Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

SDRIF.jpg

Pour ceux qui ont regardé de près  le texte du discours de N. Sarkozy en clôture du Grenelle de l’environnement[1], une question se pose : pourquoi cette annonce étrange « Ce sont plus de 1500 kilomètres [de tramway] qui seront construits hors de l’Ile-de-France. » ? En fait, cette annonce reflète un conflit insuffisamment connu des Franciliens, entre l’Etat et la région Ile de France, autour du Sdrif. C’est un conflit politique, entre la gauche et la droite, qui concerne l’avenir de notre région à moyen-long terme: l’ensemble des conseils généraux de gauche ont voté pour, la majorité de ceux de droite contre, avec le renfort actif du préfet de région et du président de la république depuis le mois de juin dernier.

 

Rappel : Le Schéma directeur de la région Ile de France (SDRIF) est le document de planification de référence pour l’amènagement et le développement du territoire régional à 25 ans, ici à l’horizon 2030. Il concerne les domaines essentiels de compétence de la région : développement économique, habitat, transports, environnement, grandes infrastructures et équipements d’intérêt régional. Il formalise la stratégie de la collectivité territoriale pour maîtriser son territoire. S’articulent avec le SDRIF les contrats de projet Etat-Région (CPER) qui constituent l’engagement financier commun pour sept ans de l’Etat et de la région en vue de mettre en œuvre conjointement un certains nombre de mesures et d’actions. Il est normalement cohérent avec le SDRIF, ce dernier constituant en principe la boussole des CPER. Le présent contrat de projet couvre la période 2007-2013. Pour être très concret, on citera ici des projets, parmi les quinze projets majeurs engagés, qui ont obtenu des financements au CPER et qui concernent notre environnement proche :

            -le tramway Chatillon-Vélizy-Viroflay ( à partir du métro Chatillon-Montrouge);

            -le prolongement de la ligne 4 à Bagneux ;

            -le dédoublement de la ligne 13.

Ce document couvre, outre les transports, l’enseignement supérieur, l’amènagement du territoire et de manière limitée la recherche, l’environnement, la lutte contre le chômage et divers équipements sportifs et culturels. L’Etat a refusé d’y aborder la question du logement. Les crédits relatifs aux transports ne permettront même pas, du fait du non respect de ses engagements par l’Etat, de financer totalement les projets inscrits au CPER précédent (2000-2006).

 

Revenons au SDRIF.

 

C’est le premier SDRIF, décentralisation Raffarin oblige, élaboré sous la responsabilité de la région et non sous celle de l’Etat. Ce dernier doit néanmoins donner son accord. Décidé par la région en 2004, il a fait l’objet de communications régulières, notamment en mai 2005. Après les états généraux de la concertation de novembre 2006, il a été arrêté[2] par le Conseil régional en février 2007. Pendant toute cette période les représentatnts de l’Etat n’ont aucunement remis en cause les orientations, qui se résument ainsi en trois défis et cinq objectifs :

 

            -Les trois défis sont de :

 

1 - favoriser l'égalité sociale et territoriale et améliorer la cohésion sociale ;

 

2 - anticiper et répondre aux mutations ou crises majeures, liées notamment au changement climatique et au renchérissement des énergies fossiles ;

 

3 - développer une Ile-de-France dynamique tout en maintenant son rayonnement mondial.

 

-Les cinq objectifs qui répondent à ces défis visent à :

 

1 - offrir un logement à tous les Franciliens, avec un objectif central : construire 60 000 logements par an pendant 25 ans et viser un taux de 30% de logement social en 2030 ;

 

2 - doter la métropole d'équipements et de services de qualité. Garantir l’accès aux équipements et services (éducation, santé, culture, sports, loisirs, commerces…), à l’emploi, à la formation et à la mobilité pour tous les Franciliens ;

 

3 - préserver, restaurer, valoriser les ressources naturelles et permettre l'accès à un environnementde qualité ;

 

4 - accueillir l'emploi et stimuler l'activité économique, garantir le rayonnement international; contribuer à l’accessibilité aux emplois et à la formation; améliorer l’équilibre habitat-emploi dans les bassins de vie ;

 

5 - promouvoir une nouvelle politique de transports au service du projet régional. Les transports collectifs sont une pièce maîtresse du projet d’aménagement durable de la Région. Elle devra y consacrer 30 milliards d’euros pour les 15 ans à venir.

