Par Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen.
le 14 février 2026
Le 5 février dernier expirait le « nouveau traité de réduction des armes stratégiques » (New Start), qui avait été conclu en 2010 entre le président des États-Unis, Barack Obama, et son homologue russe, Dmitri Medvedev. Ce fut le dernier accord de désarmement Est-Ouest. En vertu de ce texte, chacune des deux principales puissances nucléaires s’engageait à limiter à 1 550 le nombre d’ogives nucléaires déployées, soit une baisse des deux tiers par rapport au traité Start initial de 1991.
Les États-Unis comme la Russie conservaient, certes, de quoi anéantir plusieurs fois la planète, mais au moins se montraient-ils prêts à contenir leur arsenal respectif et, surtout, à accepter des inspections permettant de vérifier le respect de leur engagement : ce qu’on appelle « des mesures de confiance », essentielles pour créer les conditions d’une sécurité collective.
La guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine et la riposte occidentale destinée à défaire l’armée russe, tout comme le retour au pouvoir de Donald Trump, ne pouvaient pas être sans conséquence sur la poursuite de cette coopération. De fait, Moscou, tout en confirmant sa volonté de respecter les limitations d’armement prévues par le traité, au-delà même de 2026, cessa d’autoriser les inspections américaines de ses sites nucléaires et évoqua à plusieurs reprises le spectre d’un recours à une « machine de l’apocalypse ».
Trump, de son côté – tout en saluant (mais sans y donner suite !) la proposition russe d’une prolongation d’un an du traité New Start – annonça de nouveaux essais nucléaires ainsi que des investissements massifs dans la modernisation de l’arsenal nucléaire des États-Unis ou dans le futur programme dit du Dôme d’or, consistant à placer des armes américaines dans l’espace.
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C’est dans ce contexte dangereusement confus, qu’intervint la date fatidique du 5 février sans qu’aucune décision sur « l’après-traité » ne fût annoncée de part et d’autre. « S’il expire, il expire », commenta, désinvolte, Donald Trump. Cette inconnue stratégique éveilla de lourdes inquiétudes. Allait-on assister, après plus d’un demi-siècle de limitation concertée et contrôlée des forces nucléaires des deux principaux détenteurs, à une relance générale de la course aux armements nucléaires ? « Cette dissolution de décennies d’acquis ne pourrait survenir à un pire moment : le risque d’utilisation d’une arme nucléaire est à son plus haut niveau depuis des décennies », avertit le secrétaire général de l’ONU.
C’est à ce moment crucial – en marge des négociations entre Washington, Moscou et Kiev pour tenter de trouver une issue à la guerre en Ukraine – qu’on a appris que les États-Unis et la Russie s’étaient finalement entendus sur le principe d’une prolongation du fameux traité, le temps d’en renégocier un nouveau, « amélioré et modernisé ». Peut-on, pour autant, être assuré que le pire sera évité ?
C’est loin d’être acquis, les États-Unis exigeant que la Chine réduise également son arsenal nucléaire, Moscou exprimant la même demande pour la France et la Grande-Bretagne – ce que les intéressés refusent à ce stade, soulignant que Washington et Moscou cumulent à eux seuls 90 % des armes nucléaires…
À quand le retour aux mobilisations de masse du type de « Ni Pershing, ni SS-20 ! » pour un monde sans armes nucléaires ?
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