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Philippe Martinez : « La seule solution contre la vie chère, c’est la hausse des salaires »

Mobilisations sociales. L’intersyndicale CGT, FSU, Solidaires et UNSA appelle ce jeudi 17 mars à des grèves et manifestations pour la hausse des salaires. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, revient sur les conflits que nourrit, ces derniers mois, la baisse du pouvoir d’achat. Entretien.

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, revient pour l'Humanité sur les conflits que nourrit, ces derniers mois, la baisse du pouvoir d’achat. L’intersyndicale CGT, FSU, Solidaires et UNSA appelle ce jeudi 17 mars à des grèves et manifestations pour la hausse des salaires.
Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, revient pour l'Humanité sur les conflits que nourrit, ces derniers mois, la baisse du pouvoir d’achat. L’intersyndicale CGT, FSU, Solidaires et UNSA appelle ce jeudi 17 mars à des grèves et manifestations pour la hausse des salaires.
© Julien Jaulin/Hans Lucas
 

La situation de guerre en Ukraine conduit à une envolée des prix des carburants, de l’énergie, des matières premières, notamment alimentaires. Quelles en seront les conséquences à court et à long terme pour les salariés, comme pour les entreprises ?

Il y a déjà des conséquences, à commencer par les prix de l’énergie qui s’envolent, avec un impact direct sur le pouvoir d’achat des salariés. Des entreprises commencent à fermer pour cette même raison : je pense par exemple à des fonderies qui travaillent le verre ou la céramique. Les patrons – de PME/TPE – n’arrivent plus à payer les factures. Dans certains secteurs comme la sidérurgie, des problèmes d’approvisionnement commencent déjà à entraver la production, ce qui fait planer des menaces de fermeture – provisoire ou définitive, on ne sait pas encore – sur certains sites. Des mesures d’urgence sont indispensables, comme au début de la pandémie : si la nature de la crise est différente, les conséquences sont semblables. Il faut des mesures de chômage partiel, d’activité partielle de longue durée (APLD), voire des prêts permettant de couvrir des factures d’énergie à court terme. Et puis un geste simple s’impose : une baisse de la TVA sur les produits pétroliers et les produits énergétiques. La TVA est l’impôt le plus injuste puisqu’il pénalise de la même façon les citoyens quel que soit leur niveau de revenus. Quand j’ai suggéré ça à Bruno Le Maire, il s’est fâché, en s’inquiétant subitement de la façon dont on allait, avec une telle baisse d’impôts, financer les écoles. Ce qui est plutôt savoureux, venant d’un gouvernement qui a couvert les plus riches de cadeaux fiscaux.

Les sanctions décidées contre Moscou font déjà sentir leurs effets sociaux avec des suppressions d’emplois en masse en Russie. Seront-elles indolores pour les salariés français ?

En Russie, c’est compliqué d’avoir des informations, même si nous entretenons des relations avec une confédération syndicale (pas la plus grande alignée sur Poutine). Il y a des problématiques de livraisons de pièces – pas seulement en Russie, d’ailleurs. Dans les pays frontaliers de l’Ukraine, où sont implantées des entreprises françaises – je pense à la Roumanie, avec Renault – des problèmes de livraisons se posent déjà : à juste titre, les chauffeurs routiers redoutent d’aller livrer dans cette région du monde. Quant aux salariés russes, ils continuent de travailler dans des conditions dégradées, que les sanctions rendent encore plus difficiles, quand leurs emplois ne sont pas tout simplement menacés. En France, au-delà des problèmes posés par les prix de l’énergie, des entreprises vont voir leur activité se contracter du fait de l’embargo sur certains produits.

« LES ARMES RESTENT POUR LE CAPITAL UNE MARCHANDISE TRÈS RENTABLE, BIEN PLUS RENTABLE QUE LES AUTRES. »

Qui va payer la facture de cette guerre ?

