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Discours de politique générale : L'écran de fumée de Lecornu
Pour se sauver, le premier ministre a accepté d’ouvrir la voie à une possible suspension de la réforme des retraites jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Mais en se gardant d’en préciser les modalités. Il renonce également à l’utilisation du 49.3. Un recul minime qui a, pour le moment, l’aval du Parti socialiste qui annonce une âpre bataille autour du budget.
le 14 octobre 2025
Pour lui, c’était moins une. Alors que la chute était promise à Sébastien Lecornu, le premier ministre semble sauver sa tête au prix de concessions à la fois minimes et inédites pour la Macronie. À l’occasion d’une déclaration politique prononcée ce mardi à l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement a accepté de reculer sur plusieurs points, dont un particulièrement symbolique.
« Je proposerai au Parlement, dès cet automne, que nous suspendions la réforme de 2023 sur les retraites jusqu’à l’élection présidentielle, a-t-il assuré face à la représentation nationale. Aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028, comme l’avait précisément demandé la CFDT ». Une conférence sur les retraites avec les partenaires sociaux a également été annoncée.
Un pas salué par les députés PS, qui ont décidé de ne pas mettre à exécution leur menace de censure. « C’est une victoire, assurément, pour 3,5 millions de nos concitoyens, s’est satisfait Boris Vallaud, président du groupe PS, depuis la tribune de l’Assemblée. À ceux qui veulent tout ou rien, et qui le plus souvent n’offrent rien, il faut le dire en ces termes : c’est une fissure dans le dogme macroniste. C’est une victoire autant qu’un premier pas qui permet d’envisager les suivants : le blocage et l’abrogation. » Même ton du côté du groupe Liot et ses 22 députés, dont les votes étaient courtisés par la Macronie pour éviter sa fin.
La menace d’un retour de flamme austéritaire
Reste que cette suspension ne sera pas sans coût pour les Français, à en croire Sébastien Lecornu qui a laissé planer la menace d’un retour de flamme austéritaire. « Je veux être très clair : je n’endosserai pas n’importe quoi, a-t-il détaillé, haussant le ton. La suspension coûtera 400 millions d’euros en 2027 et touchera 3,5 millions de Français. Elle devra donc être compensée par des économies. »
« Le miel aujourd’hui avec la suspension annoncée de la réforme des retraites. La ciguë demain avec un budget 100 % austéritaire : blocage des pensions, gel des prestations sociales, non-indexation de l’impôt sur le revenu sur l’inflation », dénonce le sénateur et porte-parole du PCF, Ian Brossat.
Lors des prises de parole des présidents de chaque groupe, les représentants de la gauche à l’Assemblée nationale ont tenu à se montrer offensifs. « Si notre Assemblée vote, nous voterons la suspension de la réforme des retraites. Car oui, il vaut mieux l’empêcher de se dérouler pendant un an et demi que de ne pas l’empêcher du tout », a déclaré Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste.
« On connaît les habiletés du débat parlementaire, nous serons extrêmement vigilants, a averti Stéphane Peu, coprésident communiste du groupe GDR. Quand vous, dans la majorité, vous pensiez que les Français étaient passés à autre chose, nous nous rappelions à quel point cette réforme est une blessure démocratique au moins aussi importante que le référendum de 2005. Si cette suspension arrive, reste que vous ne voulez pas toucher à l’essentiel : c’est la réforme dans son ensemble qu’il faut abroger. »
Sans surprise, malgré cette suspension annoncée, La France insoumise s’est montrée la plus hostile au geste gouvernemental. « Le PS demandait la suspension intégrale et complète de la réforme des retraites, il n’aura eu qu’une temporisation puisque la proposition du premier ministre revient à inscrire dans la loi le redémarrage de la réforme Borne au 1er janvier 2028, a chargé Manuel Bompard, coordinateur national de LFI. Avec cette proposition, la génération née en 1964 gagnerait trois mois sur l’âge de départ à la retraite, alors qu’elle pourrait gagner neuf mois avec l’abrogation soutenue par une majorité de députés à l’Assemblée nationale. Pour toutes les autres générations, rien ne change, puisque le pouvoir élu en 2027 pourra faire ce qu’il souhaite. »
La parole au Parlement
Mais sur la question des retraites et celle des différents budgets, de l’État comme de la Sécurité sociale, un Sébastien Lecornu sous pression et contraint par le rapport de force a promis un changement de méthode du camp gouvernemental, avec le respect du travail parlementaire et refus du 49.3. La gauche peut-elle ainsi trouver un chemin pour enrayer les plans macronistes et retourner le budget ? C’est le défi qui l’attend désormais avec ces « nouvelles règles du jeu », si elles sont respectées, puisque l’exécutif dispose toujours d’outils autoritaires.
