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Lu sur Barrages : comment la Compagnie nationale du Rhône a tout fait pour éviter la mise en concurrence de sa concession - L'Humanité

Barrages : comment la Compagnie nationale du Rhône a tout fait pour éviter la mise en concurrence de sa concession

Le deuxième opérateur d’hydraulique en France n’a pas attendu la fin du conflit avec l’Europe pour trouver un arrangement lui évitant une mise en concurrence de sa concession. La société est parvenue à faire prolonger son contrat d’exploitation jusqu’en 2041, contre 700 millions d’euros d’investissement.

 le 2 février 2025

Pauline Achard

Si, depuis une vingtaine d’années, Bruxelles n’a pas baissé la garde concernant l’ouverture des marchés de l’hydroélectricité française à la concurrence, le litige porte essentiellement sur la position dominante d’EDF.

Le quasi-monopole de l’opérateur historique, à 78,6 % de la puissance installée du parc hydraulique, est en effet au cœur des crispations, ayant fait l’objet d’une première mise en demeure en 2015. Il n’a donc pas échappé au numéro deux de l’hydraulique tricolore, la Compagnie nationale du Rhône (CNR), que si la Commission européenne sommait la France d’ouvrir l’exploitation des concessions à d’autres acteurs elle n’était pas dans son viseur.

Cette société anonyme d’intérêt général ne contrôle que 11,67 % du parc et produit environ 23 % de l’hydroélectricité française. Créée en 1921, la concession générale d’aménagement et d’exploitation du Rhône a une triple mission de gestion intégrée du fleuve : l’hydroélectricité, le transport fluvial et l’irrigation. C’est grâce à cette particularité que la CNR, détenue par Engie et la Caisse des dépôts et consignations, est discrètement parvenue à faire prolonger sa concession jusqu’au 31 décembre 2041 conformément à la loi relative à l’aménagement du Rhône, adoptée à l’unanimité début février 2022.

700 millions d’euros d’investissement débloqués

La concession, qui arrivait à échéance fin 2023, aurait, autrement, dû se plier à la législation européenne exigeant de la France qu’elle ouvre son marché de l’hydroélectricité à des opérateurs privés.

En contrepartie de cette rallonge, des programmes quinquennaux d’investissement en lien avec l’ensemble des enjeux entourant le fleuve Rhône et 700 millions d’euros d’investissement sont attendus dans la navigation, l’agriculture, l’environnement, la biodiversité et le développement des énergies renouvelables.

« Nous avons des programmes de maintenance et de rénovation très importants, permettant notamment de rendre nos 19 centrales hydroélectriques plus puissantes », explique Laurence Borie-Bancel, présidente de la CNR, qui se réjouit d’avoir enfin la visibilité nécessaire au déploiement des ouvrages.

En tête de gondole : un barrage-usine d’une puissance de 40 mégawatts en amont de la confluence de l’Ain et du Rhône, pour un budget de 330 millions d’euros. Mais, à l’issue des concertations et études de faisabilité, l’État a finalement abandonné ce projet baptisé Rhônergia en août 2024.

Depuis, une nouvelle phase de discussion a été entamée avec l’exécutif afin d’identifier des alternatives. La présidente de la CNR plaide pour qu’elles « apportent de la valeur ajoutée à la concession et aux territoires, plutôt sur l’énergie ».

En parallèle, la compagnie doit s’acquitter d’une redevance sur son chiffre d’affaires. « Sur 2023, 2024 et 2025, nous devrions verser 2 milliards d’euros à l’État », souligne Laurence Borie-Bancel. Un scénario idéal pour la société lyonnaise, dont les gérants croisent les doigts pour ne pas voir leur relance avortée dans le cas d’un passage au régime d’autorisation sur les barrages français, qui pourrait lui faire perdre la main sur la concession.

Tag(s) : #Economie, #Ecologie
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