Allocation de solidarité unifiée : une « simplification » qui risque surtout de pénaliser les plus précaires
Le gouvernement prépare une « allocation de solidarité unifiée » fusionnant RSA, APL et prime d’activité. Présentée comme un outil de simplification et d’« incitation au travail », la réforme inquiète associations et acteurs du logement, qui redoutent une baisse des aides pour les plus précaires.
le 27 mars 2026
Le projet de fusionner plusieurs prestations sociales refait surface. Déjà esquissé au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron sous le nom de « revenu universel d’activité » (RUA), il revient aujourd’hui sous une nouvelle appellation : l’allocation de solidarité unifiée (ASU).
Transmis au Conseil d’État début mars, le texte prévoit de regrouper trois dispositifs majeurs – le revenu de solidarité active (RSA), les aides personnelles au logement (APL) et la prime d’activité – au sein d’un même dispositif. À terme, ces prestations seraient calculées à partir d’un « revenu social de référence » commun. Le gouvernement met en avant une « simplification » du système censé améliorer l’accès aux droits et garantir que « le retour à l’emploi » se traduise par un gain financier.
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Un leurre. Car concrètement, la réforme ne profite pas à tout le monde. Selon l’étude d’impact consultée par l’AFP, parmi les 10 % des ménages les plus pauvres, 51 % gagneraient en moyenne 110 euros par mois. Mais 21 % – soit près de 630 000 ménages – perdraient environ 40 euros, tandis que 867 000 resteraient à niveau constant. « Avec ce texte, des gens vont toucher plus et d’autres moins. Il est inadmissible que des gens en situation de pauvreté voient leurs allocations baisser », a mis en garde Delphine Rouilleault, porte-parole du collectif Alerte.
Pour Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement (CNL), la logique du projet dépasse la seule simplification administrative. « En fait, ils font ça pour faire des économies budgétaires, tout simplement, affirme-t-il. Sous couvert soi-disant d’aider les gens, ils sont en train de programmer une réforme budgétaire. »
Au-delà de ses effets financiers, le projet interroge aussi le cadre dans lequel sont pensées les aides sociales. Le texte insiste sur la nécessité de garantir un écart entre revenus du travail et prestations, afin que la reprise d’activité soit toujours plus avantageuse.
« Ils s’alignent complètement sur le discours de l’extrême droite »
Une orientation qui participe à une transformation plus large du débat public. « Ils sont en train de stigmatiser les personnes qui sont aidées, estime Eddie Jacquemart. Ils alimentent le fantasme du fait que, quand on perd son travail et qu’on perçoit des aides, on est un assisté. Alors même qu’il n’y a pas de travail. »
Le président de la CNL y voit un alignement avec des discours déjà présents dans l’espace politique. « Ils s’alignent complètement sur le discours de l’extrême droite, sur l’idée qu’il y aurait des parasites, des profiteurs, poursuit-il. Ça va encore donner le message qu’il y a deux types de gens : ceux qui bossent et ceux qui profitent. »
Dans ce contexte, le texte pourrait être adopté avant l’été avec le soutien d’une partie de l’extrême droite, de la droite et du centre. « Évidemment, il va y avoir une montée de boucliers des associations et de tous les bailleurs sociaux, qui sont vent debout », annonce Eddie Jacquemart.
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