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Lu sur Panthéoniser la Résistance tout en racontant n'importe quoi sur l'histoire de France : le bilan paradoxal d’Emmanuel Macron - L'Humanité

Panthéoniser la Résistance tout en racontant n'importe quoi sur l'histoire de France : le bilan paradoxal d’Emmanuel Macron

Le chef de l’État organise ce mardi sa 6e cérémonie de panthéonisation, avec l’entrée de Marc Bloch. Si son bilan en la matière depuis 2017 est des plus digne, il entre souvent en contradiction avec son action politique.

 le 23 juin 2026

Aurélien Soucheyre

Il existe un domaine dans lequel, chose surprenante, Emmanuel Macron dispose plutôt d’un bon bilan. Celui des panthéonisations. Depuis son élection en 2017, le président de la République a fait entrer dans le temple républicain des personnes dont les combats et les parcours forcent le respect : Simone Veil en 2018, Maurice Genevoix en 2020, Joséphine Baker en 2021, Missak et Mélinée Manouchian en 2024, Robert Badinter en 2025, et Marc Bloch cette année, qui sera panthéonisé ce mardi. Soit neuf personnes, en tout, en comptant les conjoints et conjointes également honorés, ce qui constitue un record dans la Ve République.

Cette envie de panthéoniser si souvent, et de choisir des citoyens remarquables, ne sauve évidemment pas les deux mandats macronistes, loin de là. Mais qu’est-ce que cela dit du rapport à l’histoire d’Emmanuel Macron ? Étonnamment, les discours prononcés par le président dans la nécropole nationale constituent ce qu’il y a de mieux, chez lui, sur le sujet.

Car le chef de l’État est bien souvent capable de raconter n’importe quoi pour exalter le roman national. « On aime Napoléon parce que sa vie a le goût du possible » et constitue « une invitation à être pleinement soi », avait-il déclaré en 2021, pour le bicentenaire de la mort de celui qui a fait tomber la Ire République et rétabli l’esclavage. La même année, l’Élysée avait refusé de commémorer les 150 ans de la Commune de Paris, au motif que « la République, c’est Thiers (sic) ».

Parallèles incertains

On pouvait donc s’attendre au pire. Mais le discours sur Simone Veil, rescapée de la Shoah, ministre de la Santé qui fit adopter la loi autorisant l’avortement, puis première présidente du Parlement européen, fut digne, et sensé. Celui concernant le vétéran de 1914-18 et écrivain Maurice Genevoix (préféré à Henri Barbusse ou Roland Dorgelès…), présenté comme porte-voix de « ceux de 14 », se voulait inclusif en panthéonisant toute une génération, hommes comme femmes. Le président soulignait aussi « l’absurdité » de certaines offensives militaires, ce qui ne l’a pas empêché, en 2024, de considérer Pétain comme un « grand soldat » de la période.

Mais, dans la crypte de la rue Soufflot, il ne s’était pas aventuré en chemin aussi hasardeux. Sa tirade sur le « courage français », à ses yeux « le même qui avait soulevé ceux de 1789, les volontaires de l’an II, (et les soldats) de toutes nos guerres », traçait cependant un parallèle aberrant à travers les âges. Quel rapport en effet entre le « courage français » des troupes révolutionnaires et celui des armées coloniales ?

 

Avec Joséphine Baker, artiste et résistante, américaine et française, citoyenne noire prononçant un discours contre la ségrégation raciale aux États-Unis en 1963 aux côtés de Martin Luther King, Emmanuel Macron se penchait sur une histoire mondiale de la France.

Idem avec Missak Manouchian, survivant du génocide arménien, immigré, apatride, communiste, résistant. Macron souligne que Manouchian embrasse « l’idéal communiste, convaincu que jamais en France on n’a pu impunément séparer République et Révolution. Après 1789, après 1793, il rêve l’émancipation universelle pour les damnés de la terre ».

Les luttes sociales, grandes oubliées de l’imaginaire historique élyséen

Le chef de l’État s’étend moins sur le fait que Missak et Mélinée sont les seuls ouvriers jamais panthéonisés. Ce n’est guère surprenant : les luttes sociales sont en général le grand absent de son imaginaire historique. Et l’histoire retiendra ce paradoxe : les premiers ouvriers ici honorés l’auront été par un président qui n’a eu de cesse d’affaiblir le Code du travail et les droits des travailleurs.

Son hommage aux étrangers qui font la France apparaît du reste contradictoire avec sa politique de dégradation permanente des conditions d’accueil des immigrés, doublée d’une multiplication des expulsions. Et concernant Simone Veil, sa panthéonisation comme l’inscription notable du droit à l’IVG dans la Constitution en 2024 masquent mal que l’accès effectif à ce droit recule en France. Enfin, l’entrée de nombreux résistants rue Soufflot, justifiée, interpelle forcément alors qu’Emmanuel Macron porte une grande responsabilité dans la montée continue de l’extrême droite.

Avec Robert Badinter, c’est évidemment l’abolition de la peine de mort qui était saluée. Emmanuel Macron soulignait que l’ancien ministre de la Justice rejoignait au Panthéon Victor Hugo et Jean Jaurès, eux aussi mobilisés en leur temps sur ce combat. Cette filiation tient. D’autres propos, hors Panthéon, s’avèrent bien plus farfelus, fantasmant un roman national. Quand bien même, autre paradoxe, l’arrivée de Marc Bloch fait entrer plus que jamais l’esprit critique de l’histoire au sein même d’un lieu de mémoire nationale.

 

Tag(s) : #République
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