’ailleurs enorgueilli, pendant sa campagne de 2022, d’avoir « doublé » le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre par rapport au mandat Hollande. C’est vrai : la diminution est presque de 10 % contre 5 % sous son prédécesseur.
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Mais cela n’a que peu de choses à voir avec la politique très timorée qui a été menée. Ce progrès est d’abord la conséquence des confinements sanitaires contre le Covid, qui ont donné un coup d’arrêt sérieux à l’activité économique dans tout le pays. Aussi, en 2023, un hiver particulièrement doux a bien aidé à présenter des chiffres positifs. Mais depuis 2024, la baisse des émissions tricolores ralentit de nouveau et les chiffres sont très loin de la cible de -5 % par an.
Enfin, les effets de la crise énergétique liée à la guerre en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz ne sont qu’une nouvelle preuve du manque d’anticipation des gouvernements successifs. En présentant, le 10 avril, son plan pour accélérer l’électrification du pays, le premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré que « tant que nous dépendrons du pétrole et du gaz, nous continuerons de payer le prix des guerres des autres ». Bien vu, mais un peu tard.
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