« Il faudra des discussions préalables, des compromis, le souci du détail et ne jamais refuser la technicité et l’âpreté du débat. La loi se fera ici, pas à Bercy, a promis le premier ministre. Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez. »
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« Partager le pouvoir avec le Parlement, c’est une rupture. Gouverner sans tenir compte des oppositions, ce n’est plus souhaitable », a encore annoncé le chef du gouvernement, reconnaissant ainsi les pratiques antidémocratiques du pouvoir macroniste depuis 2017. « Sans 49.3, sans majorité absolue, le Parlement aura le dernier mot, nous devons lui faire confiance, nous ne devons pas en avoir peur. La démocratie représentative n’est pas morte », a-t-il ajouté.
« Les débats sur la fiscalité, sur le niveau des dépenses publiques, sur le déficit public : chaque parlementaire se prononcera, a-t-il ensuite promis. Les débats sur les moyens à allouer pour l’écologie, la sécurité, l’éducation, le logement, les collectivités locales, nos services publics : chaque parlementaire s’en saisira. Cette fois, son vote dictera la copie finale. On verra la position de chacun sur la dette et les impôts, sur les dépenses et les économies. Chaque vote sera un acte. »
« En vous entendant parler d’innovation démocratique lorsque le Parlement vote et qu’il est respecté, je me dis combien nous étions, nous, habitués à avoir une démocratie malmenée », a raillé, en réponse, l’écologiste Cyrielle Chatelain. « Quelle ironie de vous entendre parler de responsabilité, de compromis et de stabilité, a lancé Mathilde Panot, cheffe du groupe insoumis, à l’adresse de Sébastien Lecornu. Le compromis consiste à rallier votre position comme si vous étiez le centre de gravité du champ politique. »
« Si nous sommes tous attachés à la République, il nous faut faire ce pari de donner un budget, un budget juste au pays, un budget qui protège les plus fragiles et fait contribuer les plus fortunés. Nous serons vigilants à ce que vos mots se transforment en actes », a menacé le socialiste Boris Vallaud, soulignant le caractère « insupportable » du projet proposé par le gouvernement ce mardi, pointant le gel des pensions de retraite et des prestations sociales, ainsi que le doublement des franchises médicales.
La censure s’éloigne (pour l’instant)
« Votre budget ferme les portes aux propositions venues de la gauche et en ouvre de nombreuses vers la droite et l’extrême droite de l’Hémicycle », a noté le communiste Stéphane Peu, assurant que la politique du gouvernement n’est pas « seulement néfaste, elle est aussi dangereuse », en plus d’être marquée par un « mépris social » absolu.
Il en veut pour preuve les « 29 taxes et impôts pour les classes moyennes » comprises dans le projet de budget 2026, tandis qu’il n’en existe qu’une seule pour les plus riches (2 % sur le patrimoine des holdings), avec de larges possibilités d’exonération.
Une situation qu’entend rééquilibrer la gauche par un travail d’amendement. Des négociations budgétaires qui permettront d’illustrer une fois de plus qui est « du côté du peuple » et « qui protège les milliardaires parce qu’ils financent leurs médias, leurs think tank et défendent leur politique », estime Boris Vallaud. Une façon de viser à mots couverts le RN.
Si deux motions de censure doivent être discutées et votées ce jeudi à 9 heures, l’une déposée par le Rassemblement national (RN), qui a réaffirmé, dans l’Hémicycle, sa volonté de censurer en précisant ne pas être « dupe », et l’autre par les députés insoumis, communistes, écologistes et ultramarins, la menace de chute semble s’éloigner. Sauf surprise. Un total de 24 dissidents dans les groupes du « socle commun », des socialistes ou de Liot suffirait pour que Sébastien Lecornu soit poussé à rendre son tablier.
S’il a obtenu un sursis avec la seule concession faite sur la réforme des retraites, mais aussi la plus petite possible, nul doute que le danger de censure peut rapidement refaire surface. Surtout si la Macronie renoue avec ses certitudes et son entêtement à les imposer par la force.
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