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Lu sur « Le dénuement des services douaniers est un choix politique », dénonce Fabien Milin, secrétaire général de Solidaires douanes - L'Humanité

« Le dénuement des services douaniers est un choix politique », dénonce Fabien Milin, secrétaire général de Solidaires douanes

Le tribunal judiciaire de Paris examine, vendredi, la demande de l’État de suspendre la plateforme Shein. Bercy veut ainsi mettre fin au « Far West numérique ». Une stratégie alibi, dénonce Fabien Milin, secrétaire général de Solidaires douanes

le 3 décembre 2025

Stéphane Guérard

Shein superstar, à son corps défendant. Vendredi, le tribunal judiciaire de Paris doit examiner la demande de l’État de suspension de la plateforme de commerce en ligne, un mois après le scandale des poupées sexuelles d’apparence enfantines en vente dans sa place de marché.

Le géant du e-commerce chinois a déjà provoqué, mercredi, la colère de l’Assemblée nationale, après son refus, le troisième en un mois, de se rendre devant une commission parlementaire, ce qui pourrait lui valoir des poursuites de la part de la procureure de la République saisie du camouflet.

Le sixième site Web marchand le plus consulté de France n’est pas le seul à être dans le collimateur des autorités françaises. De semblables assignations pour suspension devraient être intentées à l’encontre d’AliExpress et Joom. Car, comme l’affirme le ministre du Commerce Serge Papin, il faut mettre fin au « Far West numérique ». Une assertion qui laisse dubitatif Fabien Milin, de Solidaires douanes.

Le 6 novembre, un contrôle a été pratiqué sur les colis Shein arrivant à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Comment jugez-vous la réplique du gouvernement contre les mauvaises pratiques des plateformes d’importation d’objets à bas prix chinois ?

Fabien Milin

Secrétaire général de Solidaires douanes

C’est une réaction à chaud, sans moyen. En France, une marchandise sur mille est contrôlée dans le fret aérien et une sur 4 000 dans le fret maritime. Contrôler tous les colis arrivant chaque jour à Roissy nécessiterait un mois de travail. Le dénuement des services est bien identifié : à Roissy, on aurait besoin de 2 300 douaniers.

 

Or 1 400 sont budgétés, mais 1 200 sont réellement sur le terrain. L’Allemagne compte trois fois plus de douaniers que nous alors que sa superficie est inférieure, en tenant compte de l’outre-mer. Nos moyens techniques ne nous aident pas non plus : entre la lourdeur des procédures et nos outils informatiques souvent en panne et peu ergonomiques, nous perdons beaucoup de temps.

Comment expliquez-vous ce dénuement ?

C’est un choix politique. Il y a dans le champ du commerce international la croyance que la libre circulation des marchandises créerait de l’activité, générant à son tour de l’emploi. Une sorte de ruissellement, dont les travailleurs ne voient en fait jamais la couleur, d’autant que les employeurs profitent de niches fiscales.

Un rapport de la Commission européenne d’août dernier montre qu’en 2022 203 produits sur un million entrant dans l’Union avaient été contrôlés. En 2024, ce ratio est tombé à 82 sur un million, dont 13 ont été retirés au final pour non-conformité. Or 4,7 milliards d’éléments sont arrivés l’an dernier en Europe.

« Dans le fret ferroviaire, il n’y a aucun contrôle sur les marchandises, aucune brigade n’en est chargée. »

Certains pays de l’UE ont une approche mixte, avec d’un côté une sécurisation de la chaîne logistique, de l’autre une facilitation des procédures pour les logisticiens. La France, elle, a fait le choix d’évacuer le sécuritaire pour privilégier le tout économique.

Comment ce choix politique se traduit-il sur le terrain ?

Dans le fret ferroviaire, il n’y a aucun contrôle sur les marchandises, aucune brigade n’en est chargée. De même, nous ne disposons d’aucun bateau, avion ni garde-côtes dans les outre-mer. Ce qui engendre des tensions entre les pêcheurs locaux et les navires étrangers qui y pratiquent la surpêche.

Il y a la marine nationale…

Ce n’est pas son rôle d’appréhender des trafiquants. On détourne ses missions pour assurer des opérations de douane.

Dans quelles conditions les douaniers exercent-ils leurs missions ?

Résiduels avant la crise du Covid, les départs d’agents sont en augmentation. Des collègues avec vingt-cinq ans d’ancienneté comme des plus jeunes arrivés il y a cinq à sept ans choisissent d’arrêter car ils sont usés, déçus. L’attachement au métier, à sa pertinence pour répondre aux enjeux sanitaires, sociaux, économiques, de relocalisation, s’érode face au désarroi produit par la baisse des effectifs.

Cela fait deux ans que nous réussissons syndicalement à obtenir des créations de postes : 26 en 2024 ; 45 en 2025. Cependant, ces créations ne se traduisent pas sur le terrain. La direction générale nous objecte que toute la masse salariale prévue est consommée. Mais cet argent public va à la rémunération de chefs de service et de division rémunérés au niveau de grades hors statuts.

145 colis Shein arrivent en Europe chaque seconde. Même si on augmentait les effectifs de douaniers, le combat n’est-il pas perdu d’avance ?

On s’aperçoit que lorsqu’on met en place un contrôle périodique sur un flux frauduleux à un point d’entrée, la fraude disparaît. Elle va peut-être ailleurs, mais la peur du douanier produit son effet. Avec une architecture de contrôle plus logique, une stratégie active de régulation, on obtient des résultats.

Tag(s) : #Economie, #Ecologie, #Santé
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