Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Lu sur « La vraie radicalité, c’est d’assumer la nuance » : la CFDT cherche le bon compromis - L'Humanité

« La vraie radicalité, c’est d’assumer la nuance » : la CFDT cherche le bon compromis

Depuis 2023, la centrale a renoué avec l’unité syndicale, quitte à durcir le ton face au patronat et au macronisme, sous pression de sa base. Une posture qui illustre la difficulté de la confédération à passer des accords négociés.

 le 24 juin 2026

Naïm Sakhi

Bordeaux (Gironde), envoyé spécial.

L’instant illustre la rupture entre la CFDT et le Medef. Le 23 juin 2025, au crépuscule du conclave sur les retraites, le numéro deux de la centrale réformiste, Yvan Ricordeau, enjoignait Patrick Martin, devant la caméra, à respecter les avancées négociées notamment sur la pénibilité et l’amélioration du niveau des pensions des femmes. « La discussion va-t-elle s’opérer sur le texte négocié depuis cinq mois ? », réprimande, agacé, le cédétiste.

Un an plus tard, la potion reste amère du côté de la CFDT. « Nous sommes allés à ce conclave avec des propositions. Mais le Medef, lui, a fait échouer cette séquence », tance, Marylise Léon, à l’ouverture du 51e congrès, qui se déroule à Bordeaux (Gironde), jusqu’au 26 juin.

L’unité syndicale maintenue depuis 2023

La saillie de la secrétaire générale de la centrale de Belleville rompt avec un discours cédétiste traditionnellement policé. « Pour aboutir au partenariat social, il faut des partenaires. Or ni le patronat ni l’exécutif n’y sont enclins. La CFDT ne peut imposer son agenda, malgré ses 640 000 adhérents. Alors les alliances sont à nouer avec les autres syndicats, avec une CGT qui assume ce rapprochement », décrypte Jean-Marie Pernot, politologue et chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires).

Depuis la mobilisation sur les retraites de 2023 et sa « marée orange », dixit Marylise Léon, le fil de l’intersyndicale ne s’est jamais rompu. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, était d’ailleurs présente ce mercredi, comme l’ensemble de ses homologues – hors FO – durant la semaine, sans que la question de l’intersyndicale ne soit soulevée dans les débats. « À la CFDT, l’unité d’action semble être une banalité, ce qui n’est pas une évidence dans l’histoire récente du syndicalisme », observe le politologue.

 

Le ton de la centrale orange est plus offensif. Dès l’ouverture des débats, Marylise Léon a précisé la stratégie de la confédération, « conjuguant mobilisations, négociations, propositions ». Ainsi, sur le plan des salaires dans la fonction publique, la CFDT a signé un appel avec la CGT, l’Unsa, la FSU et Solidaires, et s’engage « à la préparation d’une mobilisation avec manifestations, intégrant la perspective d’une grève » le 29 septembre. Preuve, selon Jean-Marie Pernot, que « le mouvement sur les retraites a été un accélérateur d’un recentrage de la CFDT sur le champ des mobilisations sociales ».

Une colère contre l’exécutif parmi les délégués

Pourtant, sous François Hollande, la CFDT était partie prenante de l’écriture des projets de loi, allant jusqu’à largement amender la loi travail El Khomri. Deux quinquennats d’Emmanuel Macron plus tard, les usages diffèrent. Le syndicalisme, y compris celui de la CFDT malgré sa 1re place acquise en 2018, a été marginalisé. « La démocratie a été fragilisée par à-coups successifs : loi immigration, dissolution, instabilité gouvernementale, enlisement de l’action publique, brutalisation des débats », liste Marylise Léon.

Parmi les délégués présents au congrès, une colère est palpable. « Les corps intermédiaires sont déconsidérés, le dialogue social s’est dégradé, souvent remplacé par des simulacres de négociations qui ne débouchent sur rien. Or on observe que, dans nos mobilisations, les salariés soutiennent nos actions », insiste Julien Guidolin, de la fédération de la métallurgie.

De son côté, Malka Darmon assure que « la CFDT doit être plus lisible et plus offensive. Être réformiste, ce n’est pas être tiède ». Pour la syndicaliste de la fédération de la chimie énergie, « être une organisation de négociation, ce n’est pas signer des chèques en blanc. La modération ne doit pas passer pour de la faiblesse face au patronat décomplexé et au gouvernement sourd ».

La large approbation du rapport d’activité, par 86,65 % des délégués, témoigne toutefois de l’unité interne à la centrale syndicale. « La vraie radicalité, c’est d’assumer la nuance (…), de ne renoncer ni à nos convictions ni au dialogue », assume Marylise Léon. Dans les faits, la CFDT reste attachée à la culture du compromis. Jusqu’à apposer sa signature en s’accordant avec le patronat pour économiser 940 millions d’euros sur les ruptures conventionnelles, courant février.

Un « en même temps » sur les retraites

De la même manière, quand plusieurs intervenants réclament que la confédération porte la revendication de l’indexation des salaires sur l’inflation, Luc Mathieu, secrétaire national, assure que « sur le long terme, la hausse des salaires est supérieure à celle des prix, l’indexation ne sera pas à l’avantage des salariés, car le patronat ne voudra plus négocier davantage dans les branches ».

Cet équilibre complexe s’illustre aussi sur les retraites. Dans ses résolutions revendicatives, la centrale réaffirme son attachement au système par répartition et à son équilibre, et Marylise Léon a salué la « victoire » que constitue la suspension de la réforme Borne. Mais la CFDT plaide également pour « la création d’un plan interprofessionnel et collectif d’épargne retraite, géré par les partenaires sociaux », tout en assurant que la capitalisation « doit rester marginale ». Une forme de « en même temps » qui demeure dans l’ADN de la centrale orange.

 

Tag(s) : #Luttes sociales
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :