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Lu sur Notre-Dame de Paris : les grandes fortunes très généreuses avec l’argent de l’État - L'Humanité

Notre-Dame de Paris : les grandes fortunes très généreuses avec l’argent de l’État

L’incendie n’était pas éteint que déjà François Pinault et Bernard Arnault se lançaient dans une course à la philanthropie pour reconstruire Notre-Dame. Derrière cette embardée, une niche fiscale pour le mécénat d’entreprise qui reste très utile, pas forcément dans ce cas, mais dans beaucoup d’autres.

le 5 décembre 2024

Thomas Lemahieu

Un jour ou deux après l’incendie de Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019, la fumée montait encore dans le ciel de la capitale que, déjà, les promesses de dons pour des centaines de millions d’euros se déversaient pour la reconstruction de la cathédrale. Les grandes fortunes envoyaient leurs Canadair de la philanthropie, rivalisant dans cette gigantesque course au commerce des indulgences. François Pinault (Artémis) dégainait 100 millions d’euros dès le soir de la catastrophe. Le lendemain, Bernard Arnault (LVMH) doublait la mise avec 200 millions.

Puis c’était la famille Meyers-Bettencourt (L’Oréal) avec 200 millions d’euros et TotalEnergies avec 100 millions. Arrivaient ensuite d’autres plus « petits » poissons : JCDecaux avec 20 millions, Bouygues et Axa pour 10 millions chacun. Et 57 millions d’euros qui viendront des États-Unis plus tard, dont une part arrivant du fondateur du fonds spéculatif Citadel, par ailleurs grand pourvoyeur d’argent au Parti républicain…

Derrière ces grands noms qui ont apporté plus de 85 % des 843 millions récoltés, plus de 300 000 donateurs individuels qui ont contribué pour des sommes bien moins importantes.

Même pas besoin de défiscaliser leurs dons, les plafonds sont atteints

Ce week-end, pour l’inauguration de Notre-Dame de Paris, ce sont les gros poissons, ces très grands donateurs, qui pourront se mêler aux chefs d’État. D’après la Fondation Notre-Dame, qui a recueilli une partie des contributions des géants du capitalisme français, la plupart des grandes fortunes ont renoncé, ou n’ont pas pu prétendre, à l’avantage fiscal lié aux activités de mécénat : Bernard Arnault ne pouvait, en l’espèce, plus y défiscaliser son mécénat, ayant déjà atteint les plafonds en vigueur. Interrogé par le Monde, le groupe TotalEnergies explique ne pas avoir eu besoin d’y recourir, du fait d’activités sur le territoire « fortement déficitaires jusqu’en 2021 », et donc déjà très peu imposées.

Sur le fond, après l’incendie de la cathédrale, cette question de la générosité des plus riches, en partie payée par l’État via les niches fiscales sur le mécénat d’entreprise, s’était posée immédiatement : Jean-Jacques Aillagon, ex-ministre de la Culture sous Chirac, alors conseiller spécial de François Pinault et aujourd’hui membre du comité des donateurs de Rebâtir Notre-Dame – l’établissement public chargé de la restauration de la cathédrale de Paris –, avait suggéré de classer le monument comme « trésor national », ouvrant droit à un abattement fiscal de 90 % pour les dons des entreprises.

L’idée avait été immédiatement reprise au Sénat et à l’Assemblée par des parlementaires de droite, mais le taux n’avait été rehaussé qu’à 75 %, au lieu de 60 %, pour les seuls particuliers, dans la limite de 1 000 euros, en 2019.

En dix ans, le mécénat d’entreprise a explosé

Derrière la prouesse de la restauration de Notre-Dame de Paris, le débat reste plus que jamais ouvert sur le mécénat d’entreprise. Son coût pour l’État a été multiplié par dix en quelques années : d’après une enquête du service statistique de la direction générale des finances publiques, parue en janvier 2024, les dons des entreprises sont passés de 1,15 milliard d’euros en 2011 à 2,61 milliards en 2021.

 

 

Tag(s) : #Economies dépense publique argent
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