Cessez-le-feu : Europe, réveille-toi !
Par Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen.
le 14 mars 2026
Comme on pouvait le craindre, l’engrenage de la guerre américano-israélienne contre l’Iran franchit, jour après jour, de nouvelles « lignes rouges ». Le cycle infernal des agressions et des représailles, de l’humiliation et de la vengeance, est engagé. L’embrasement régional tant redouté est désormais une réalité. Le risque est à présent celui de l’enlisement, avec la tragédie qui s’ensuivrait immanquablement pour les populations. Comme hier en Irak, en Libye ou en Afghanistan, cette guerre n’apportera pas la démocratie, mais le chaos.
Seule une action résolue et responsable des principaux dirigeants de la planète, dans le cadre des Nations unies, en faveur d’un cessez-le-feu, rendrait envisageable le retour à la diplomatie, seule à même d’enrayer la course à l’abîme. Mais l’esprit de responsabilité et le courage politique s’effacent, dans les chancelleries européennes, devant le suivisme à l’égard d’un président des États-Unis sans foi ni loi, grisé par les « succès » illusoires de sa « belle armada » et l’inertie, sinon la complaisance, envers un chef de gouvernement israélien d’extrême droite, criminel de guerre présumé, prêt au pire.
En ordonnant la participation, fût-elle proclamée « défensive », de la France aux opérations aériennes contre l’Iran, il nous implique, de fait, dans une guerre qui n’est pas la nôtre.
Il est consternant de devoir constater que le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, fut le seul dirigeant de l’Union européenne à réagir d’emblée, en toute clarté, à cette nouvelle et hyper dangereuse aventure militaire « préventive » – donc d’autant plus illégale – contre l’Iran, dont tout le monde savait pourtant qu’elle déclencherait une réaction en chaîne aux conséquences potentiellement dévastatrices.
À l’inverse de celle du dirigeant espagnol, l’attitude plus qu’ambiguë d’Emmanuel Macron face à ce conflit ternira aussi sûrement son bilan international que le non de Jacques Chirac à la guerre d’Irak en 2003 avait rehaussé le sien. En ordonnant un déploiement militaire spectaculaire dans la région et la participation, fût-elle proclamée « défensive », de la France aux opérations aériennes contre l’Iran, il nous implique, de fait, dans une guerre qui n’est pas la nôtre.
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Beaucoup d’entre nous ont sans doute découvert à cette occasion que la France avait conclu des accords de défense avec les Émirats arabes unis – « l’un des pays les plus répressifs et les plus prêts à s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays du Moyen-Orient » 1 – et qu’elle y possède trois bases militaires.
Et que dire du pitoyable chancelier allemand. « Il a offert un spectacle attristant dans le bureau du président Trump : c’était un petit garçon qui écoutait des rodomontades en tous sens, sans aucune capacité de réaction », selon un de ses propres amis politiques 2. Il expliquera refuser de donner des « leçons » à Trump sur le droit international, sa seule préoccupation étant d’« éviter de nouveaux flux de réfugiés ». Pas étonnant, dans ce contexte, que Trump se soit accordé, dans la conduite de sa guerre, la « note de 15 sur 10 »…
Encouragé par le soutien sans limite de la Maison Blanche et l’impunité garantie des Européens, Netanyahou sème, en outre, la mort et la désolation au Liban. Là encore, on est stupéfait de la mollesse des réactions européennes à cette nouvelle offensive israélienne, malgré son bilan civil insoutenable.
Mesurent-ils seulement quel monde nous prépare ce renoncement, de fait, au droit international et aux principes si essentiels de la Charte des Nations unies. Résolument non à la soumission aux tenants de la loi du plus fort, dominateurs sans scrupule et fiers de l’être. Cessez-le-feu : Europe, réveille-toi !
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