Lu sur Sophie Binet : « La politique de l’offre est un naufrage » - L'Humanité
Pour la secrétaire générale de la CGT, le futur exécutif devra répondre aux urgences sociales. Le syndicat appelle à la mobilisation, ce 12 décembre, face aux 300 plans de licenciement en cours et pour la défense du service public.
le 11 décembre 2024
Le « décembre rouge », promis par la CGT, se poursuit. Après le succès de la journée d’action intersyndicale du 5 décembre dans la fonction publique, la CGT, rejointe par Solidaires, mobilise ce jeudi 12 décembre pour l’industrie et l’emploi, alors que la confédération a recensé 300 plans de licenciement en cours ou en prévision.
Près de 120 rassemblements et manifestations sont prévus devant les entreprises concernées par des suppressions de postes ou fermetures, ainsi que devant des préfectures. Face à l’instabilité politique, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, appelle à un changement complet de politique économique, alors que la désespérance gagne les rangs des travailleurs.
L’instabilité politique depuis la dissolution a-t-elle aggravé la situation sociale ?
La CGT alerte, sans réponse depuis six mois. La situation se dégrade. En juin, nous recensions 130 plans de licenciement. Lors de ma rencontre avec Michel Barnier, en octobre, je lui ai remis une liste de 180 plans. La CGT en dénombre désormais plus de 300. Et ce n’est que la partie émergée : 200 000 à 300 000 emplois sont concernés. Le gouvernement démissionnaire considère que les mesures se limitaient à de « bonnes » primes de licenciement.
Pour nous, l’enjeu n’est pas le chèque, mais l’emploi ! Nous sommes très choqués de voir les macronistes, qui se battent pour réduire les droits des chômeurs, expliquer aujourd’hui qu’il faut laisser les entreprises limoger à leur guise. L’enjeu est de bloquer ces licenciements et d’empêcher que des vies soient anéanties, des territoires détruits et notre industrie réduite à peau de chagrin.
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Faut-il rompre avec le soutien public massif aux entreprises mis en place par la « politique de l’offre » ?
Cette politique de l’offre est un naufrage. La Cour des comptes l’affirme dans un rapport : elle est coûteuse et inefficace. Des aides sont absorbées par les grandes entreprises et des secteurs qui ne sont pas soumis à la concurrence internationale, comme la grande distribution.
Les macronistes s’enferment dans un dogme, jusqu’à s’opposer au rehaussement de 4 milliards d’euros des cotisations, pourtant proposé par le gouvernement Barnier auquel ils participaient. Cette augmentation ne représentait que 5 % des exonérations de cotisations sociales. Une goutte d’eau.
Après les mobilisations du 5 décembre, vous appelez avec la FSU et Solidaires à des nouvelles manifestations ce jeudi dans la fonction publique. En parallèle, vous organisez avec Solidaires cette journée d’action dans le secteur privé. Quelle est la stratégie poursuivie par votre confédération ?
La convergence des luttes. Ce jeudi, nous dirons qu’il ne peut pas y avoir d’industrie sans services publics et vice versa. Le premier sujet que la CGT portera au futur premier ministre, c’est l’exigence d’un moratoire sur la privatisation du fret ferroviaire pour bloquer le démantèlement prévu au 31 décembre.
Nous avons d’ores et déjà gagné la revalorisation des retraites de 2,2 % et le rejet de toutes les mesures régressives contenues dans le projet de budget 2025 : les trois jours de carence de la fonction publique, les 4 000 suppressions de postes dans l’éducation, les déremboursements de médicaments, l’augmentation des taxes sur l’électricité, les 5 milliards de coupes pour les budgets des collectivités…
Mais nous restons mobilisés car ces mesures peuvent revenir par la fenêtre. Nous développons des actions sur des enjeux concrets, qui impactent la vie des travailleurs, et sur des revendications accessibles. C’est toujours le point de départ des mobilisations sociales. Si la défiance envers un exécutif sert souvent de carburant aux mobilisations, on ne fait pas grève contre un gouvernement, mais sur la base de revendications syndicales immédiates.
Emmanuel Macron est censé nommer sous peu un premier ministre. Qu’attendez-vous du prochain chef de l’exécutif ?
Les huit organisations syndicales ont publié une déclaration commune, dans la foulée de la censure. Je suis fière que cette unité syndicale perdure et que nous soyons, encore une fois, au rendez-vous. Nous disons que, s’il ne veut pas finir comme le gouvernement Barnier, le futur exécutif doit répondre aux urgences sociales.
Il faut prendre des mesures courageuses en termes de taxations des grandes entreprises et des plus riches pour donner les moyens aux services publics. Les salaires et les pensions doivent être réévalués. En effet, la consommation intérieure reste le moteur économique du pays. Des secteurs entiers sont fragilisés par le fait que les gens n’ont plus les moyens de se nourrir, de partir en vacances, de se loger.
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Au lendemain des législatives, vous appeliez Emmanuel Macron à nommer un premier ministre issu du NFP. Maintenez-vous cette demande ?
Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron ne veut pas remettre en cause sa politique économique et sociale. Le sujet n’est donc pas le casting mais le contenu du programme du NFP. D’ailleurs, le précédent exécutif s’était partagé les rôles. Aux macronistes le monopole des questions économiques, en ayant la main sur Bercy ; aux LR les sujets régaliens.
Le chef de l’État s’est montré d’une grande souplesse idéologique, en fonction de ses intérêts, sur des sujets sociétaux, la laïcité ou l’international. Mais il n’a jamais varié sur les questions économiques et son soutien à la finance, aux grands groupes et aux plus riches. Aujourd’hui encore, il bloque le pays en refusant toute remise en cause.
La CGT a soutenu le programme du Nouveau Front populaire en juin. Or, les partis de gauche divergent sur leur stratégie post-censure. Faut-il discuter avec Emmanuel Macron ?
Chacun ses responsabilités. Pour ce qui concerne la CGT, nous avons toujours pour stratégie de montrer que le patronat et le gouvernement sont responsables du blocage. Nous ne pratiquons pas la politique de la chaise vide car nous savons qu’une marginalisation de la CGT les arrangerait.
Je trouve très dangereux que la France insoumise se trouve, de fait, dans le même sac que le RN. Cela verse de l’eau au moulin de ceux qui travaillent à les placer dos à dos avec l’extrême droite. Et j’ai un message à la gauche : nous avons besoin d’unité et d’avancées concrètes pour les salariés, pour leur montrer que leur vote n’a pas servi à rien.
Le syndicalisme a-t-il un rôle à jouer dans cette période d’instabilité ?
Oui. La gravité du moment est inédite. Chez les travailleurs, les niveaux des salaires décrochent de ceux des prix. Les services publics reculent et les licenciements se multiplient. Notre responsabilité est de porter la voix du monde du travail et de gagner des avancées concrètes.
Je suis inquiète de voir monter une forme de populisme et d’antiparlementarisme, alimentés par le sentiment que dominent les questions d’ego et les calculs politiciens. Le sujet n’est pas le partage des maroquins ministériels, ni une présidentielle anticipée. Chez des électeurs que la CGT a mobilisés aux législatives anticipées, le désespoir s’installe. Il faut du changement immédiatemen
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