Nous. Le budget militaire avait déjà augmenté dans la loi de finances adoptée à l’automne ; maintenant la course à l’armement va s’accélérer encore. Parce que les armes restent pour le capital une marchandise très rentable, bien plus rentable que les autres. Dès le déclenchement du conflit, des entreprises comme Thalès ou Dassault ont vu le cours de leur action en bourse augmenter de façon considérable. La facture de cette course à l’armement, c’est autant d’argent prélevé sur le budget de la nation : ce sont les citoyens qui paient. On n’est plus sur une conception de défense nationale mais sur l’objectif d’être les premiers sur le marché mondial de l’armement. La France s’est d’ailleurs déjà hissée sur le podium des plus gros exportateurs d’armes dans le monde, à la troisième place.

Sur les prix de l’énergie, Jean Castex vient d’annoncer une remise à la pompe de 15 centimes par litre. Emmanuel Macron promet s’il est réélu le gel du prix du gaz jusqu’à la fin de l’année. Est-ce suffisant ?

Non. La seule solution contre la vie chère, pour soutenir le pouvoir d’achat, c’est l’augmentation des salaires et des pensions. C’est d’ailleurs ce qui fait l’objet de nombreux conflits en France depuis plusieurs mois. Les hausses de salaires doivent aller de pair avec une baisse des taxes, qui sont très fortes sur l’énergie. Après, à plus long terme, mais assez rapidement, il faudra une vraie réflexion sur les questions énergétiques. Dans le cadre de la transition énergétique, il nous faut une entreprise publique en position de maîtriser les prix de l’énergie, gaz et électricité. Aujourd’hui par exemple, EDF vend à perte son électricité, en tout cas très, très en dessous du prix du marché. Quand des mesures ont été prises sur la maîtrise du coût de l’électricité, l’État a demandé à EDF de donner huit milliards d’euros aux entreprises privées, non pas pour qu’elles baissent leurs prix, mais pour qu’elles préservent leurs marges.

Il faut retrouver une vraie entreprise publique, au service des citoyens, qui ne soit pas contrainte de financer les entreprises privées de distribution d’énergie. On a vu tout le débat qu’il y a eu à EDF autour du projet Hercule, qui consistait à démonter l’entreprise. Les salariés sont mobilisés pour faire reculer de tels projets, mais ça ne suffit pas. On ne veut pas uniquement faire reculer un plan de privatisation. On veut redonner tout son sens à l’idée d’une entreprise publique nationalisée, mettre sur la table des projets contribuant à la réindustrialisation du pays, tout comme des propositions permettant de réaliser des économies d’énergie. Il faut par exemple un grand plan de rénovation thermique des logements. Je refuse, en revanche, d’employer le terme de « sobriété » énergétique, qui vise à culpabiliser les citoyens. En France, des millions de foyers sont en situation de précarité énergétique. Ceux-là sont déjà en dessous de la sobriété.

L’État vient de participer à hauteur de 2,1 milliards d’euros à la recapitalisation d’EDF.

L’État a recapitalisé d’un côté, il en a piqué le double de l’autre côté. Ce n’est pas une stratégie. Au lieu de piquer les fruits du travail des agents EDF, les fameux 8 milliards, pour les donner au privé, cet argent aurait dû être réinvesti dans l’entreprise pour moderniser, rénover, internaliser des fonctions, travailler sur la recherche. Voilà à quoi pourrait ressembler une vraie stratégie industrielle sur une question essentielle comme l’énergie qui doit relever du domaine public.

Quelle appréciation portez-vous sur la philosophie du “Plan de résilience” dévoilé mercredi par le gouvernement ?

Le gouvernement persiste dans sa politique d’aides aux entreprises sans conditionnalité, ni contrôle. Les salariés et plus largement les citoyens restent de nouveau les grands oubliés de ce nouveau plan.

« EN 2021, LES ENTREPRISES DU CAC 40 ONT BATTU DES RECORDS DE BÉNÉFICES ET DE DIVIDENDES VERSÉS AUX ACTIONNAIRES. »

Les événements en cours vont-ils reléguer à l’arrière-plan la question des inégalités de répartition des richesses ?

