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La crise est mondiale mais ses racines plongent dans les pays capitalistes les plus avancés, aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, non dans les pays émergents et encore moins dans les pays les plus pauvres. Car l’origine première de la crise est dans la financiarisation et la dérégulation économique et financière des pays les plus développés.

 

La crise a donc aussi ses sources en France, dans les politiques qui y ont été menées.

 

La mondialisation est en soi une bonne chose quand elle permet à des pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, voire à l’Europe de l’Est de connaître un développement exceptionnel permettant à des millions d’humains d’accéder à un niveau de vie plus proche du nôtre, ceci devant être fortement modulé en considération des conséquences que cela a sur le caractère durable de ce développement.

 

La mondialisation est tout autant une mauvaise chose lorsqu’elle est l’outil (via l’Europe libérale et social-libérale pour ce qui nous concerne) de la pression généralisée sur les salaires en vertu du libre-échange, de la destruction des mécanismes de solidarité, de la casse des services publics, tout cela au nom d’un totem, la « concurrence libre et non faussée », et d’un tabou, le protectionnisme[1].

 

5 à 10 points[2] de pourcentage de la richesse nationale produite annuellement (le PIB) se sont déplacés, dans les années 70,  du travail vers le capital (les actionnaires, dont les fonds de pension tant vantés par certains lors des débats sur la retraite), ses opérateurs financiers (banquiers d’affaire, traders  et autres catégories de spéculateurs) et ses commis (grands patrons bénéficiaires de bonus, stocks options et autres parachutes dorés) dans les années 80 et 90. Cette richesse issue du travail n’a pas servi principalement au développement économique mais à la recherche d’un profit financier rapide et risqué. Aux Etats-Unis, mais aussi en Europe (Royaume Uni, Espagne, Irlande, en particulier), on a même préféré pousser les ménages moyens ou modestes à l’endettement inconsidéré plutôt que d’augmenter les salaires…on a préfèré utiliser les fonds  pour la finance que pour l’investissement dans l’avenir : recherche, éducation, environnement, etc.

 

Contrairement au fameux théorême de Schmitt[3], les profits d’avant-hier n’ont pas fait les investissements d’hier et les emplois d’aujourd’hui…Ils ont fait le sous-investissement et la spéculation d’hier et la crise d’aujourd’hui.

 

De gauche et de droite, l’argument massue a toujours été le même face aux enquiquinneurs qui exprimaient des désaccords sur ces options essentielles: nous n’avons pas d’autre choix si nous voulons rester dans la course telle qu’organisée par la mondialisation. Et puis, regardez à l’Est…

 

Pour la  France, le début de cette histoire est assez facile à dater sur un plan strictement politique: c’est 1982-1983, le tournant dit « de la rigueur », lorsque les ténors de la fraction sociale-libérale du PS, J. Delors par exemple, ont réussi à convaincre F. Mitterrand de troquer les objectifs vraiment de gauche sur lesquels la gauche unie avait gagné en 1981 contre la construction de l’Europe libérale et sociale-libérale. La suite en est bien connue…Depuis, la droite et les socialistes européens co-gérent l’Union européenne avec les « succès » que l’on sait : en gros, l’Europe sociale est toujours promise pour demain et les options libérales seraient les seules recevables à court terme. Au nom de cette Europe-là, de 1984 à 1986, puis de 1988 à 1993 et enfin de 1997 à 2002, la gauche privatise, la gauche organise la financiarisation de l’économie, la droite prend le relais, etc. sans que des différences fondamentales apparaissent perceptibles entre ces politiques[4], à l’emballage idéologique prés. Les Français l’ont compris et manifesté clairement lors du referendum de 2005.

 

Depuis 2003, et plus encore 2007, ça empire, c’est le modèle économique et social français bâti à la Libération qui fait l’objet d’une tentative de destruction systématique et décomplexée. Les luttes limitent la casse. Le populisme sécuritaire, l’agitation de divers épouvantails[5], souvent autrefois réservés à Le Pen font partie du discours officiel et servent de leurre dans la difficulté : le discours de recadrage prononcé par le président devant les troupes UMP à St-Quentin en est une excellente illustration.

