Les bons chiffres de la croissance économique de la Grèce, du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne ont des allures de revanche après une décennie de crise. Dans la majorité de ces pays, les salaires ont toutefois dégringolé et les emplois sont à faible valeur ajoutée.
le 13 septembre 2025
L’humiliation infligée aux pays du sud de l’Union européenne dans le courant des années 2010 n’a pas d’équivalent. Dans le courant des années 1990, l’Allemagne avait inventé le terme « de pays du Club Med » pour questionner leur capacité à atteindre les critères de convergence de Maastricht avant de rejoindre le bloc européen.
Au lendemain de la crise financière de 2008, ce sont des journalistes britanniques et états-uniens qui ont cru bon d’innover en imaginant l’acronyme « Pigs » (littéralement cochons) pour désigner le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Tout cela semble aujourd’hui oublié, alors que la presse se gargarise de la bonne santé économique des pays du Sud qui joueraient là leur « revanche ».
Une reprise industrielle qui soutient la santé des finances publiques
« On assiste à un basculement depuis 2019. Ces pays ont assaini leurs finances publiques, donc les taux d’intérêt auxquels ils empruntent ont beaucoup baissé », confirme l’économiste David Cayla, maître de conférences à l’université d’Angers. L’Italie bénéficie ainsi d’un taux à 3,47 %, quasi identique à celui de la France (3,25 %).
Au-delà de leur bonne santé budgétaire, c’est surtout le retour de l’activité industrielle qui fait la différence. Selon David Cayla, « la crise des finances publiques est souvent une crise de l’infrastructure économique. En Grèce, on a ainsi assisté à une désindustrialisation accélérée qui avait contraint l’État à puiser dans ses finances publiques ». En l’espace de cinq ans, c’est le pays qui a vu l’emploi industriel progresser le plus rapidement (près de 19 %).
« Quand on regarde l’évolution de l’emploi, ces pays profitent également de la faiblesse industrielle de l’Allemagne et de la crise énergétique des pays d’Europe centrale. C’est ce qui explique leur croissance industrielle plus importante que celle de la moyenne des pays de l’UE », précise David Cayla. L’économiste ajoute : « Les lois du capitalisme sont simples : on investit là où les coûts de production sont les plus faibles. »
Si l’industrie italienne ne s’était pas totalement effondrée, le pays est en revanche redevenu un grand pays exportateur avec une balance commerciale excédentaire. De son côté, l’Espagne s’est hissée au rang de deuxième producteur automobile européen après l’Allemagne, où le secteur est en crise.
Des constructeurs tels que Volkswagen ou Stellantis ont ainsi choisi d’y délocaliser leur production de modèles hybrides ou électriques. La capacité d’innovation propre de ces pays demeure toutefois limitée.
Les salaires stagnent malgré la reprise industrielle en Europe du Sud
De plus, les peuples ont parfois été saignés à blanc par les réformes structurelles imposées par le Fonds monétaire international (FMI). On note ainsi une absence de rattrapage concernant les salaires entre 2019 et 2024. « La situation s’est même dégradée », alerte David Cayla. En 2019, le « coût » du travail en Grèce représentait ainsi 45 % des moyennes française et allemande, selon l’Insee.
En 2024, cette valeur tombait à 38 %. Même situation en Italie où le « coût » du travail se situait à 76 % des moyennes franco-allemandes. Il est aujourd’hui à 71 %.
Les travailleurs espagnols n’ont pas connu le même décrochage mais, au-delà du salaire minimum, ils n’ont pas vu les salaires augmenter non plus : la valeur est demeurée stable à 58,5 %. Le seul pays à se distinguer en la matière est le Portugal.
Un futur incertain pour le sud de l’Union européenne
Le pays partait cependant de très bas (37,5 %). Il se situe aujourd’hui à un peu moins de 42 %. En cinq ans, le niveau de vie des Portugais a ainsi dépassé celui des Grecs. « Les salaires qui ont régressé ou peu progressé constituent aussi l’une des raisons pour lesquelles les industriels vont investir dans ces pays où l’écart s’est creusé par rapport à l’Allemagne et à la France », note David Cayla.
Les fonds du plan de relance européen, lancé en pleine crise sanitaire de 2020, ont commencé à être débloqués deux ans plus tard. L’Italie en a été la première bénéficiaire. Pour David Cayla, « le paradoxe est que ces fonds n’améliorent pas la situation sociale. Ils servent à la dépense publique, à investir dans les infrastructures pour des projets mixtes public-privé. C’est aussi ce qui attire les industriels dans ces pays ».
Certaines données risquent toutefois de peser lourd à l’avenir. En plus d’avoir la plus faible proportion d’universitaires de l’UE, ces pays doivent faire face au vieillissement continu de leur population. Dernier défi : celui de la crise climatique – particulièrement vive dans le sud de l’Europe – qui pourrait d’ici à 2030 coûter, selon la BCE, jusqu’à 5 % du PIB à l’ensemble de la zone euro.
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