le 22 septembre 2026
Le 18 septembre 2026, le député RN Jean-Philippe Tanguy a déposé à l’Assemblée nationale une proposition de résolution « invitant le gouvernement à engager les démarches en vue de soutenir l’entrée au Panthéon d’Olympe de Gouges ». Poursuivre l’entreprise de dédiabolisation du parti passe aussi par là : mobiliser des figures féminines, et même féministes.
Et ce n’est pas la première fois que son nom apparaît dans la galaxie de l’extrême droite. Marion Maréchal avait indiqué avoir prénommé sa fille Olympe en hommage à l’autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791 et lui avoir consacré un travail au lycée.
Et quand le RN se réclame honteusement de grandes figures féministes, il le fait dans le même mouvement qu’il rejette celles qui poursuivent aujourd’hui leurs combats. En ce sens, Jean-Philippe Tanguy précise que l’engagement d’Olympe de Gouges n’aurait pas été « dogmatique ».
La voilà soigneusement rangée dans la vitrine : féministe, oui, mais pas trop. Une réécriture de l’histoire pour en faire une féministe prétendument raisonnable, en quelque sorte. Et surtout une féministe morte. C’est pratique : les mortes ont cette qualité formidable de ne plus pouvoir protester contre ceux qui instrumentalisent leur héritage. Les vivantes, elles, dérangent beaucoup plus le parti d’extrême droite.
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C’est exactement sur cette opposition que joue Marine Le Pen. Elle n’hésite plus à se dire « féministe », tout en prenant bien soin de préciser : « mais pas néoféministe ». Elle revendique un féminisme « de bon sens », suffisamment consensuel pour rassurer sans effrayer : « Si le féminisme, c’est défendre les femmes et leur permettre d’avoir accès à tout et tout le temps, alors je suis féministe. En revanche, s’il s’agit d’être embarquée dans une forme de guerre de tranchées à l’égard des hommes, alors je ne suis pas d’accord. »
Un féminisme qui ne dérangerait personne, en somme, et surtout pas les hommes. Pas question que son électorat l’imagine avec l’intention terroriste de prononcer le mot interdit « patriarcat ». À l’écouter donc, ce qui la séparerait des « néoféministes », c’est qu’elle, au moins, « n’exprime pas d’hostilité à l’égard des hommes ». Comme si vouloir que les hommes cessent d’être socialisés dans la domination était exactement pareil, à deux ou trois détails près, que de souhaiter leur disparition… D’ailleurs, j’en ai plusieurs dans mon placard et ils vont très bien : je leur ai laissé de l’eau et un podcast sur la déconstruction.
C’est ainsi qu’en mobilisant de grandes figures féministes, le RN se rend moins socialement coûteux à soutenir. Et ça marche : pour les élections européennes de juin 2024, il y avait davantage d’électrices RN que d’électeurs, et la moitié des Françaises (49 %) considèrent Marine Le Pen comme « féministe »…
Violaine De Philippis Abate
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