 

La crise remet aujourd’hui en cause nombre des certitudes, que nous n’avons jamais partagées, du consensus libéral/social-libéral de cette période d’un quart de siècle (1983-2007). Mais les dangers du populisme sécuritaire, d’un contrôle social renforcé et des injustices accrues sont patents.

 

Les élections européennes de juin prochain sont depuis mai 2007 les premières élections de politique nationale à peu prés non biaisées par le mode de scrutin[6]. En effet, avec le quinquennat présidentiel, les législatives, dont les résultats ont toujours été un miroir déformant de l’opinion, ne sont plus qu’une projection plus ou moins directe des résultats des élections présidentielles (merci Jospin !) et n’ont plus d’autre sens politique.

 

Il y a donc là l’occasion d’offrir à tous ceux qui luttent pour que les options politiques dominantes changent vraiment, et ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui, un débouché politique qui ne soit pas une impasse de plus.

 

Que nenni ! Le paysage politique reste à ce jour éclaté à gauche en général et à gauche du PS en particulier, pour le plus grand bien du pouvoir libéral-autoritaire. Et pourtant,

                       

Le roi est nu ou : Sarkozy pris à contre-pied

 

Il se présente encore comme le président des réformes libérales, il est en réalité le président de la crise. Il avait misé sur la croissance, sur la baisse continue du chômage, sur un ajustement libéral de la France à la mondialisation. Dés le début de son mandat, le contexte a changé. Son talent de communicant ne change rien aux faits.

 

Quelques exemples, non exhaustifs, de contrepieds significatifs,

 

Pour que tout le monde devienne propriétaire de son logement, il voulait développer le crédit hypothécaire, forme française des fameux « subprimes » qui ont ravagé l’Amérique : disparue, cette idée !

 

Pour enrichir les riches[7] et donner corps à son slogan trompeur « travailler plus pour gagner plus », il a fait voter la loi TEPA, acte fondateur du sarkozysme ; où en est-on ?

 

            -le bouclier fiscal est contesté aujourd’hui même à droite, à partir du moment où l’on constate, en pleine crise, avec des finances publiques très dégradées, qu’il aboutit en 2008 à verser un chéque moyen de 368 000 € à 834 contribuables, dont on devine qu’ils ne sont pas parmi les premières victimes de la crise !

            -l’exonération des charges sociales relatives aux heures supplémentaires, dont la seule vertu a pu éventuellement être de révéler l’ampleur de celles qui étaient réalisées au noir auparavant, sont aujourd’hui devenu un accélérateur de chômage ![8]

           

Tant vilipendés pendant la campagne électorale, les emplois aidés recouvrent leur vertu comme amortisseur de crise !

 

Dénoncé il y a peu pour son prétendu archaïsme, accusé d’être fondé sur un principe malsain, sur l’assistanat, le modèle de protection sociale français est aujourd’hui invoqué pour expliquer que la France s’en sort mieux !

 

Ceci reste inavoué par le pouvoir et par le patronat, mais l’observation attentive de la conjoncture du dernier semestre montre que le matelas des RTT, introduit avec les 35 heures tant honnies, a joué un rôle d’amortisseur et retardé en France un nombre sans doute non négligeable de licenciements ![9]

 

A l’international, foin d’un gaullisme qui reste pourtant l’un des génes de l’UMP, il rentre à la niche OTAN, et ce faisant dégrade la crédibilité internationale généralement accordée à la France pour sa politique d’indépendance même relative !

 

Les grands discours sur la prétendue moralisation du capitalisme ne sont qu’un leurre destiné à faire payer la crise du capitalisme à ceux qui n’y sont pour rien : « we won’t pay their crisis » ou « put people first ! » [10]scandent à juste titre les manifestants du monde entier contre le G20.