Pas pour les salariés, dont les mobilisations se poursuivent. La guerre en Ukraine, qui est très grave, n’y met pas un terme. On retrouve un peu la petite musique de 2020 quand a surgi la pandémie de Covid-19 : « C’est la guerre, ça va être dur, il faut faire des sacrifices, on va mettre dix ans à s’en remettre ». Et puis en 2021, ce n’était pas tout à fait les prévisions annoncées : les entreprises du CAC 40 ont battu des records de bénéfices et de dividendes versés aux actionnaires, tandis que les inégalités ont explosé. Ce qui est sur la table aujourd’hui, c’est bien la question des salaires. Tout ce que nous avons dit sur les salariés de première et de seconde ligne, sur les métiers à prédominance féminine reste plus que jamais d’actualité. On ne va pas mettre ça de côté parce qu’il y a la guerre. Et ce n’est pas se désintéresser de la situation en Ukraine que de faire vivre les revendications des salariés ici.

On voit depuis septembre se multiplier les conflits sur les salaires dans les entreprises, dans tous les secteurs. Cette dynamique de lutte s’inscrit-elle dans le temps long ?

Oui, je le pense. On a rarement vu autant de conflits de cette nature, jusque dans des entreprises où il n’y a pas de syndicat, où les salariés viennent nous chercher. Je crois que certaines des entreprises concernées n’avaient plus connu de grève depuis 1968. On est dans une dynamique solide, dans tous les secteurs. Et ces luttes donnent lieu à de vrais débats sur le salaire, le SMIC, le salaire de base, le salaire brut, le salaire net, les cotisations sociales.

Cette journée de mobilisation du 17 mars se présente-t-elle comme un moment de confluence de ces luttes pour les salaires ?

C’est toujours difficile de parler de confluence, de convergence. Ce qui est certain c’est que les salariés, les gens qui se battent ont besoin de se retrouver, de s’inscrire dans un élan collectif. Il y a de vraies possibilités de convergence sur l’augmentation du salaire minimum, parce que beaucoup de travailleurs sont payés au SMIC, et même en dessous. Mais nous voulons que tous les repères de grilles augmentent. Ce qu’il faut, c’est que les salariés soient en capacité de rassembler tous ceux qui se battent dans leur entreprise, avec la conviction qu’en se retrouvant avec d’autres, ailleurs, on peut avancer plus vite. C’est ça l’enjeu de ce 17 mars.

L’UNSA se joint aux cortèges ce jeudi. Un front syndical prend-il corps sur les salaires ?

Les mobilisations dans les entreprises, très souvent unitaires, pèsent aussi sur les directions nationales des organisations syndicales…

Du côté des fonctionnaires, le gouvernement annonce un dégel du point d’indice.

Les salaires des fonctionnaires sont gelés depuis plus d’une décennie. À la SNCF, ça va faire huit ans maintenant. On voit bien là que cette question n’oppose pas le gouvernement et le patronat. Au contraire : une logique commune les pousse à considérer le travail comme un coût à comprimer. Et nous, notre logique, c’est de dire que le capital est un coût et que c’est ce coût qu’il faut baisser. Ces deux conceptions s’affrontent.

« Le travail doit payer », avait lancé Bruno Le Maire à l’université d’été du Medef, l’été dernier. Geoffroy Roux de Bézieux avait reconnu à sa suite la nécessité de sortir des logiques « low cost » en matière de salaires.

Ils sentaient déjà ces mobilisations, ces conflits arriver. Mais si, aujourd’hui, les salariés gagnent des augmentations, ce n’est pas grâce à Le Maire, ni à Roux de Bézieux. C’est le fruit de leurs mobilisations, pour des revalorisations à tous les niveaux, pas seulement pour les bas salaires. Il y a des conflits chez Thalès, chez Dassault. Chacun veut une meilleure reconnaissance de son travail et la meilleure des reconnaissances, c’est celle qui se traduit sur la feuille de paye. Ce qui est nouveau, c’est que ces mobilisations durent, et elles auront rarement été aussi nombreuses si près d’une élection présidentielle.

« SOIT LE FRUIT DU TRAVAIL VA DANS LA POCHE DES ACTIONNAIRES, SOIT IL VA DANS LA POCHE DES SALARIÉS. »

La CGT propose de porter le SMIC à 2.000 euros. Aucun des candidats à la présidentielle ne va si loin.

C’est dommage !

Comment cette proposition peut-elle être économiquement viable ?

Premièrement, je pense que les salariés, grâce à leurs mobilisations, ont permis que ces questions s’imposent dans le débat public, alors que le début de la campagne présidentielle était dominé par les thèmes chers à l’extrême droite : identité, immigration, sécurité.

Beaucoup de candidats se sont exprimés sur les salaires. Pas tous de la même façon mais en soi, voir ce thème reprendre le dessus, c’est positif. C’est la preuve que lorsque les salariés interviennent, ils bousculent l’agenda politique. Comment financer cette augmentation du SMIC ? Ce n’est pas très dur : soit le fruit du travail va dans la poche des actionnaires, soit il va dans la poche des salariés. De ce point de vue, 2021 est une année symbolique. C’est qu’il y a eu beaucoup, beaucoup, de richesses produites et l’immense majorité de ces richesses est partie dans les poches des actionnaires.

On vient de constater, avec les sanctions prises contre la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine, qu’on est capable de bloquer les transactions financières d’un pays en un claquement de doigts. Et on ne serait pas capables de faire la même chose avec la fraude fiscale ? C’est quand même surprenant. On parle de dizaines de milliards d’euros : voilà de l’argent qui échappe à la rémunération du travail. Il y a des ressources pour payer le travail. Elles existent.

Que pensez-vous de l’annonce de la suppression de la redevance audiovisuelle ?

Je n’aime pas tellement cette expression mais c’est du populisme, de la politique à deux balles. Certes, il y a des impôts qu’il faudrait baisser. Le refus de baisser le plus injuste, le plus inégalitaire, la TVA, en dit long sur ceux qu’on veut favoriser dans ce pays : les riches. Quant à la redevance, je ne suis pas sûr que le pluralisme et le débat démocratique sortent gagnant de cette stratégie de casse du service public pour faire émerger des Bolloré.

Les candidats libéraux proposent de baisser les cotisations sociales pour relever le pouvoir d’achat. Qu’en pensez-vous ?

La plupart des candidats ont progressé sur ce point. Au début, tous ne parlaient que de salaires nets. Certains, à gauche notamment, font désormais la différence entre salaire net et salaire brut. Ils commencent à prendre en compte les cotisations sociales, donc à parler de sécurité sociale, de santé, de retraite. Le clivage est là. De la droite à l’extrême droite, de Macron aux majorités précédentes, ils ont toujours proposé de donner d’une main aux salariés, à travers la baisse des cotisations, ce qu’ils leur enlevaient de l’autre avec l’affaiblissement de la protection sociale. Parler de salaire, c’est aussi poser des enjeux majeurs comme la reconnaissance des qualifications, la place des femmes au travail et dans la société. Certains candidats nous font croire qu’ils vont faire du neuf en piochant dans les cotisations sociales. Ça fait quarante ans que ça dure.

« PROPOSER LA RETRAITE À 65 ANS, C’EST NE RIEN CONNAÎTRE À LA RÉALITÉ DU MONDE DU TRAVAIL, AUX INÉGALITÉS D’ESPÉRANCE DE VIE ENTRE CADRES ET OUVRIERS. »

Comment accueillez-vous la proposition d’Emmanuel Macron de repousser de 62 ans à 65 ans l’âge de départ à la retraite ?

S’il y a une mesure qui fait l’unanimité contre elle parmi les organisations syndicales, c’est bien celle-là. Alors soit il nous écoute, soit il continue comme avant ses fameuses concertations qui depuis cinq ans s’apparentent à du « cause toujours ». Proposer la retraite à 65 ans, c’est ne rien connaître à la réalité du monde du travail, aux inégalités d’espérance de vie entre ouvriers et cadres, à la diminution de l’espérance de vie en bonne. C’est accepter que les soignants des EHPAD aient le même âge que les résidents dont ils s’occupent, c’est ignorer que les égoutiers de Paris n’atteindront jamais l’âge de départ à la retraite.