 

Ceci est traduit dans un projet spatial régional

 

A ces objectifs correspond une ambition spatiale visant une meilleure organisation et une réelle solidarité territoriale de la métropole francilienne. Les principes de localisation de l'urbanisation nouvelle sont désormais fondés sur des objectifs de développement durable en vue de limiter les consommations énergétiques et les consommations d'espace pour une meilleure efficacité du système interne de la métropole. Il s'agit de limiter les déplacements automobiles et les extensions urbaines, au service d'une ville compacte[3].

 

L'accent est mis sur la densification des espaces urbains existants et la mutation des friches. La priorité à donner aux aménagements des espaces les mieux desservis est affirmée.

 

La géographie stratégique et prioritaire

 

La mise en oeuvre du SDRIF fait appel à deux géographies: celle des territoires stratégiques qui ont, ou doivent avoir, un rôle moteur et structurant pour répondre aux défis qui se posent à l'Île de-France, celle des sites prioritaires concernés de façon particulièrement forte par les enjeux de rééquilibrage, de réduction des inégalités et de cohésion sociale.

 

Une des questions essentielles au niveau régional est celle des solidarités et interdépendances entre les huit départements, indispensables à l’harmonisation d’une politique de développement durable, d’amènagement équilibré et de renforcement de la cohésion urbaine et sociale. Abandonnant la vision d’une Ile de France polycentrique (qui a présidé par exemple à la politique des villes nouvelles), le SDRIF privilégie une volonté de densification de la zone centrale[4], sans abandonner les pôles existants. La problématique est donc largement centrée sur une plus grande solidarité Paris-banlieue favorable à l’emploi car favorable à la mobilité grâce à des moyens de transports publics efficaces désenclavant la banlieue[5].

 

Pour plus détails, voir http://www.sdrif.com/spip.php?rubrique2

 

Trois conseils généraux de droite (92, 78 et 95), à majorité de droite s’y sont opposés ;  cinq départements gèrés par la gauche ou par la droite ont émis un avis favorable (75, 93, 94, 91 et 77), ainsi que, avec réserves, le comité économique et social régional (CESR) et le ministère de l’Ecologie et du développement durable.

 

Mais fin juin à Roissy, N. SARKOZY a appelé à repenser d’autre façon l’organisation des pouvoirs dans la région la plus puissante[6] et la plus stratégique de France. Il prévoit pour fin 2008 un comité interministèriel d’amènagement du territoire (CIADT) consacré à notre région. Son collaborateur Fillon a tenté de bloquer l’enquête publique qui vient de commencer, le 15 octobre, pour se poursuivre jusqu’au 8 décembre sur l’ensemble du territoire. Voir http://www.sdrif.com/spip.php?article208 .

 

Les points de désaccord se concentrent autour de l’extension de La Défense, à laquelle M. Devedjian (gérant du Sarkoland-92) tient beaucoup[7], ainsi qu’à la multiplication des autoroutes, chères aussi à MM. Bédier (droite-78), Scellier (droite-95). Si l’on se réfère au Grenelle de l’environnement, pourtant : « Les nouvelles infrastructures routières et autoroutières seront limitées à la résolution des cas de sécurité et de congestion, ou d’intérêt local. Ce principe s’appliquera avec bon sens. »(fiche 2[8]). On voit ce que signifie le « bon sens » à cette aune…aider les amis à imposer leur point de vue à la collectivité régionale concernée si elle n’est pas assez docile. En effet, quand on construit une autoroute, c’est pour régler des problèmes de circulation… comme aurait dit La Palice.

Parmi les désaccords notables, on trouve aussi le plan anti-bruit pour Roissy (!)et la liaison rapide Charles de Gaulle-Express.

En caricaturant, tout pour La Défense, des miettes pour le nord-est (nord du 93, est du 95 et nord du 77), au mépris de l’intérêt général régional!

