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Lu sur De la « valeur travail » à la « valeur du travail », deux lettres qui changent tout - La chronique de Maryse Dumas - 16 mai 2026 | L'Humanité : lire, agir

De la « valeur travail » à la « valeur du travail », deux lettres qui changent tout

 le 16 mai 2026

 Deux lettres seulement distinguent « valeur travail » de « valeur du travail ». Deux lettres mais un abîme idéologique. La notion de « valeur travail » n’a longtemps eu qu’une signification économique. C’est Nicolas Sarkozy qui en a fait une arme idéologique pour soutenir l’idée du « travailler plus pour gagner plus » dont on sait qu’il se traduit concrètement par « travailler plus pour gagner pareil voire moins » et par le détricotage des protections collectives du droit du travail. C’est devenu non seulement le mantra des forces de droite, mais aussi du patronat et de tous leurs soutiens.

Si cela marche, c’est que notre pays a un rapport spécifique au travail, que le sociologue Philippe d’Iribarne appelait, il y a longtemps déjà, « la logique de l’honneur ». Il démontrait à quel point dans le fait de travailler et de se donner à fond dans son travail se joue beaucoup plus que la nécessité de gagner sa vie : une reconnaissance sociale, un sentiment d’utilité et même une certaine estime de soi, sans oublier le virilisme.

Remarquons que ce dernier est un fil constamment tiré par la droite et l’extrême droite. Leur discours s’adresse principalement aux hommes à qui ils font miroiter un prétendu « gagner plus » au travers d’heures supplémentaires sans limites. Les femmes sont moins sensibles à ces thèses qui les visent d’ailleurs moins en raison précisément du partage genré des rôles. Les femmes s’identifient moins à leur travail, même si c’est en train de changer.

Elles ne vivent pas non plus le temps de la même façon. Il est, pour elles, beaucoup plus tendu notamment par la double journée, réalité toujours prégnante pour la plupart d’entre elles. Pourtant, beaucoup souhaiteraient « travailler plus pour gagner plus », notamment toutes celles qui sont à temps partiel contraint ou en contrats précaires. Mais ce n’est pas l’objectif visé.

Le thème idéologique de la « valeur travail » a aussi pour effet de substituer à l’opposition capital/travail, une division entre ceux qui « veulent travailler » et les autres, présentés comme vivant à leurs crochets. Pas les rentiers ni les actionnaires, bien sûr, plutôt ceux qualifiés des termes méprisants : « assistés », « cas-soc » et j’en passe.

 

Ainsi l’idéologie droitière fait d’une pierre plusieurs coups : elle fait diversion sur les réalités de l’exploitation et les moyens d’y mettre un terme, elle crée les divisions entre ceux et celles qui n’ont que leur travail pour vivre, elle fragilise les systèmes de protection sociale et de solidarité nationale.

Sous prétexte de mieux « payer » le travail, patronat, droite et extrême droite s’en prennent maintenant à la différence entre salaire brut et net, autant dire au financement de la protection sociale.

Pour les forces progressistes au contraire, le « du » entre les mots « valeur » et « travail » est essentiel. Parler de la valeur « du » travail change tout. On fait alors appel au prix du travail, donc à sa rémunération, directe et socialisée. On parle aussi de la considération dont il doit être l’objet dans l’entreprise et la société, des droits dont il doit bénéficier pour protéger la santé et la sécurité.

Respecter la valeur du travail c’est aussi admettre qu’on ne doit pas « perdre sa vie à la gagner » mais au contraire disposer de droits au repos, aux loisirs, à la déconnexion, à un temps réellement libre, autant d’atouts pour une société apaisée où il fait bon vivre. La gauche sera-t-elle au rendez-vous de cet enjeu majeur ?

Maryse Dumas

 

  

Tag(s) : #Luttes sociales
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