Guerre au Moyen-Orient : comment les infrastructures civiles sont devenues des cibles comme les autres
L’armée israélienne a délibérément visé des installations hydrauliques et énergétiques, depuis le 2 mars. L’organisation Oxfam condamne, dans une analyse publiée ce mardi, un crime de guerre en cours au Liban et une stratégie déjà déployée à Gaza. Une pratique qui s’étend à toute la région.
le 23 mars 2026
L’impunité jusqu’à quand ? Au Liban, les crimes de guerre se multiplient de la part de l’armée israélienne. Tel-Aviv n’hésite plus à bombarder des infrastructures pourtant protégées par les conventions de Genève et le droit international humanitaire. C’est le ministre israélien de la Défense Israël Katz qui l’a annoncé, dimanche, en ordonnant d’intensifier la destruction des ponts et des habitations dans le sud du Liban.
Sous les ordres de la coalition d’extrême droite dirigée par le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, il affirme que les démolitions se font « dans la ligne du modèle que nous avons appliqué à Rafah et Beit Hanoun, à Gaza ». Une stratégie immédiatement appliquée. Le pont de Dalafa, situé sur le fleuve Litani, qui est une artère stratégique, a été bombardé à deux reprises, lundi. Il relie plusieurs régions du Sud et de la Bekaa (Jezzine, Chouf, Saïda).
Même chose pour le pont de Qasmiyeh, qui a été détruit, coupant la ville de Tyr du reste du pays. D’autres passages sur le fleuve Litani ont été visés à Zrariyeh et entre Borj Rahhal et Arzi.
Un acte illégal
« Les attaques contre des civils et des infrastructures, dont des écoles, hôpitaux, centre de soins, ponts, sont des violations du droit international et des conventions de Genève. L’armée israélienne a recours aux mêmes méthodes qu’à Gaza en visant délibérément des réseaux d’approvisionnement en eau et des structures d’assainissement. Le recours à la privation d’eau comme moyen de guerre est illégal », rappelle Rosalie Ataya, chargée de plaidoyer humanitaire dans la région Mena pour Oxfam International.
L’ONG a publié une analyse ce 24 mars affirmant qu’au Liban, l’armée israélienne attaque délibérément des réseaux d’approvisionnement en eau et des structures d’assainissement alors que le bilan est déjà lourd. Depuis le 2 mars, plus de 1 200 personnes ont été tuées, plus d’un million ont été déplacées. Dans le cadre d’un conflit, les belligérants ont l’interdiction de viser des infrastructures civiles.
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Les conventions de Genève interdisent toute attaque contre les installations hydrauliques et autres infrastructures essentielles à la survie des populations. Faute de pouvoir se rendre dans l’ensemble du Liban avec les déplacements forcés et les bombardements, l’ONG s’est concentrée sur la région de la Bekaa. En l’espace de quatre jours, la semaine du 2 mars, au moins huit infrastructures hydrauliques essentielles ont été endommagées, notamment des réservoirs, des réseaux de canalisations et des stations de pompage.
Elles assuraient l’alimentation en eau pour au moins 7 000 personnes. « Avec les attaques dans le sud du Liban qui ont détruit et rasé plusieurs villages, les autorités israéliennes veulent empêcher le retour des populations et favoriser une occupation de ces territoires. Au Liban, nous assistons aux mêmes ordres de déplacements forcés qu’à Gaza. Plus d’un million de personnes ont été déplacées, soit un habitant sur cinq. L’impact est considérable sur les populations, qui sont traumatisées et doivent faire face à davantage d’inégalités, un marasme économique », alerte Rosalie Ataya.
L’Espagne dénonce l’inaction
Devant cette escalade, seul le gouvernement espagnol a condamné lundi les déclarations des autorités israéliennes et d’Israël Katz, qui constituent une violation flagrante et préméditée du droit international humanitaire. « Cette escalade a été rendue possible par l’impunité dont Israël a bénéficié à Gaza. Et la communauté internationale en est pleinement responsable. Aucun des crimes n’amène à des conséquences ou des condamnations fortes. Encore une fois les civils paient le prix fort pour cette inaction », déplore Rosalie Ataya. L’Espagne a sommé Tel-Aviv au respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du Liban. Le gouvernement espagnol a appelé la communauté internationale à agir pour empêcher l’impunité de ces actes.
Le Moyen-Orient subit les mêmes crimes. Dans la guerre illégale menée par les autorités israéliennes et états-uniennes en Iran, depuis le 28 février, et les répliques iraniennes, les attaques contre des infrastructures sont nombreuses. Oléoduc, gazoduc, écoles, dépôts de carburant, usines de dessalement de l’eau de mer, centres de soins, installations nucléaires, gisements de gaz naturel, usines de raffinage…
Dans une grave escalade, les cibles ne sont pas militaires mais bien civiles. Le pire aurait pu être franchi si le président Donald Trump n’était pas revenu lundi sur ses menaces de « réduire en cendres » les centrales électriques iraniennes. Téhéran avait promis de détruire « de manière irréversible » les infrastructures essentielles à travers le Moyen-Orient, y compris les réseaux d’approvisionnement en eau potable.
Amnesty International a encore rappelé que ce type d’attaques contre des services essentiels (électricité, eau…) constitue une violation du droit international et « peut, dans certains cas, équivaloir à des crimes de guerre » en raison du risque de « dommages civils considérables, prévisibles et dévastateurs ».
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