À Kazan, en Russie, les dix membres des Brics + se rencontrent du 22 au 24 octobre. Outre les projets d’élargissement de l’organisation à la Turquie, les questions des institutions, de la paix et du multilatéralisme seront débattues.
le 18 octobre 2024
Depuis le 1er janvier, Moscou s’est vu confier, en amont du sommet, la présidence des Brics +. Initialement, le Brésil devait être désigné, mais le pays organisant déjà le G20 du 18 au 19 novembre n’a pas souhaité se charger des deux rendez-vous. Le 16e sommet du 22 au 24 octobre se tiendra à Kazan, capitale de la République du Tatarstan, le long de la Volga. Après le basculement important qui a eu lieu lors du sommet à Johannesburg en octobre 2023, la plupart des dirigeants seront présents pour cette première réunion à dix membres. Les pays fondateurs (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) accueilleront les cinq nouveaux entrants (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie, Iran) et ont déjà acté « une pause concernant l’acceptation de membres supplémentaires », a prévenu le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov.
Chacun y trouve son propre intérêt. L’Égypte fait face à une pénurie de dollars pour financer ses importations. Une situation qui accroît son inflation. La possibilité d’importer du blé et d’autres produits des Brics + dans sa propre monnaie, ou celle des partenaires commerciaux, n’est pas pour rien dans sa décision de rejoindre le club des pays du Sud. Par ailleurs, Le Caire entend doper ses relations économiques avec Pékin. L’Iran également entend tirer des bénéfices économiques de son adhésion. Pour viser une croissance de 8 % du PIB, le président Massoud Pezeshkian a estimé, le 1er septembre, avoir besoin de 100 milliards de dollars d’investissements directs étrangers.
La Turquie vers les les Brics +
Pour d’autres pays, les préoccupations sont davantage géopolitiques. Les liens de l’Éthiopie avec les États-Unis se sont détériorés avec le conflit au Tigré. Se tourner vers les Brics + est un moyen pour Addis-Abeba de se trouver de nouveaux partenaires. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont proches de l’Ouest et entendent le rester. Mais ils entretiennent également de bonnes relations avec la Russie – notamment pour fixer les prix des hydrocarbures – et avec la Chine. Leur adhésion permet à l’organisation des Brics d’apparaître moins sectaire que les organisations occidentales comme l’OCDE.
Près d’une vingtaine de pays auraient déposé une demande d’adhésion. Parmi les principaux candidats, la Turquie a fait connaître son intérêt pour rejoindre les Brics + en septembre avec le dépôt une demande officielle. Puissance moyenne avec des visées régionales, elle aussi souhaite travailler avec tout le monde, dans le cadre de sa diplomatie à « 360 degrés », qui ne privilégie aucun acteur ni option. Si le pays de Recep Tayyip Erdogan adhérait au bloc, il serait le premier membre de l’Otan, qui plus est candidat à l’adhésion à l’UE, à le rejoindre. « Nous saluons l’intérêt de la Turquie pour les travaux des Brics », déclarait en juin Vladimir Poutine.
Vladimir Poutine et l’idée de construire des institutions
La Bolivie, le Venezuela, la Malaisie et la Thaïlande se sont également portés candidats, obligeant l’organisation à mettre en place une stratégie d’expansion. Des divergences existent au sein des membres fondateurs : la Russie et la Chine poussant à l’expansion, alors que le Brésil et l’Inde sont davantage méfiants. Le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Riabkov, a présenté l’une des conditions nécessaires pour rejoindre l’alliance : « Ne pas participer à la politique illégale des sanctions et mesures restrictives internationales appliquées contre d’autres pays membres des Brics, notamment contre la Russie. » En juillet, lors d’une rencontre à Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a avancé l’idée de construire des institutions. « Les Brics ne disposent pas encore de leur propre structure parlementaire institutionnalisée. Mais je suis convaincu que cette idée se concrétisera à l’avenir », a-t-il évoqué.
Sur le même thème
À l’Assemblée générale de l’ONU, la Chine et le Brésil ont tenu une réunion ministérielle pour le lancement d’une plateforme des « Amis pour la paix », créée par les pays du Sud pour la résolution de la crise ukrainienne. Cette initiative devrait rebondir à Kazan et au G20. Pour Sébastien Boussois, docteur en science politique, enseignant en relations internationales à l’Ihecs : « Beaucoup de pays membres, pour diverses raisons avant tout économiques, voudraient que cette guerre cesse. Les BRICS + aspirent au fond à arracher un accord à la barbe des Occidentaux pour démontrer que le monde est capable d’un autre ordre que celui occidental, pas forcément anti-occidental, mais en tout cas sans la domination occidentale. »
La question des conflits
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Lin Jian a confirmé que la Chine était prête à maintenir « la communication avec les parties concernées » et à créer « conjointement les conditions d’un règlement politique de la crise » autour du consensus en six points. Ce dernier rédigé par Pékin et Brasilia, intitulé « Compréhension commune entre la Chine et le Brésil sur le règlement politique de la crise ukrainienne », pointe le respect de la souveraineté des pays et trois principes de désescalade : éviter le débordement du champ de bataille, éviter l’escalade des combats, et éviter de jeter de l’huile sur le feu.
Le document appelle toutes les parties à adhérer au dialogue et à la négociation, à intensifier l’aide humanitaire, à s’opposer à l’utilisation d’armes nucléaires et à l’attaque contre les centrales nucléaires, et à maintenir la stabilité des chaînes industrielles et d’approvisionnement mondiales. « Jusqu’à présent, le consensus a reçu une réponse positive de la part de plus de 110 pays, ce qui démontre les attentes générales de la communauté internationale », note Lin Jian.
Sur la question du Proche-Orient et de l’escalade guerrière du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui bombarde Gaza, le Liban, la Syrie et le Yémen, l’Afrique du Sud, la Chine, le Brésil, l’Égypte, l’Iran et l’Arabie saoudite cherchent une issue diplomatique pour imposer un cessez-le-feu. Un rapprochement entre Téhéran et Riyad est à l’œuvre pour faire stopper les opérations meurtrières de Tel-Aviv.
/image%2F0556177%2F201304%2Fob_439f69615beac750bbcd0ab255c77987_cerises2.jpg)
