Lu sur Pour une alternative face à Trump et aux métamorphoses du capitalisme mondial - L'Humanité
Par Pierre Barros et Pascal Savoldelli, sénateurs communistes, membres de la commission des Finances
le 26 juin 2025

Le capitalisme, à court de compromis sociaux et de gains de productivité, entre dans une nouvelle phase : celle de la guerre comme débouché et de la militarisation comme condition de l’accumulation. Le sommet de l’Otan, tenu mercredi dernier, a ainsi permis de lever le voile. Donald Trump y a imposé une « contribution équitable » des alliés à hauteur de 5 % de leur PIB. Malgré quelques résistances, comme celle de l’Espagne, l’essentiel des membres s’est aligné. Il s’agit bien sûr de réorienter les flux d’investissement vers le complexe militaro-industriel transatlantique, au profit premier des États-Unis, en tête dans les exportations d’armes. La France, deuxième sur ce marché, espère tirer sa part de cette relance par le canon.
Ce glissement militariste s’accompagne d’une reconfiguration monétaire. Trump souhaite mettre en œuvre une stratégie de dévaluation compétitive du dollar, tout en promouvant des cryptomonnaies privées adossées à la devise américaine, hors contrôle public. Le but est clair : dollariser les économies par le bas, et contourner la FED dans ses décisions. Que les États-Unis soient structurellement déficitaires (avec une position extérieure nette à – 18 000 milliards de dollars) ne change rien à l’affaire. Le monde continue de financer l’hégémonie du dollar, sous la contrainte des sanctions, des menaces tarifaires – dont une surtaxation des importations européennes jusqu’à 50 %, toujours en suspens – et du chantage technologique.
Pendant ce temps, l’Europe, obsédée par la compétitivité, feint d’ignorer que le problème n’est pas le coût du travail, mais le coût du capital et de ses dépendances : énergétiques, industrielles, technologiques, monétaires. Elle reste prisonnière d’une logique de pénurie organisée – au nom de la rigueur – qui disloque ses services publics, détruit ses capacités productives, et légitime l’austérité comme horizon indépassable. Ainsi, en France, le gouvernement fait mine de s’indigner des surtaxes américaines, mais accepte sans broncher la désindustrialisation et la fuite des capitaux vers les États-Unis (Sanofi, LVMH). Le refus de nationaliser des filières stratégiques, comme l’acier, illustre ce renoncement.
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En outre, il est urgent de sortir du faux dilemme entre libre-échange et protectionnisme. Ces deux modalités participent d’une même logique : celle de la concurrence entre les peuples. Le véritable enjeu est celui d’un internationalisme, fondé non plus sur les flux marchands, mais sur la maîtrise démocratique des leviers d’investissement, la souveraineté monétaire, et la coopération entre nations égales.
Cette alternative n’est pas théorique. Elle se dessine déjà dans les dynamiques portées par les Brics +, dans les exigences croissantes du Sud global pour une refonte des règles du jeu économique mondial. Elle se manifeste dans les revendications de justice monétaire, dans les appels à l’émancipation vis-à-vis des institutions de Bretton Woods, dans la volonté d’élargir la propriété des communs monétaires et technologiques.
C’est dans cette brèche qu’il faut s’engager. Plusieurs jalons peuvent être posés : abroger le franc CFA et refuser l’eco, avatars modernes d’un contrôle monétaire postcolonial ; promouvoir l’usage des monnaies nationales et des droits de tirage spéciaux dans les échanges internationaux, pour limiter l’hégémonie du dollar et construire un système monétaire pluraliste, stable, équitable ; et, enfin, créer un fonds européen des services publics, financé directement par la BCE, orienté vers l’investissement dans la santé, l’école, les transports, et non vers les marchés.
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Le temps de la tutelle et des injonctions doit prendre fin. Il faut lui opposer la réciprocité et la coopération. C’est à cette hauteur de vue que la France peut retrouver une voix. Non pas celle d’une puissance nostalgique, mais celle d’un pays enfin libre de ses alliances et capable de porter une stratégie de codéveloppement, au service des peuples et non des marchés. C’est, à ce stade, l’unique voie de sortie possible face à la barbarie en marche.
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