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Sur http://www.unir.asso.fr/2008/02/20/%c2%ab-parti-de-l%e2%80%99unite-%c2%bb-ou-miroir-aux-alouettes/#more-189

Christian Picquet

20 février

Il me semble important d’aborder l’initiative lancée par Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès pour un « parti de la gauche » et de la replacer dans le contexte politique. Dans une précédente note, j’évoquais la recomposition qui se dessine du jeu politique hexagonal. L’appel de l’hebdomadaire Marianne à une « vigilance républicaine » vient spectaculairement confirmer ce jugement. Face à la crise de confiance qui se creuse entre le pays et ses gouvernants, et qui peut très vite déboucher sur un clash politique et social majeur - « un orage se prépare », vient de dire François Bayrou -, une partie de nos élites s’inquiète de ce que la situation ne fût plus tout à fait « sous contrôle » et elle cherche manifestement une solution à même de conjurer la catastrophe redoutée.

Dans la mesure où la frontière entre droite et gauche s’est, depuis la dernière présidentielle, progressivement désintégrée, au-delà même de l’« ouverture » sarkozyenne, l’espace se dégage pour des alliances allant fort loin à droite, de personnalités de premier plan du Parti socialiste (Ségolène Royal, Bertrand Delanoë ou Arnaud Montebourg) ou de grands élus issus de la mouvance communiste (comme André Gérin et Jean-Pierre Brard), au patron du Modem, à des tenants du souverainisme conservateur (Nicolas Dupont-Aignan) ou à des barons du chiraquo-gaullisme (Dominique de Villepin ou Pierre Lefranc), en passant par les inoxydables Chevènement et Mamère. L’ex-candidate socialiste à la présidentielle se sera, à cet égard, chargée d’exprimer la cohérence de son nouveau compagnonnage : « Il est en prolongement des valeurs défendues pendant la campagne, qui avaient permis à un dialogue de s’amorcer entre les deux tours avec François Bayrou. » Voilà qui a, au moins, le mérite de la franchise…

C’est dans un contexte aussi générateur de confusion, qu’il faut prendre au sérieux l’initiative de Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, qui viennent d’en appeler à un « parti de la gauche ». Issues du courant fabiusien, à l’origine du club Gauche Avenir, ces deux personnalités socialistes se sont clairement engagées en faveur du « non » au traité constitutionnel européen et elles se sont montrées particulièrement actives dans le lancement du Comité national pour un référendum sur le traité dit de Lisbonne. Autant dire que leur proposition pourrait passer pour la première réponse sérieuse, à gauche, à des reclassements droitiers en série. On peut d’ailleurs aisément se reconnaître dans une partie de leur diagnostic : lorsqu’elles soulignent, par exemple, que « les victoires espérées aux prochaines élections locales », à l’instar de 2004, « ne régleront pas la question centrale de la conquête du pouvoir d’État » ; lorsqu’elles soulignent que « la confusion entre gauche et droite organisée par N. Sarkozy, mais aussi parfois entretenue à gauche, renforce le caractère inaudible de l’opposition : ralliement au gouvernement d’hommes et de femmes de gauche, confusion des idées, mélange des “références” , hésitation à l’égard du centre… » ; ou, enfin, lorsqu’elles affirment craindre que la désintégration actuelle de la gauche « ne fasse le nid du populisme ».

L’ombre tutélaire de la V°

Mais tout cela ne suffit pas à asseoir leur postulat, qu’elles résument en ces termes : « L’unité au sein d’une même organisation permettra l’émergence d’une culture politique capable de concilier gestion et contestation, transformation à la fois par l’action gouvernementale et par les mouvements sociaux ou par l’implantation militante et citoyenne. Elle permettra d’être plus en phase avec le peuple de gauche et l’électorat populaire. » Un postulat en vertu duquel elles écartent tout autant le « modèle » d’une mutation de la gauche à l’image du Parti démocrate outre-Atlantique, « un scénario à l’italienne » (c’est-à-dire une alliance au sein de laquelle le centre dirigerait alors que c’est la gauche qui lui aurait offert les leviers de commande), ou la création d’un Die Linke à la française (accusé de mener au « maintien durable de la droite au pouvoir »). À leurs yeux, « les institutions de la V° République et notamment notre mode de scrutin imposent une unité plus structurelle ».

Voilà bien l’un des arguments les plus contestables censés justifier cette offre politique. Surtout lorsque nos deux parlementaires soulignent le trait : « En France, avec l’hyper-présidentialisation actuelle, l’essentiel se joue lors de l’élection présidentielle, où le parti le plus fort voit son (sa) candidat(e) arriver en première place à gauche. Il fait alors prévaloir l’essentiel de ses choix, tant humains que programmatiques. Les autres sont amenés à respecter la discipline républicaine au second tour, sans pour autant obtenir un meilleur rapport de force qui leur permettrait de faire prendre en considération leurs thèses. En fin de compte, c’est une politique plus modérée que celle attendue qui s’impose et qui peut même encourager le tropisme des alliances au centre, présentées comme une possibilité “raisonnable”. »

Dit autrement, et si l’on suit bien le raisonnement, la construction que les signataires appellent de leurs vœux procède de leur acceptation, de facto, d’institutions responsables, de par leur caractère quasi-monarchique, d’une atrophie de plus en plus importante de toutes les instances délibératives (à commencer par le Parlement), de la vie publique en général, donc de la démocratie. N’est-ce pas, pourtant, en se coulant dans le système du « coup d’État permanent » que le PS a entamé sa longue dérive, devenant une « machine à trahir » (pour parler comme Montebourg voilà… bien longtemps), troquant l’engagement à changer les vies contre le social-libéralisme, renonçant de ce fait à incarner la moindre alternative pour devenir un simple pilier des alternances instituées, voire d’un bipartisme de nature à ne laisser aux citoyens que le choix du pareil au même.

Tout en fait foi, depuis bien des années déjà : on ne refondera pas un projet émancipateur et mobilisateur pour le monde du travail, on ne fera pas émerger une force à son service sans placer la démocratie au cœur d’une nouvelle construction politique. Tirer jusqu’au bout la leçon des douloureuses expériences du passé, c’est mettre un terme à ce « grand renoncement » de la gauche devant les institutions de la V° République, dont parle Paul Alliès dans un récent ouvrage. C’est s’identifier à l’horizon d’une VI° République, démocratique et sociale, qui rompe radicalement avec l’héritage du bonapartisme gaullien et garantisse au peuple sa totale souveraineté, dans l’ordre politique autant que dans l’ordre économique, pour paraphraser Jaurès.

Un parti pour quelle gauche ?

Au-delà de ce point, en soi déjà essentiel pour quiconque veut reconstruire une gauche à gauche, Lienemann et Quilès esquivent les questions cruciales : sur quelle orientation, au service de quelle stratégie et dans quel cadre d’alliances leur « parti de la gauche » se constituera-t-il ? Leur réponse paraît surtout relever de la formule magique : « Un parti de l’unité aurait aussi le grand intérêt de permettre un rééquilibrage à gauche et d’affirmer une gauche enfin décomplexée, devenant un parti populaire, à la fois parti d’alternance et d’alternative. »

Voilà qui mériterait une plus ample démonstration. On entend bien que les initiateurs de l’adresse se réfèrent sans cesse au congrès de l’unité socialiste, en 1905. Ils n’oublient qu’une chose : l’unification des chapelles de l’époque dans ce qui deviendra la section française de l’Internationale ouvrière s’opéra à partir d’un principe fondamental, que Jaurès (encore lui) résumait sans détours : « C’est bien de la transformation de la propriété capitaliste en propriété sociale qu’il s’agira ouvertement et avant tout. » Or, aujourd’hui, il existe deux orientations opposées à gauche, l’une s’accommodant du nouvel ordre mondial qui émerge à la faveur de l’entrée du capitalisme dans un nouveau mode d’accumulation, l’autre situant toujours son action dans la perspective de la transformation sociale.

Au fil des deux décennies écoulées, à l’échelle internationale, la social-démocratie s’est révélée en proie à une évolution qui mène son centre de gravité à déserter le terrain de son réformisme originel pour se placer sur celui de l’adaptation pure et simple à l’ordre dominant. En France, après avoir longtemps fait figure d’exception, le PS connaît une mutation accélérée. Une mutation qui l’aura conduit à s’affronter à sa propre base électorale lors du référendum de 2005, à s’opposer aux aspirations du monde du travail dans des épreuves de force sociales aussi importantes que celle de l’automne dernier sur les retraites, à chercher dans des alliances à droite le chemin de son retour aux affaires (les propos de Ségolène Royal justifiant sa signature de l’appel de Marianne sont, de ce point de vue, éclairants), à ne plus même savoir s’opposer au sarkozysme faute de désaccord avec ses contre-réformes. À l’inverse, comme l’aura révélé la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel européen, une majorité du peuple de gauche et du salariat aspire à une autre politique que celle qui aura inspiré tous les gouvernements, sans exception, depuis vingt ans. Quoiqu’en pointillé, une autre gauche, qui entend, dans sa diversité, demeurer en phase avec les attentes de « ceux d’en bas », s’affirme à l’occasion de chaque échéance politique ou sociale.

On voit mal, dans ces conditions, comment deux attitudes aussi opposées, deux visions à ce point antagoniques de la gauche, pourraient coexister au sein d’une formation commune. À supposer que les tenants d’un « rééquilibrage » y deviennent majoritaires, comme le souhaitent Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, nul ne peut croire, au point où en est arrivée la confrontation des deux logiques, que les sociaux-libéraux, adeptes du blairisme, de la « troisième voie » chère à M. Schröder ou d’une démarche à la Prodi, accepteraient de se soumettre à une démarche de rupture. Comme cela s’est accompli dans le passé, avec les politiques d’Union de la gauche, et au prix des désastres que l’on sait, le « parti de l’unité » ne pourrait dès lors voir le jour que si, une fois encore, les antilibéraux et les anticapitalistes acceptaient, au nom du « moindre mal », de sacrifier leurs convictions et leurs engagements.

C’est une tout autre voie qu’il faut désormais explorer à gauche. Celle qui viserait à bouleverser de fond en comble la donne, à disputer au social-libéralisme l’hégémonie dont il jouit depuis trop longtemps, à doter le mouvement social et ses acteurs du correspondant politique qui leur fait si cruellement défaut, à retrouver le chemin des classes populaires qu’une longue série de trahisons a fini par amener au désespoir (du vote Le Pen avant-hier au soutien à Sarkozy hier…). Cela suppose que, issus de traditions et de cultures diverses, venant du champ partidaire autant que de la sphère syndicale ou associative, organisés et inorganisés, les partisans d’une gauche de combat et d’alternative sachent converger. Pour devenir une force politique attractive.

Un débat est ouvert. Menons-le sans faux-fuyants…undefined

Voir http://www.lepartidelagauche.fr/
Tag(s) : #Débats
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