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Ryanair, Vueling et Volotea... Pourquoi les grèves s'enchaînent chez les salariés du low cost

Les conflits se multiplient dans les compagnies aériennes low cost. En cause : la compression des coûts et les conditions de travail déplorables. EXPLICATIONS.

Publié le
Vendredi 22 Avril 2022
BERND SETTNIK / AFP
 

C’est une simple canette de Coca qui a mis le feu aux poudres. Deux hôtesses de l’air de la compagnie Ryanair ont été menacées de licenciement pour avoir bu, en mars, un soda à bord d’un avion. Mais la politique est claire : « Ni à manger ni à boire à bord ». En conséquence, le Syndicat national du personnel navigant commercial (SNPNC) a lancé un préavis de grève. Une large mobilisation qui a permis l’abandon des sanctions contre les hôtesses.

Derrière cet incident chez Ryanair, c’est toute la logique low cost en matière de conditions de travail qui est aussi dénoncée par les grévistes. Ce qui explique pourquoi la colère a fait tache d’huile.

Chez Volotea, après la grève massive du week-end pascal, démarre ce vendredi un nouveau mouvement qui promet d’être très suivi. D’autant que le personnel navigant de la compagnie a été rejoint par les pilotes de ligne, qui se sont mis en grève le week-end dernier et recommenceront les 23 et 24 avril. « Le préavis de grève du SNPNC, initialement prévu sur la période du 15 au 30 avril, vient d’ailleurs d’être prolongé jusqu’au 31 mai », annonce Alizée Bonnaure, déléguée syndicale de la compagnie.

« Que ce soit Ryanair ou Volotea, le PNC (personnel navigant commercial – NDLR) est super mal payé, il n’y a pas de temps de repos et la plupart des demandes ne sont pas écoutées », déplore Stéphane Salmon, secrétaire général adjoint du SNPNC.

La direction de  Vueling  a cédé

Revalorisations salariales, amélioration de la reconnaissance des vols de nuit et application de la législation française en matière de temps de pause sont autant de revendications portées par le syndicat. Par ailleurs, le SNPNC vient d’assigner la compagnie low cost espagnole en justice, qu’il accuse de casser le mouvement en faisant venir des salariés non grévistes d’autres pays d’Europe.

 

Malgré les attaques de la direction, mercredi, le trafic est resté extrêmement perturbé, avec quatre vols annulés sur cinq, et un avion en direction de Strasbourg qui a dû atterrir à Nantes, laissant le soin aux passagers de se débrouiller pour rentrer en Alsace.

Chez Vueling aussi, le SNPNC avait déposé un préavis de grève du 22 avril au 9 mai. Revendiquant de meilleures conditions de travail, le syndicat dénonçait des revalorisations salariales insuffisantes. Face à la mobilisation des compagnies concurrentes, et à la pression de ses propres salariés, qui, consultés, se sont déclarés à 98 % en faveur de la grève, la direction de Vueling a cédé. Elle qui ne proposait que des hausses de 150 euros par mois au maximum a décidé de faire de ce montant un minimum. « Notre force est d’avoir su nous solidariser entre personnels des différentes compagnies, se félicite un élu SNPNC de l’entreprise, qui préfère rester anonyme. “Un effet levier”, poursuit-il, permis par le fait que nous nous connaissons tous, peu importe la compagnie, on connaît les conditions de travail et de vie de nos collègues, on sait où appuyer. »

« Nous demandons reconnaissance et dignité »

Une victoire qui motive les salariés de Ryanair. Bien que les menaces pesant sur les deux hôtesses aient été levées, les salariés n’ont pas obtenu le droit de boire et manger à bord. Une provocation de la part de la compagnie low cost, qui « contrôle continuellement nos moindres faits et gestes et nous réprimande très sévèrement au moindre écart, en exerçant une forte pression », explique Damien, élu syndical chez Ryanair, bien décidé à poursuivre le mouvement.

Les grévistes exigent également l’application du Code de l’aviation civile. Car, explique Stéphane Salmon, « Ryanair refuse de se soumettre au droit français à propos des temps de repos ». Or, avec les normes de sécurité européennes auxquelles se réfère la compagnie, un steward pourrait se retrouver à travailler vingt-quatre heures d’affilée, le temps d’un aller-retour Paris-Tokyo, s’il a de quoi se reposer durant le vol, explique le représentant syndical.

« Il serait plus stratégique de se coordonner »

La mobilisation des personnels des compagnies low cost pourrait bien s’étendre encore. L’élu syndical Vueling le confirme : « Il va sûrement y avoir des vagues de grèves à plus grande échelle. » La présidente du bureau exécutif du SNPNC, Christelle Auster, appelle de ses vœux cette concordance des luttes.

« Il serait plus stratégique de se coordonner entre PNC de toute l’Europe pour les grèves. Afin d’éviter qu’elles ne soient cassées par des renforts d’autres pays, poursuit la syndicaliste. Mais surtout, j’espère que nos actions et nos revendications s’étendront à terme : nous demandons simplement de la reconnaissance et de la dignité dans notre travail. »

Damien promet d’ores et déjà que, « si Ryanair ferme encore les yeux, nous referons grève cet été en nous coordonnant avec d’autres pays d’Europe : nous avons déjà des discussions avec la Belgique et l’Italie ».

Tag(s) : #luttes sociales
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