Le candidat Macron dit vouloir prendre en compte la pénibilité du travail…

 Le même a supprimé trois des cinq critères de reconnaissance de la pénibilité. La seule vraie question qui vaille est la suivante : peut-on financer la retraite à soixante ans ? Nous disons oui. C’est comme pour l’impôt : si on continue de supprimer les cotisations, on assèche le financement de la Sécurité sociale. Voilà pourquoi nous parlons d’augmenter les salaires avec leurs cotisations pour financer la retraite à 60 ans.

La dernière journée internationale des droits des femmes a donné lieu à de fortes mobilisations. Le patronat juge insurmontable le coût de 140 milliards d’euros que représenterait l’égalité salariale. Qu’en dit la CGT ?

 L’égalité salariale est la première revendication du monde du travail. La logique du patronat, du gouvernement et d’un certain nombre d’hommes politiques est de toujours parler de dépenses, jamais d’investissements. Mettre de l’argent dans la santé, est-ce une dépense ou un investissement ? Payer les femmes au même salaire que les hommes à qualification égale, est-ce juste ? Le faire, c’est aussi augmenter les recettes via les cotisations sociales, les impôts. Là encore, nous sommes face à deux choix de société. Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron n’a pas écrit une seule fois le mot femme. C’est étrange pour quelqu’un qui prétendait en faire une priorité.

« DIRE DE MACRON QU’IL EST LE PRÉSIDENT DES ULTRA-RICHES N’A RIEN D’UNE CARICATURE. »

Comment jugez-vous le bilan du quinquennat écoulé ?

Pas globalement négatif : complètement négatif pour le monde du travail. Dire de Macron qu’il est le président des ultra-riches n’a rien d’une caricature. En 2021, Bernard Arnault a augmenté son patrimoine de l’équivalent du budget de l’Éducation nationale. Voilà qui résume ce quinquennat.

Marine Le Pen affirme sa préoccupation sociale et se paie même le luxe de critiquer la « brutalité » des options ultralibérales d’Eric Zemmour. Comment les salariés peuvent-ils y voir clair ?

D’abord, restons fidèles à nos valeurs. Je suis abasourdi par les distinctions faites en ce moment entre les réfugiés selon leur provenance. Il y aurait ceux qui mériteraient d’être accueillis, et puis les autres, auxquels il faudrait fermer la porte. Les Syriens, les Afghans ont pris sur la tête les mêmes bombes que celles lâchées sur les Ukrainiens. Ensuite, il faut rappeler que Marine Le Pen est dans le camp du capital. Elle aussi dit qu’elle va augmenter les salaires en baissant les cotisations sociales. Elle aussi parle de « coût du travail », de réduction des dépenses publiques. Elle se livre à la même surenchère ultralibérale que Valérie Pécresse ou Emmanuel Macron.

Redoutez-vous que la guerre en cours ne vienne recouvrir la question sociale ?

La situation est grave en Ukraine ; nous réitérons notre appel à la paix. Cela ne doit pas pour autant occulter les questions sociales. Ce gouvernement, comme les précédents, parie sur une stratégie du renoncement : « Ce n’est pas la rue qui commande ». Mais les mobilisations pèsent. Le Ségur de la santé, même si ses résultats sont insuffisants, ne serait pas advenu sans les deux années de mobilisations des personnels de santé qui l’ont précédé. Le projet Hercule (de découpe d’EDF, N.D.L.R.) n’aurait pas été remisé dans un tiroir sans les journées d’action des agents énergéticiens. Sans mobilisation sociale, la réforme des retraites aurait été adoptée avant l’arrivée du virus.

Cette journée de mobilisation est-elle le dernier temps fort social avant le premier tour de l’élection présidentielle ?

Non. Les retraités vont retourner dans la rue pour leurs pensions le 24 mars. Ils ont de solides raisons : la petite revalorisation du début d’année a fait automatiquement augmenter la CSG. Certains retraités, par ce mécanisme, se retrouvent à percevoir moins ! Le 31 mars, les cheminots manifesteront pour leurs revendications salariales. Là aussi, les mobilisations locales débouchent sur un mouvement national. Et il y a des grèves tous les jours un peu partout. D’autres temps forts viendront encore avant le 1er mai, qui ne sera pas un entre-deux, entre présidentielle et législatives.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui et Stéphane Guérard

Tag(s) : #luttes sociales
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