 

Le Modem, une des roues de secours de la droite

 

La posture « ni gauche, ni droite » a toujours été de droite et le reste dans un contexte où le libéralisme est dominant. C’est donc un des leurres préparés pour un rassemblement « tout sauf Sarkozy » en cours de constitution [11]dans l’hypothèse d’un échec, devenu envisageable, de Sarkozy en 2012.

 

Le parti socialiste : un « mollettisme » du 21 éme siécle [12]?

 

Le nombre et la qualité médiatique des transfuges passés directement du PS vers Sarkozy ont révélé à ceux qui en doutaient le caractére extrêment perméable de la limite idéologique et politique affichée entre une partie du PS et le sarkozysme.

 

Au-delà des transfuges, la situation reste peu claire au sein de ce parti. Les rabibochages post-congrés de Reims aboutissent à un PS gauchissant son discours. Le symbole en est la désignation de B. Hamon comme porte-parole, alors que son courant n’a pesé que 20% au congrés. Son talent est pour l’instant assez mal récompensé, sauf par un qualificatif douteux décerné par M. Aubry, celui de « beau gosse » du parti !

 

Les socialistes prétendent, à l’occasion des européennes, se débarrasser du très libéral-droitier Barroso, à la tête de la commission européenne et ainsi ancrer l’Europe plus à gauche… Ce serait bien, mais un fin connaisseur de la chose communautaire comme J. Delors y croit si peu qu’il avance, comme moindre mal, les noms de Fillon ou de Juppé pour succéder à Barroso ![13]

 

Les Verts : de plus en plus pâles

 

De Bové à Cohn-Bendit en passant par Hulot : un rassemblement sans principe et une météore médiatique qui espére être portée par l’idée fondamentalement juste du développement durable. Elle est vraisemblablement destinée à rejoindre une nébuleuse du type « Tout sauf Sarkozy », surtout si une partie du PS y participe.

 

La gauche de gauche : l’aveuglement mortifére et la conspiration des egos

 

NPA : Comme aux présidentielles, le nouveau parti anticapitaliste, ex-LCR, a très tôt torpillé tout rassemblement de la gauche de gauche. Enivré par le soutien intéressé de médias sous influence sarkozyste qui assurent la promotion permanente de son leader, désigné récemment par un sondage et par le porte-parole de l’UMP[14]comme le premier adversaire de Sarkozy, le NPA espére à lui tout seul exercer un leadership impossible vu la faiblesse sur le terrain de ses capacités en militants, politiques et syndicaux, et en élus. Le fait que le NPA ait attiré dernièrement quelques milliers de jeunes légitimement révoltés par les méfaits du capitalisme en crise n’y change rien.

 

Sa critique du fait que le PCF serait prisonnier du PS pour sauver ses élus est un raisonnement très court : il est bon pour les plus touchés par la crise d’avoir des syndicats forts pour lutter, des associations actives pour intervenir, mais il est bon aussi pour eux de pouvoir compter sur des élus de terrain, vivant comme eux et avec eux, pour les défendre. Les habitants et salariés de notre ville le savent très bien, par expérience.

 

PCF : Sous la pression de ceux qui ont été quelquefois appelés les « identitaires » ou les « orthodoxes », le 34éme congrés du PCF semble avoit été marqué par une régression, été une sorte de 33éme à rebours…Le virage a été pris lors de l’échec de la candidature antilibérale aux présidentielles. Alors qu’une approche stratégique plus qualitative, plus dialectique, avait été amorcée, enclenchant alors une dynamique politique indéniable, MG Buffet était brusquement re-devenue la seule candidate possible pour le PCF, avec le succés que l’on sait.