 

Derrière cette situation, il y a un affrontement entre deux conceptions: celle de N. SARKOZY et du MEDEF, qui subordonne tout à l’inscription de notre région dans la mondialisation libérale quitte à laisser exploser encore davantage les inégalités, l’Etat libéral autoritaire maintenant le contrôle social régional; et puis celle d’élus régionaux et départementaux principalement de gauche proches des habitants, tout particulièrement les antilibéraux (communistes, alternative citoyenne et républicains), qui refusent d’abord de voir détruire par le fait du Prince 3  ans d’élaboration patiente et concertée du schéma régional et qui, surtout, visent à agir efficacement pour renforcer les solidarités régionales, ce qui est la meilleure façon d’affronter la mondialisation, notre région n’étant pas en concurrence avec les autres régions françaises mais avec les autres grandes métropoles du monde, telles que New York-Boston-Philadelphie, Tokyo-Osaka, Shangai ou le Great London .

 

Cette opposition de points de vue n’est pas nouvelle. Elle s’était, par exemple,  déjà manifestée lors de la création de l’établissement public foncier d’Ile de France (EPFIF), outil nécessaire à une intervention foncière régionale globale pour être solidaire, auquel le département 92, notamment, avait répliqué en créant un établissement public foncier propre au Sarkoland. C’était déjà une façon claire d’exprimer un refus de la solidarité régionale alors que notre département est un des plus riches de France et de la région…Au Conseil de l’agglomération Sud de Seine appelé à donner son avis sur les deux créations d’établissements concurrents sur notre territoire départemental[9], ce vote avait clairement opposé les élus de gauche et de droite, les élus « centristes » votant, en toute incohérence, pour les deux.

 

Où est passée la décentralisation dans tout ça ?

 

Sur ce plan, le Président se caricature lui-même dans son discours du Grenelle de l’Environnement : « Mais cela sert à quoi d’avoir donné l’autonomie de gestion aux collectivités si on ne leur permet pas de décider en toute responsabilité d’un financement de grands équipements qui permettront de désengorger leurs centres villes ? » devinez ce à quoi il pense prioritairement (juste avant): « Il appartiendra, par exemple, [aux collectivités locales] de librement décider de la possibilité de créer des péages urbains … »

Voir http://www.elysee.fr/documents/index.php?mode=view&lang=fr&cat_id=7&press_id=585

 

Citoyens intervenez, il est encore temps ! notamment dans le cadre de l’enquête publique.



[1] Voir http://www.elysee.fr/documents/index.php?mode=cview&press_id=585&cat_id=7&lang=fr ;

[2] Ce qui ne signifie pas approuvé;

[3] Point qui fait débat, y compris à gauche;

[4] Considérée comme plus favorable au développement durable (distances de déplacement moyennes réduites, efficacité accrue des transports en commun, etc.);

[5] N’oublions pas que la Seine St Denis est à la fois un des départements qui crée le plus d’emplois et qui connaît le taux de chômage le plus élevé de la région : les emplois qui y sont créés ne bénéficient en effet pas prioritairement à ses habitants, le bassin d’emploi francilien fonctionnant à l’échelle de tout le territoire régional, voire au-delà ; la question des transports est donc, avec celle de la ségrégation spatiale, décisive pour s’attaquer vraiment aux différentes poches de chômage de la région;

[6] Ne jamais perdre de vue le fait qu’avec 11 millions  d’habitants, par exemple, notre région “pèse” le double de la seconde région française, soit Rhône-Alpes; elle concentre prés de 30% du PIB français, etc.;

[7] Le Conseil régional préfère développer le nord-est de la région, bénéficiant du pôle Roissy notamment;

[8] Qui prévoit aussi, entre autres, le projet positif de Métrophérique, de banlieue à banlieue;

[9] Deux établissements au lieu d’un, ce sont aussi des coûts supplémentaires : on voit que le souci des deniers publics n’a pas été, là encore, la première de leurs préoccupations, contrairement à un de leurs discours favoris !

Tag(s) : #Editorial
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :