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Il y a soixante-sept ans, la conférence historique de Bandung
Publié le
Samedi 23 Avril 2022
Francis Wurtz
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« Nous sommes résolus à n’être d’aucune façon dominés par aucun pays du monde et nous voulons vivre libres sans recevoir d’ordre de personne (…) Nous élevons notre voix contre l’hégémonie et le colonialisme, dont beaucoup d’entre nous ont souffert pendant longtemps. Et c’est pourquoi nous devons veiller à ce qu’aucune autre forme de domination ne nous menace. » C’est en ces termes que Nehru, le père de l’Inde moderne et laïque, s’adressait à la Conférence historique de Bandung (Indonésie), qui se tint du 18 au 24 avril 1955 et posa les jalons du futur mouvement des non-alignés.

Aux côtés de grandes figures de la lutte pour la libération et l’indépendance de leur pays y figuraient également des émissaires d’États pro-occidentaux. Quelques principes cardinaux unissaient les uns aux autres, tels que le respect de la souveraineté de tous les États, l’égalité des nations, la non-agression entre les États. Et tout particulièrement la solidarité entre pays du Sud : « Il appartient à l’Asie d’aider l’Afrique au mieux de ses possibilités, car nous sommes des continents frères », est-il dit dans la résolution finale de la Conférence de Bandung. C’est un « coup de tonnerre », une gigantesque « levée d’écrou », se réjouit alors le futur président emblématique du Sénégal, Léopold Sédar Senghor.

Dresser un parallèle entre cette époque et la nôtre serait aberrant. Néanmoins, soixante-sept ans plus tard, alors que l’on s’interroge sur l’état du monde aux lendemains de l’agression anachronique de la Russie contre l’Ukraine et de la réplique stratégique sans précédent des puissances occidentales, l’on ne peut s’empêcher de repenser peu ou prou à l’esprit de Bandung en observant, de la part de maints pays du Sud – et non des moindres –, les nombreuses formes de résistance aux pressions des puissances occidentales (en particulier des États-Unis) visant à les enrôler dans leurs tentatives de profiter de la désastreuse dérive du pouvoir russe pour reconstituer un « camp » totalement aligné sur les priorités stratégiques de Washington.

Au demeurant, les alliés européens de l’Amérique seraient eux-mêmes bien avisés d’évaluer lucidement les conséquences de la « guerre économique et financière totale contre la Russie » qu’ils ont choisi de mener dans le sillage du président Biden. Force est, en effet, de constater que les six trains de mesures prises par l’Europe contre la Russie n’ont réduit jusqu’ici ni les souffrances du peuple ukrainien ni le soutien de l’opinion russe à la stratégie criminelle du Kremlin. Ils risquent, en revanche, d’avoir « des effets très différents de ce que l’on imagine a priori », notait ces jours-ci un chercheur de l’EHESS (1). « Il serait prudent, soulignait-il, de s’interroger sur les conséquences non seulement militaires immédiates, mais aussi stratégiques à long terme des sanctions contre la Russie sur la réorientation des échanges, par exemple vers la Chine. Car, si rompre des liens est aisé, les reconstruire est un processus long et difficile ».

(1) Pierre-Cyrille Hautcœur, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Voir « le Monde » du 14 avril 2022.

Tag(s) : #Paix
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