 

Il semble que la direction de ce parti soit ainsi retournée à des  raisonnements politiques quantitatifs, mécaniques. De vieilles aigreurs pas toutes très politiques avec les communistes unitaires conduisent ainsi à écarter tout contact avec La Fédération, passerelle légère mais non négligeable car elle permet de rendre visible le rassemblement de communistes unitaires de diverses obédiences, d’écolos de gauche, d’antilibéraux unitaires, de socialistes utopistes, d’alternatifs et de citoyens prêts à s’engager dans la bataille des européennes pour changer l’Europe en changeant d’Europe.

 

Cette attitude conduit à l’étroitesse, au tête-à-tête quasi-exclusif, au sein du Front de gauche, avec le nouveau parti récemment crée par JL Mélenchon, quelques « unitaires » du NPA s’y agglomérant avec C. Picquet. Les autres s’éparpilleront…malheureusement.

 

PG : Finalement, le parti de gauche est le seul courant institué qui a su rompre clairement. D’essence socialiste, et considérant à juste titre que le PS devient un parti fourre tout, sans autre vrai repère que l’Europe libérale, il a fait le choix d’afficher un positionnement clairement de gauche, avec un certain succés puisqu’il est rejoint par des jeunes et par des militants plus aguerris aux parcours antérieurs plutôt divers. La suite nous dira si ce parti confirme ces bonnes dispositions.

 

Front de gauche : Ce regroupement, au final, se fait entre partis classiques et ne peut donc rassembler une part significative de citoyens, d’écologistes et d’alternatifs, ce qui pourtant serait très important pour contrer le conglomérat-caméléon de Cohn-Bendit à Bové et l’isolationnisme du NPA. Par ailleurs il reste très loin de l’esprit de participation citoyenne qui était celui du collectif du Non au referendum.

 

Cela peut paraître anecdotique mais rappelons-nous, qu’à ce moment-là, chaque collectif confectionnait l’essentiel de son matériel…

 

Conclusion : face à une crise historique, qui s’approfondit et génére des luttes puissantes, diversifiées et créatives, il n’apparaît pour le moment pas sur le plan politique de débouché alternatif crédible.

 

Alors, le Front de gauche constitue une ébauche d’ouverture mais, vu son étroitesse, peut-il être autre chose qu’un pis-aller ?

 

Espérons-le.



[1] Que beaucoup assimilent, semble-t-il à l’autarcie économique, alors que cela est très différent;

[2] Selon le point de référence retenu, au plus haut ou à la moyenne des années 70-80 ;

[3] Chancellier socialiste allemand dans les années 70 ;

[4] Ce qui explique les transfuges d’aujourd’hui, du PS vers Sarkozy;

[5] Galerie de portraits où l’immigré, surtout sans papier, figure en bonne place, les fonctionnaires,  les magistrats, les chercheurs, aujourd’hui les patrons à bonus ?

[6] A peu prés, car les circonscriptions qui ont été retenues n’ont pratiquement aucune réalité concrète en terme de souveraineté populaire ;

[7] Au nom de la vieille idée libérale qu’en enrichissant les riches on enrichit toute la société (cf. Guizot);

[8] Puisqu’en période de récession, les entreprises ont intérêt à utiliser ce dispositif pour différer au maximum les embauches ;

[9] En simplifiant, pour faire face à la chute des carnets de commandes, les entreprises qui le pouvaient ont d’abord joué sur l’arrêt des contrats d’intérim, puis sur les RTT (merci les 35 heures), puis sur le temps partiel imposé,  avant de recourir aux licenciements ;

[10] « Nous ne payerons pas leur crise ! » et « L’humain d’abord ! » ;

[11] Avec Villepin et quelques autres ;

[12] Du nom de G. Mollet, leader de la SFIO, futur PS, sous la IV éme république : il était connu pour son discours de gauche, voire gauchiste, dans l’opposition et sa politique de droite une fois au pouvoir ;

[13] La réalité est qu’il s’agit de la n+1 éme tentative de faire jouer en leur faveur le vote dit « utile », cette fois-ci au niveau européen ;

[14] F. Lefebvre lors d’un débat avec C. Autain ;

Tag(s) : #Editorial

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