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Au-delà des fantasmes et des caricatures usées, s’intéresser vraiment aux pays émergents, à nos rapports réciproques

Lu sur http://www.humanite.fr

le 3 Mai 2013

Comment le centre de gravité du monde est-il en train de se déplacer?

Ce que change « l’émergence » de pays et les Brics...

Par Paul Fromonteil, conseiller régional honoraire pcf.

Pour la lecture d’un monde qui bouge en profondeur, l’émergence des « nouvelles puissances » sur l’ensemble des continents mérites une attention particulière. Non seulement parce que cela bouscule la domination capitaliste occidentale, les anciens rapports Nord-Sud, mais parce que cette émergence souligne le besoin d’un autre type de développement humain face à une mondialisation qui accroît les inégalités et la polarisation des richesses. Cette émergence porte aussi le besoin d’une nouvelle conception des relations internationales et d’une « nouvelle pensée » du rapport de l’être humain au monde avec toutes les dimensions politiques, idéologiques et civilisationnelles que cela suppose. Où se situent ces pays, nations, états émergents dans la montée de ces besoins et exigences ?

Une attention particulière devrait être portée aux cinq pays qui forment les Brics : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Rassemblés depuis 2009 dans ce club économique et politique, ces cinq pays-continents pèsent d’un poids considérable qui s’amplifie au point de modifier les rapports mondiaux. Ils comptent déjà 40 % de la population mondiale (3 milliards d’habitants) et assurent 61 % de la croissance mondiale (27 % du PIB mondial en 2011 et les prévisions de 40 % en 2025).

Cette attention doit être d’autant plus forte qu’ils ne sont pas seulement un instrument de mutualisation et de coopération mais un instrument politique pour peser sur la mondialisation. Depuis 2009, les sommets des Brics se succèdent. D’autres pays, comme la Turquie, le Vietnam, le Nigeria, l’Iran… regardent et sont des candidats potentiels. Déjà, un autre concept géopolitique est né regroupant 11 pays sous le vocable « New 11 ». Il ne s’agit pas seulement d’être une force pour « équilibrer les rapports internationaux, faire entendre la voix des pays en voie de développement […], substituer à la confrontation une coopération de donnant-donnant », mais de proposer des objectifs pour une réforme monétaire, une refondation des accords de Bretton Woods ou des instances telles que l’ONU, l’OMC, le FMI... Certes les Brics et les pays émergents ne sont pas exempts de difficultés : le contenu de la croissance, les conditions sociales et écologiques, les questions monétaires, l’inflation posent d’énormes questions. De gros nuages noirs peuvent même se dessiner à l’horizon. Des forces s’affrontent entre elles qui cherchent à prolonger – à amplifier même – la domination de la finance sur l’humain et celles qui vont dans le sens de l’émancipation sociale et politique. Il n’en reste pas moins que l’émergence de ces pays traduit un déplacement du centre de gravité du monde.

Fin mars 2013, à Durban, en Afrique du Sud, a eu lieu le 5e sommet des Brics. On aurait pu espérer que les médias lui accorderaient l’importance que cela méritait à partir de la déclaration générale adoptée sur le sens et les objectifs du développement de l’économie mondiale et sur le plan d’action en découlant – notamment avec la création d’une banque qui financerait les infrastructures et la tenue d’un prochain sommet en 2014 au Brésil. Mais à part l’Humanité, le silence fut quasi total. Un éditorial du Monde n’approchait cet événement qu’à travers des aspects de la pénétration de la Chine en Afrique. Pourtant, ce qui se passe au niveau des pays émergents est essentiel pour apporter des réponses aux enjeux du présent et aux défis du futur. Ils se rejoignent dans les pays dits développés ou dits émergents. Dans les uns comme dans les autres, les moyens du développement durable passent par la refondation des critères, des contenus, des financements, c’est-à-dire sur des objectifs de transformation structurelle et civilisationnelle.

C’est dans cet esprit que l’on devrait aborder le rôle de la France dans le monde. C’est dans cet esprit que l’on peut attendre des résultats positifs du déplacement du président de la République en Chine, au-delà d’un voyage d’affaires. Cela suppose de ne pas être le porteur des « recommandations » du rapport Chine 2080 de la Banque mondiale, et au lieu de faire pression sur la Chine pour qu’elle se libéralise, d’aller vers des perspectives de développement sur lesquels les Brics apportent des éléments de réponse.

À la conférence des ambassadeurs, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avaient souligné comme un objectif prioritaire « le développement de nos relations avec les pays émergents ». Un tel projet supposerait la mise en œuvre d’une politique internationale de la France fondée sur le co développement, le respect des intérêts mutuels dans des partenariats stratégiques permettant d’engager un changement du cours de la mondialisation.

Les communistes – pour leur part – ont toujours été porteurs de propositions. Pour l’essentiel, ces propositions ont été reprises par le Front de gauche ; elles permettraient de donner un contenu concret à des choix de coopération entre les peuples, à une politique résorbant les conflits, consolidant les processus de paix et ouvrant les chemins d’une nouvelle conception des normes internationales. Cela constituerait une véritable réponse aux problèmes des pays émergents et serait un élément fort et utile d’une réorientation à gauche de la politique française. Il y a des points d’appui et les Brics en font partie qui permettent de penser qu’avec toutes ses contradictions, le mouvement du monde pousse dans ce sens.

Paul Fromonteil

Tag(s) : #chine inde russie afrique du sud brésil
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