Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Lu sur Crise de confiance dans les rédactions du groupe Ebra autour de l’intelligence artificielle - L'Humanité (humanite.fr)

Crise de confiance dans les rédactions du groupe Ebra autour de l’intelligence artificielle

Le recours à l’intelligence artificielle, déjà utilisée pour corriger les articles des correspondants locaux, s’élargit maintenant à l’édition des dépêches de l’AFP, provoquant des tensions au sein des rédactions des neuf titres de presse régionale.

le 15 octobre 2024

Tom Demars-Granja

 Le groupe de presse Ebra, succursale du Crédit mutuel, passe à la vitesse supérieure. Près d’un an après le lancement d’un test de l’intelligence artificielle (IA) pour corriger les copies des correspondants de presse, la direction a pris ses journalistes de court en annonçant que les dépêches de l’Agence France Presse (AFP) publiées sur les sites du groupe seront éditées par ChatGPT.

Cette production était déjà traitée à l’extérieur des rédactions locales depuis 2012, à la suite de la création d’Ebra Info, un bureau parisien chargé de concevoir les pages nationales et internationales pour tous les quotidiens du groupe.

De quoi crisper au sein des neuf titres du groupe – Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), l’Est républicain, l’Alsace, le Républicain lorrain, Vosges Matin, le Dauphiné libéré, le Progrès, le Bien public, le Journal des Saône-et-Loire –, où la peur d’une réduction d’effectifs reste prégnante.

« C’est devenu un nouveau collègue de boulot »

Surtout, cette annonce fait figure de point de non-retour pour les représentants syndicaux. « En moins d’un an, la direction franchit un second palier inacceptable, fulmine Éric Barbier, journaliste à Besançon pour l’Est républicain et élu du Syndicat national des journalistes (SNJ). Ils intègrent clairement l’IA à la rédaction. C’est devenu un collègue de boulot. »

L’arrivée de l’intelligence artificielle au sein du groupe a, plus largement, ravivé un conflit interne entre pro et anti-intelligence artificielle. « Amusant, le SNJ crie avant d’avoir mal », tance, par exemple, un journaliste de l’Est républicain.

Dès le départ, l’expérimentation de l’IA au sein d’Ebra a été accueillie avec méfiance. Des élus syndicaux avaient notamment questionné la direction sur ce sujet, lors d’une réunion du comité social et économique (CSE), organisée le mardi 20 juin 2023.

Ils ont ainsi demandé quelle était la position de la direction du groupe « concernant le fait de faire appel à l’IA pour se substituer ou remplacer certains postes », d’après un compte rendu interne consulté par l’Humanité. Leur réponse : « L’intelligence artificielle est avant tout un outil qu’il faut s’approprier, comme ce fut le cas avec Google ou Excel, en leur temps. »

 

731 articles publiés avec l’aide de ChatGPT

D’abord annulés, puis finalement annoncés lors d’un nouveau CSE, fin octobre 2023, les tests ont été mis en place dans l’agence de Nancy, pour l’Est républicain. Le titre de presse quotidienne régionale était alors, à l’échelle nationale, le premier à avoir annoncé publiquement l’utilisation active d’un tel outil.

C’est ainsi que, du 22 novembre 2023 au 22 février 2024, les secrétaires de rédaction chargés de l’édition locale de Lunéville ont utilisé l’outil génératif ChatGPT pour traiter les textes de correspondants locaux. « Le test allait être lancé de toute façon, je ne sais pas trop comment on aurait pu dire non », regrette un secrétaire de rédaction ayant participé au projet, qui avoue cependant « avoir gagné du temps » depuis.

En trois mois, 731 articles ont ainsi été publiés avec l’aide de ChatGPT. Depuis le lancement du projet, plusieurs « prompts » (des indications données à l’IA) d’articles ont enfin été ajoutés, pour traiter rapidement des conseils municipaux ou des nécrologies.

« Les gains de temps ne sont pas au rendez-vous »

Le dispositif a, depuis, été étendu aux autres titres du groupe, pour une utilisation pérenne. « La confiance n’est pas totale, alerte cependant un journaliste de Vosges Matin, lui aussi resté anonyme. C’est la troisième version du logiciel testée chez nous. » D’autres points restent flous. Contrairement à ce qui était annoncé, l’apport de l’IA à un article n’est pas automatiquement indiqué dans les journaux.

Déjà pointée du doigt pour sa gestion de ses employés (précarité, surcharge de travail, pression constante) dans une série d’enquêtes publiées par le site d’information Blast, la direction du groupe est accusée de ne pas prendre en compte les inquiétudes de ses salariés. Alors que le compte rendu interne indique que « les gains de temps ne sont pas au rendez-vous » et que « la fiabilité de l’outil n’a pas été démontrée », elle semble déterminée à imposer l’IA.

Dernier point de tension en date : la publication, le 5 octobre 2024, d’une « charte de bonne conduite » où figurent des indications sur l’utilisation d’un tel outil.

« Son intégration au sein de nos rédactions s’inscrit pleinement dans une démarche d’excellence journalistique », indique cette dernière. « Les rédacteurs en chef du groupe ont rédigé cette charte de manière unilatérale, lance Éric Barbier. À aucun moment, les principaux intéressés, c’est-à-dire les journalistes, n’ont été consultés. »

  

Tag(s) : #Progrès technique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :