Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lu sur https://www.humanite.fr/editorial-diktats-679557
Éditorial. Diktats
Jeudi, 31 Octobre, 2019

L'éditorial de Sébastien Crépel. Comment s’en étonner, sauf à considérer que le problème du chômage viendrait des chômeurs eux-mêmes et non de l’insuffisance d’offres d’emploi durable ?

 

Écartons d’emblée les faux débats. Non, la réforme de l’indemnisation du chômage n’incitera pas les chômeurs à reprendre plus rapidement un travail. La recette qui consiste à diminuer les revenus des demandeurs d’emploi a été éprouvée par le passé. En particulier, la dégressivité des allocations, que le gouvernement Macron rétablit aujourd’hui pour certains cadres, a conduit à l’effet inverse de celui recherché dans les années 1990, puisqu’elle a « ralenti le retour à l’emploi » des chômeurs concernés, selon l’évaluation de cette expérience publiée en 2001. Et une autre étude a conclu depuis que rien ne permet « d’affirmer que les chômeurs indemnisés recherchent moins activement et acceptent moins souvent un emploi que les autres ».

Comment s’en étonner, sauf à considérer que le problème du chômage viendrait des chômeurs eux-mêmes et non de l’insuffisance d’offres d’emploi durable ? Si c’était le cas, on ne compterait pas une moitié de chômeurs non indemnisés, comme le rappelle souvent le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, pour souligner que le scandale du chômage est d’abord dans ce chiffre.

Le véritable objectif de la réforme est ailleurs. Et il est politique. À l’été 2018, Emmanuel Macron dévoilait toute la portée de la transformation engagée avec le transfert du financement de l’assurance-chômage sur la CSG, touchant à « la philosophie même de notre solidarité nationale (…). Il n’y a plus un droit au chômage au sens où l’entendait classiquement », assis sur les cotisations des salariés. Et cela change tout. L’assurance-chômage, désormais « financée par l’ensemble des contribuables », implique « des droits et des devoirs, car chacun est alors comptable de tous et tous de chacun », poursuivait-il. En clair, l’État a maintenant les mains libres pour restreindre comme bon lui semble l’indemnisation des chômeurs. L’Unédic, organisme de protection sociale propriété des cotisants, est mort. Bienvenue dans l’Unédic d’État, soumis aux diktats des ­gouvernements.

Par Sébastien Crépel
Tag(s) : #luttes sociales, #luttes citoyennes
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :