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Lu sur Coût astronomique de la guerre à Gaza : Israël dépense autant qu’il frappe, sans compter - L'Humanité (humanite.fr)

Les opérations menées par Israël contre les Palestiniens ont des conséquences sur l’économie du pays, malgré l’aide états-unienne massive. L’ancienne directrice de la banque centrale d’Israël, Karnit Flug, parle de « grande incertitude ».

le 20 septembre 2024

Pierre Barbancey

 Israël peut bien être soutenu par les États-Unis dans sa guerre génocidaire menée contre les Palestiniens, les contrecoups économiques commencent à se faire sentir. Des 38 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Israël est celui qui a connu le plus grand ralentissement économique entre avril et juin, a rapporté l’organisation le 22 août. La Banque d’Israël prévoit maintenant un taux de croissance de seulement 1,5 %, et ce si la guerre se termine cette année.

« L’économie est actuellement en proie à une grande incertitude, et cela est lié à la situation sécuritaire : combien de temps durera la guerre, quelle sera son intensité et s’il y aura une nouvelle escalade », estime Karnit Flug, ancienne directrice de la banque centrale d’Israël, maintenant vice-présidente de l’Institut israélien de la démocratie.

Une baisse de 27 % de la consommation privée

L’agence de notation financière américaine Fitch a déclassé la note d’Israël de A + à A au début du mois d’août, après des dégradations similaires par Standard & Poor’s et Moody’s. La dévaluation pourrait faire grimper les coûts d’emprunt du gouvernement.

« Selon nous, le conflit à Gaza pourrait durer jusqu’en 2025 », a averti Fitch dans sa note, qui mentionnait la possibilité d’« importantes dépenses militaires supplémentaires, de destructions des infrastructures et de dommages plus durables à l’activité économique et aux investissements ».

 

Benyamin Netanyahou a tenté de calmer les inquiétudes en affirmant que les dommages économiques n’étaient que temporaires, mais les chiffres infirment ses déclarations. Les dépenses des ménages ont reculé au début de l’année.

Au dernier trimestre 2023 et dans les semaines qui ont suivi le début de la guerre, le produit intérieur brut (PIB) d’Israël a, en termes annuels, diminué de 20,7 %. Une chute essentiellement causée par une baisse de 27 % de la consommation privée, des exportations et une réduction des investissements des entreprises.

Les entreprises israéliennes à la peine

Selon Coface BDI (une compagnie d’information commerciale), 46 000 entreprises ont fermé depuis le 7 octobre. