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Revue Regards : un dossier sur les problématiques politiques du Front de gauche

Lu sur http://www.regards.fr/nos-dossiers

Brainstorming au Front de gauche

Par Catherine Tricot| 6 mai 2013

Après une candidature à la présidentielle ayant suscité une réelle dynamique militante et un résultat au-dessus du seuil symbolique des 10 %, le Front de gauche continue de chercher sa voie. Né en 2009 de l’union du Parti de gauche et du PCF, le Front de gauche a encore du pain sur la planche. Structuration, stratégie, leadership : les enjeux sont ardemment discutés, mais souvent en coulisse. Lever de rideau.

Comment parler du et au peuple ? Même si chacun sait que les médias transforment à l’occasion les propos du leader du Front de gauche, les formules de Jean-Luc Mélenchon font débat. Quand Libération titre sur « La purification éthique », il déforme sévèrement les termes du député européen. Pour autant, le parler « dru et cru » de Mélenchon n’est pas au goût de toutes les composantes du Front de gauche. Derrière cet enjeu de vocabulaire se révèlent des différences d’appréciation sur la meilleure façon d’élargir le socle d’adhésion.

Tout n’est pas en cause. La base d’accord stratégique est substantielle entre les organisations du Front du gauche. Mais l’analyse de la séquence politique, de laquelle découle en partie tactique et stratégie, nourrit les divergences. Le Front de gauche est-il aux portes du pouvoir ou à l’orée de la reconquête ? Jean-Luc Mélenchon ne cache pas sa conviction : « Nous serons au pouvoir dans dix ans », répète-t-il de conversations privées en interviews. Ce volontarisme permet de mobiliser les militants sur une perspective stratégique claire et enthousiasmante. Incontestablement, à court terme en tout cas, l’activisme du PG produit de la dynamique. Côté PCF, l’hypothèse de passer rapidement devant le PS à gauche ne semble pas être le pronostic privilégié. Ce parti pris peut alimenter une propension à faire vivre le rôle d’aiguillon à gauche plutôt que de jouer avec le PS la rupture franche. Mais, y compris au PCF, la conscience que la période n’est plus celle de la gauche plurielle modifie la donne. Pour les communistes, il ne s’agit plus de tirer le PS gouvernemental vers la gauche mais d’offrir une majorité alternative, porteuse d’un autre cap. Dans un moment où François Hollande atteint des sommets d’impopularité, où les couleuvres sociales du gouvernement sont dures à avaler et où l’affaire Cahuzac révèle un système à refondre du sol au plafond, les rapports historiques entre PS et PCF ont pris du plomb dans l’aile. Jusqu’à quel point ? Quel sera le prix d’une autonomie à l’égard du PS ? Les élections municipales de 2014 constituent de ce point de vue un cap difficile. Il est probable que les listes Front de gauche auront des configurations très variables. Mais l’enjeu de la tonalité générale n’est pas mince : Qu’est-ce qui donnera le « la » ? Au premier tour, est-ce le rassemblement de toute la gauche ou l’indépendance des forces alternatives qui constituera l’exception ? La balance penche aujourd’hui vers l’autonomie mais le débat n’est pas clos. La cohérence du Front de gauche, celle de sa stratégie nationale et locale est en jeu.

L’appréciation sur le moment politique structure aussi la manière de s’affronter au Front national. Le Front de gauche peut-il gagner la manche dans un duel explicite et exacerbé avec l’extrême droite ? L’objectif affiché par Jean-Luc Mélenchon de passer devant Marine Le Pen à la présidentielle, ainsi que sa candidature face à elle à Hénin-Beaumont, a échoué. Cette donnée mérite sans doute d’être assimilée pour penser la suite. Faut-il persévérer dans la logique du « front contre front » ou assumer la conflictualité politique avec le FN mais en misant d’abord sur la perspective alternative ? À l’aube de la manifestation du 5 mai, « contre l’austérité et la finance, pour une VIe République », organisée par le Front de gauche, qui a suscité une mobilisation le même jour de la part du Printemps français et des amis de Frigide Barjot, l’affaire n’est pas simple.

Pour atteindre l’objectif d’être en tête de la gauche, le Front de gauche a besoin de partenaires. La question de ses liens avec les forces de la gauche du PS et d’EELV est posée. Comment attiser leurs contradictions et renforcer les liens pour les attirer dans un rassemblement en dehors de la gauche gouvernementale ? Les paris sur leurs capacités à passer le Rubicon divergent : inutile de les attendre, disent les uns ; travaillons patiemment, préconisent les autres. Mais c’est aussi et même surtout l’ouverture du Front de gauche au mouvement social et à la société civile qui permettra d’élargir son socle d’adhésion. Sur ce point, la méthode est discutée car l’heure n’est plus à un mouvement social qui marche dans les pas du politique. Alors, quelle association, quelles dynamiques communes possibles ? De nouvelles relations se cherchent.

La structuration du Front de gauche n’a pas connu d’accélération après la séquence présidentielle/législatives Étonnant. Et surtout peu performant. Les instances sont restées pendant des mois et des mois celles de la présidentielle, avec une coordination, un conseil de campagne, des fronts thématiques, des fronts de luttes et des assemblées citoyennes. Faute d’accord sur une transformation de ces instances et le passage à une étape supplémentaire dans l’inclusion du Front de gauche, ces instances ont juste été pérennisées. Et il n’y a toujours ni trésorerie véritablement commune (mais une clé de répartition) ni porte-parole officiel. Moralité : le fonctionnement reste celui d’un cartel d’organisations et l’implication militante n’a pas été favorisée. Les assemblées citoyennes ont essentiellement le pouvoir de coller les affiches et d’organiser des débats publics : leur participation aux décisions du Front du gauche n’est pas organisée. L’adhésion directe reste impossible. Au total, le cadre commun s’en trouve fragilisé. Les organisations plus petites du Front de gauche, telles que la Gauche anticapitaliste (les ex du NPA) ou la Fase, plaident pour un renforcement du pouvoir des instances mais ne pèsent pas suffisamment face au PG et au PCF qui semblent se complaire dans ce cartel d’organisations. En attendant, la dynamique commune en est affectée. Mais le Front de gauche reste un atout précieux, un acquis unitaire bien difficile à remettre en cause. Prochain départ, le 5 mai place de la Bastille. À suivre.

Tag(s) : #front de gauche PCF PG Fase Gauche anticapitaliste
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