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Lu sur https://www.humanite.fr/aeroports-de-paris-exigeons-ensemble-que-macron-declenche-le-referendum-682594

Aéroports de paris. « Exigeons ensemble que Macron déclenche le référendum ! »

Vendredi, 3 Janvier, 2020

Le président de la République doit tenir sa promesse. Tel est l’appel de ceux qui mènent la campagne pour une consultation sur la privatisation d’ADP, qui a déjà réuni plus d’un million de signatures.
Fabien Gay Valérie Rabault Maxime Combes Marie Pochon et Chloé Gerbier Nathalie Verdeil éric Coquerel

 

Sénateur PCF de Seine-Saint-Denis

Députée PS, présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale

Économiste et porte-parole d’Attac

Secrétaire générale et référente juriste de Notre affaire à tous

Secrétaire confédérale de la CGT en charge de la communication

Député FI de Seine-Saint-Denis

Plus d’un million ! Jamais autant de signatures n’avaient été ainsi rassemblées. La campagne pour qu’un référendum soit organisé sur la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP) a dépassé ce seuil historique, comme l’a confirmé le Conseil constitutionnel, début décembre 2019. Le président de la République est désormais face à sa parole : au moment de conclure le grand débat national, il s’était engagé à ce que le référendum d’initiative partagée (RIP) soit déclenché dès un million de parrainages citoyens, contre les 4,7 millions actuellement exigés par la loi. Cette barre symbolique a été franchie malgré tous les freins et les coups bas indignes que le gouvernement impose depuis le début de la campagne. Le projet dans lequel il compte s’enfermer multiplie décidément sans fin les aberrations. Les acteurs de la mobilisation, à qui nous donnons la parole dans ces deux pages, le rappellent avec force : la privatisation d’ADP est une folie économique, écologique et sociale, une hérésie en termes de souveraineté et d’aménagement du territoire, et enfin une insulte lancée à la face de la démocratie elle-même. L’exécutif et ses relais médiatiques, qui tentent d’étouffer dans le silence cette campagne sans précédent, doivent reprendre raison : il faut un référendum !

« Engranger un maximum de signatures d’ici au 12 mars »

« Plus d’un million de signatures recueillies après six mois de campagne pour demander un référendum sur la privatisation ou non d’ADP. Plus d’un million, malgré les dysfonctionnements du site. Plus d’un million malgré le silence assourdissant d’une grande partie de la presse. Plus d’un million sans que le gouvernement ne daigne organiser la moindre communication pour faire vivre un droit constitutionnel. C’est donc dès maintenant une grande réussite démocratique que l’on doit à celles et ceux qui se sont mobilisés. Surtout quand on pense que pas un seul euro n’a été dépensé pour informer les citoyens de l’existence de ce RIP. En comparaison, pour vendre les actions de la FDJ, des centaines de milliers d’euros ont été dilapidés. C’est donc avec l’argent public que l’on fait de la publicité pour vendre… notre patrimoine commun. C’est un deux poids, deux mesures insupportable ! Le président de la République, à la sortie du grand débat national, annonçait qu’il abaisserait le seuil pour le RIP de 4,7 millions à… 1 million de signatures. Nous y sommes. Alors, même si la Constitution ne l’y oblige pas, la promesse politique doit être tenue. Exigeons ensemble que Macron déclenche le référendum et continuons à engranger le maximum de signatures jusqu’au 12 mars prochain. C’est une exigence démocratique ! »

« Privatiser un monopole est un non-sens économique »

« Si nous avons réussi à obtenir un large consensus politique pour lancer le RIP visant à empêcher la privatisation d’ADP, c’est bien parce que les arguments sont extrêmement nombreux pour garder ADP dans le giron public. Parmi eux, il y a sa rentabilité économique. En moyenne, les aéroports dans le monde affichent un chiffre d’affaires de 17 dollars par passager, d’après Airports Council International. Pour ADP, on est sur un montant de 18 euros par passager, soit 20 dollars, soit 17 % de plus que la moyenne mondiale. Quand on regarde les résultats financiers, on constate que le groupe ADP affiche un résultat opérationnel qui représente 43,8 % de son chiffre d’affaires. À titre de comparaison, celui de l’aéroport de Francfort est de 32,5 %. Enfin, depuis 2013, le groupe ADP distribue via son dividende 60 % de son résultat net à ses actionnaires, et parmi eux l’État. C’est un des taux de distribution parmi les plus élevés. Aujourd’hui, cet argent reste dans le giron public pour un peu plus de la moitié. En cas de privatisation, il reviendrait de facto en totalité aux investisseurs privés. En 2018, le groupe ADP est devenu numéro un mondial de la gestion aéroportuaire. Vouloir privatiser ce fleuron qui en France bénéficie d’un monopole relève d’un non-sens économique. »

« Un capitalisme de connivence contre l’intérêt général »

« Depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron ne cesse de dérouler le tapis rouge aux investisseurs internationaux. De BlackRock aux milliardaires de la Silicon Valley, en passant par les PDG des multinationales, ils sont régulièrement reçus en grande pompe à l’Élysée ou à Versailles. Président et ministres leur récitent combien la politique économique menée depuis 2017 est favorable à leurs intérêts. Le choix de privatiser ADP, la FDJ, Engie, et demain les barrages ou les ports, est un signe que l’exécutif leur envoie comme preuve de sa volonté de réduire l’État, en le délestant de ses outils publics interventionnistes. Privatiser, c’est se conformer aux exigences des acteurs économiques et financiers en leur confiant des pans de l’économie dont les profits leur échappaient encore pour partie. On a là des formes d’un capitalisme de connivence où décideurs politiques et élites économiques partagent une même orientation idéologique mise en œuvre via des politiques de libéralisation, et qui s’illustre par des cadeaux et renvois d’ascenseur réciproques (privatisation contre pantouflage, par exemple). Le tout au détriment de l’intérêt général. »

« Le droit à un environnement sain ne peut s’entremêler aux intérêts privés »

« La privatisation d’ADP est un enjeu écologique majeur. Trop longtemps nous avons laissé les acteurs privés suivre la seule loi du marché. Quoi de plus incohérent que de voir l’État se targuer d’une future neutralité carbone, lorsqu’il se prive de ses leviers d’action et que des dizaines de projets d’extension d’aéroports sont planifiés en France ? Face aux destructions environnementales, nous devons établir par le droit la primauté de la protection du vivant et du respect des limites planétaires sur le principe de libre entreprise, qui fait primer le développement de ces “grands projets inutiles” et privatisations allant à l’encontre de l’intérêt général. Il y a un an, nous initiions l’Affaire du siècle, avec plus de 2,3 millions de citoyens tous prêts à changer de paradigme. Le jugement de la Cour suprême néerlandaise l’affirmait fin décembre : nous ne pouvons laisser nos droits fondamentaux, tels que celui à un environnement sain, s’entremêler aux intérêts privés. C’est pourquoi il est essentiel de lutter pour réinventer la démocratie à l’aune de la crise environnementale et climatique. Par le RIC, par les actions en justice, la désobéissance civile et le boycott, les citoyens imaginent de nouvelles formes de participation et de pression pour reprendre la main sur leur avenir. Ce référendum en est une des clefs. »

« Cette campagne devrait faire l’objet d’un financement public »

« Macron a annoncé en avril dernier être prêt à abaisser le seuil de quatre à un million de signatures nécessaires à l’engagement du référendum. Et c’est arrivé avec ce premier RIP : un million de personnes ont signé ! C’est véritablement l’expression d’un exercice démocratique et Macron se grandirait d’écouter enfin le mécontentement populaire. Cela fait plus de deux ans que les salariés d’ADP sont engagés dans cette bataille, nous avons réussi à former un collectif de soutien, à mobiliser les partis politiques, mais cette campagne, nous la menons seulement avec nos propres moyens. Elle devrait faire l’objet d’un financement public puisqu’elle a été votée par des parlementaires et qu’elle est relative à un droit constitutionnel. Macron doit nous écouter : nous nous battons pour la préservation du bien commun, car à l’intérêt des salariés d’ADP s’ajoutent non seulement des enjeux environnementaux, mais aussi des enjeux de sécurité puisque les aéroports de Paris constituent la plus grande frontière nationale. »

« Macron ne doit pas avoir peur du peuple »

« Emmanuel Macron n’a pas la moindre considération démocratique : lorsque plus d’un million de citoyens s’expriment en faveur d’un référendum sur la privatisation d’ADP, le minimum syndical est de les écouter. Il ne respecte même pas sa promesse faite à la suite du grand débat. Qu’il n’ait pas peur du peuple, surtout sur une affaire aussi sérieuse qu’ADP, où il y a des considérations de sécurité, de souveraineté nationale, écologiques et sociales. Avec un tel mépris des parlementaires et de l’expression populaire, il ne faut pas s’étonner des tensions dans le pays. En cas de référendum, il sait bien que les Français le rejetteraient en bloc. Il est minoritaire sur ce sujet et veut passer en force. La privatisation d’ADP, c’est manifestement quelque chose qui a une grande importance pour le gouvernement, il y a certainement à la clé des affaires juteuses pour des grandes entreprises, comme Vinci. Ça semble plus important que de respecter la parole du peuple. »

Julia Hamlaoui, Benjamin König, Lola Ruscio, Aurélien Soucheyre et Lionel Venturini
Tag(s) : #démocratie

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