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Lu sur Derrière la présidentielle, les législatives - La chronique de Dominique Rousseau - 1 mai 2026 | L'Humanité : lire, agir

Derrière la présidentielle, les législatives

le 1 mai 2026

En l’état actuel du paysage politique, l’élection présidentielle est pliée pour la gauche : Jean-Luc Mélenchon ne veut pas de primaires avec toutes les forces de gauche et sera donc candidat ; les autres forces de gauche auront chacune leur candidat ; si, par miracle, elles s’entendaient sur le nom d’un ou d’une candidate, Jean-Luc Mélenchon ne se rallierait pas à cette candidature et donc, divisée, la gauche ne sera pas au second tour. Dure réalité peut-être, mais réalité. Sauf… si le scénario de 1981 se reproduit. Cette année-là, François Mitterrand, candidat de la gauche, fait au premier tour 26 % et Georges Marchais, candidat communiste, fait 15 % ; au second tour François Mitterrand l’emporte avec 52 % des voix. En 2027, il faudrait donc d’abord qu’il y ait un candidat commun des forces de gauche et ensuite qu’il arrive largement devant le candidat « insoumis ».

Si 2027 ressemble plus à 2017 et 2022 qu’à 1981, l’élection présidentielle est pliée pour la gauche. Mais, si elle l’est, l’enjeu se déporte sur les élections législatives. D’ordinaire, elles sont sans enjeu. Quand François Mitterrand est élu en 1981 et provoque dans la foulée des élections législatives, les électeurs envoient aussitôt une majorité de députés favorables au nouveau président. Même chose en 1988, 2002, 2007, 2012 et 2017 : à chaque fois, les élections législatives confirment l’élection présidentielle. Le contre-exemple est 1995, où Jacques Chirac, pour n’avoir pas dissous l’Assemblée nationale juste après son élection, perd les législatives de 1997.

 

En 2027, le président élu trouvera face à lui l’Assemblée nationale actuelle sans majorité et, pour ne pas commettre l’erreur de Jacques Chirac, il décidera sans doute de dissoudre l’Assemblée avec l’espoir de gagner une majorité parlementaire en accord avec le résultat de l’élection présidentielle. Gagner l’Élysée fera-t-il gagner le Palais-Bourbon ? Pas sûr ! L’élection d’un président de droite et a fortiori d’extrême droite peut provoquer une réaction des citoyens électeurs. Si Édouard Philippe est élu, il le sera par une mobilisation des électeurs de toutes les familles politiques pour sauver la République en empêchant Marine Le Pen – ou Jordan Bardella – d’accéder au pouvoir. Non par une adhésion au programme de l’élu. Dès lors, la République sauvegardée, les électeurs peuvent retrouver leur famille politique d’origine et voter pour elle aux législatives. Or la Ve République est parlementaire ; selon la Constitution, c’est le premier ministre qui détermine et conduit la politique du pays. Les expériences de 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002 montrent qu’un président de la République qui n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale ne gouverne pas. Le pouvoir est entre les mains de celui qui « possède » la majorité parlementaire.

Ainsi, en 2027, l’élection d’un président de droite pour sauver la République ne lui garantit pas à coup sûr une majorité de droite à l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron en a fait l’expérience en 2022 et plus encore en 2024. Dès lors, puisque l’élection présidentielle est perdue pour elle, la gauche devrait, aujourd’hui, penser moins à cette élection et davantage aux élections législatives qui suivront et qui, elles, décideront de la politique du pays. Penser, cela veut dire fédérer les forces de gauche sur un programme, désigner les candidats qui le porteront dans les circonscriptions, et commencer maintenant la campagne des législatives. Pour faire comprendre que l’élection déterminante ne sera pas la présidentielle mais les législatives. Ce qui, au demeurant, est conforme à la culture constitutionnelle de la gauche, toujours méfiante – à raison – à l’idée de l’homme providentiel. Une nouvelle forme de cohabitation, à base parlementaire, appréciée des Français, serait inaugurée et avec elle une nouvelle République, moins présidentielle et davantage primo-ministérielle. En l’état actuel du paysage politique…

Dominique Rousseau

 

 

Tag(s) : #A gauche
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