Emmanuel Macron a reçu, ce lundi 9 décembre, les représentants communistes, écologistes et ceux du groupe Liot, après avoir vu les socialistes vendredi. Si le président appelle le front républicain à participer à une « plateforme programmatique », il rechigne toujours à nommer un premier ministre issu du NFP.
le 9 décembre 2024
C’est reparti pour un tour. Après la démission de Michel Barnier de son poste de premier ministre, provoquée par la motion de censure de la gauche adoptée par l’Assemblée nationale, mercredi 4 décembre, Emmanuel Macron cherche un nouveau locataire pour Matignon. Cette fois, il lui faut aller vite, dit-on autour de lui : « Pour éviter que la crise ne s’installe et que les appels à sa démission ne saturent l’antenne. »
Depuis vendredi, la cour de l’Élysée accueille un ballet de représentants politiques. Après les socialistes, que la Macronie espérait désamarrer du Nouveau Front populaire (NFP), puis « Les Républicains » (LR), dont il espère toujours conserver le soutien, le chef de l’État a reçu, ce lundi 9 décembre, une nouvelle série de représentants. Ceux des centristes du groupe Liot, tout d’abord, puis ceux des Écologistes et des communistes. Pour quel résultat ?
Consultation simultanée de toutes les forces politiques du « front républicain »
À l’issue de leurs échanges, l’ensemble des délégations ont communiqué l’une des intentions du président : l’organisation d’une consultation simultanée, dès ce mardi, de toutes les forces politiques du « front républicain » pour réfléchir au chemin à tracer. Le but ? « Échanger sur une plateforme programmatique », selon l’Élysée.
« Ce qui compte, c’est que l’on avance, a déclaré Fabien Roussel, à la sortie de l’Élysée. Nous sommes venus pour pousser toutes les parties à faire un pas vers l’autre. Nous, nous l’avons fait sans mettre de préalable sur un nom, même s’il est préférable d’avoir un premier ministre de gauche. La question qui se pose désormais est la suivante : le camp du président est-il prêt à bouger et à remettre en cause la politique qui est la sienne ? »
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D’autant que lors des débats budgétaires, toutes les propositions de la gauche ont été dénigrées, puis écartées, par le camp macroniste. Large réduction des exonérations offertes aux entreprises, plafonnement du crédit d’impôt recherche, réinstauration de l’impôt sur la fortune (ISF), taxe sur les superprofits étaient sur la table… Mais la Macronie a préféré l’austérité à l’impôt sur les plus riches. Comment, dans ces conditions, parvenir à construire ensemble sans bonne volonté des troupes d’Emmanuel Macron ?
Un premier ministre de gauche, sinon rien
Avant de connaître la réponse à cette question, Cyrielle Chatelain, cheffe de file des députés écologistes, a cependant tenu à saluer la « nouvelle méthode » présidentielle. « Aborder la question par le contenu de la politique menée est pour nous un élément important », a-t-elle fait savoir à la sortie de son entretien avec le président.
Tout en soulignant un certain nombre de lignes rouges : « Nous avons précisé que nous n’accepterons pas de valider un budget qui n’ira pas chercher de recettes supplémentaires, et que nous n’attendrons pas la prochaine élection présidentielle pour obtenir un retrait de la réforme des retraites. Surtout, nous avons fait savoir à Emmanuel Macron que nous ne laisserons pas le NFP se fissurer. Il est désormais le garant d’une cohabitation ! »
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Reste à déterminer quelle forme celle-ci pourrait prendre, si le président s’y résout enfin. Un gouvernement NFP avec un accord de non-censure en partant d’une base programmatique ? Un gouvernement mêlant personnalités de la gauche, du centre et de la droite ? « Le président a la solution sous les yeux, mais il ne veut pas la voir, observe Guillaume Gontard, sénateur écologiste. Elle est de nommer un premier ministre issu du NFP et de permettre une discussion entre membres du front républicain pour déterminer des axes très clairs. »
Des propos dans la droite ligne de ceux tenus par Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée, plus tôt dans la matinée. « Si ce n’est pas un premier ministre de gauche, nous ne participerons pas au gouvernement, a-t-il fait savoir au micro de France Inter. Je veux y croire car je crois que c’est un des points de sortie d’une crise institutionnelle. Un premier ministre de gauche qui instaure des compromis, une nouvelle façon de travailler sans dépendance au Rassemblement national. Si on veut un premier ministre de gauche, c’est pour avoir une nouvelle politique ! »
De leur côté, les insoumis, qui ont refusé l’invitation de l’Élysée, écartent catégoriquement de gouverner « avec les partis présidentiels et la droite traditionnelle alors que nous venons de censurer leur programme », comme l’a affirmé Manuel Bompard, coordinateur national des insoumis, sur X.
« Il y a un chemin possible »
Dans les rangs de l’ancien socle commun réuni autour de Michel Barnier, les avis divergent quant à la formation du prochain gouvernement. « Il y a un chemin possible, veut croire Prisca Thevenot, députée macroniste. Cela ne veut pas dire que nous allons devenir un gros amas sous une seule étiquette politique. Mais nous allons faire ce que les Français nous demandent : faire de nos nuances politiques une richesse pour le débat politique. »
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Quitte à accepter un premier ministre de gauche ? « Sans commentaire », nous répond-on en chœur au sein du groupe macroniste. Officiellement, pour « ne pas brouiller le travail du président et ne pas ajouter de contrainte ». Officieusement, parce qu’il est difficile, pour la plupart de ces macronistes, de s’y résoudre… Beaucoup préfèrent, à l’instar d’Aurore Bergé, dégainer la carte François Bayrou, président du Modem, à Matignon.
Une possibilité écartée unanimement par la gauche, dont Raphaël Glucksmann, député européen Place publique, pour qui « un politique qui a choisi Emmanuel Macron depuis 2017 enverrait le message de la continuité politique. Ce n’est pas ce qu’il faut ».
« En circonscription, nous notons une forte demande de stabilité, et c’est pour cela qu’il faut nous ouvrir, relève cependant Christophe Marion, député macroniste du Loir-et-Cher. Si nous ne parvenons pas à l’installer, cela va encourager la tentation du coup de balai. Et on sait à qui cela profitera et qui cela desservira. Il ne faut donc être fermé à aucun nom. »
Reste que le parlementaire précise avoir quelques conditions : « Qu’il n’y ait pas de membres du gouvernement RN ou FI. Et que le premier ministre ait une capacité à sortir du programme du NFP et une volonté d’apporter des réponses aux électeurs du RN sans traiter avec le RN. » Principalement pour éviter de revivre la fin de parcours de Michel Barnier. « Le voir tout lâcher au RN, ça a mis tout le monde mal à l’aise, poursuit-il. C’était problématique, triste, et presque pathétique à plus d’un titre de le voir se mettre lui-même entre les mains de Marine Le Pen. »
Chez LR, participer au crash ou l’éviter ?
À droite, « Les Républicains » (LR) sont divisés sur l’attitude à adopter. Si Bruno Retailleau, actuel ministre de l’Intérieur démissionnaire, entend rempiler à Beauvau, soutenu en ce sens par la présidente macroniste de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, il refuse de servir un gouvernement dirigé par un premier ministre de gauche.
Pour éviter que cela n’arrive, Laurent Wauquiez se montre en privé de plus en plus tenté par la nomination d’un chef de gouvernement issu encore une fois de ses rangs. D’où la rumeur Catherine Vautrin, ministre des Territoires. Mais reste une question que sa formation n’a pas encore tranchée : rechercher un accord de non-censure avec une partie de la gauche ou obtenir la bienveillance du RN ?
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Face à ce casse-tête, certains plaident pour prendre quelques distances avec les manœuvres en cours. « Nous sommes beaucoup à être attentistes, rapporte Thibault Bazin, député LR. Nous ne voulons pas que le pays soit bloqué, mais nous ne sommes pas obsédés par le fait de participer au prochain gouvernement. »
Selon lui, « le président s’est planté quand il a dissous, il s’est planté dans la nomination de Barnier parce qu’il s’est révélé censurable ». Et cela pour une raison simple : « Il ne sent pas toute la complexité de la représentation nationale et il ne sent pas non plus le pouls de notre société polyfracturée. »
Alors, que faire pour la droite ? Prendre part au crash macroniste ? « On peut toujours rêver avec des grands mots, front républicain ou plateforme de discussion, mais la réalité est tout autre. La première étape du prochain gouvernement, c’est de faire adopter un budget. Sauf que, entre la gauche, la Macronie et la droite, il y a un certain nombre d’irritants. Et après, quelle base programmatique adopter ? La proportionnelle ? Nous sommes contre. Des réformes sociétales ? Tout nous oppose. Sur la sécurité ? Toujours pas… » Reste une solution, d’après lui : « Rester humble et avancer ensemble sur le traitement des urgences. Agricoles, sociales, territoriales… » L’humilité, voilà une carte jamais jouée par Emmanuel Macron.
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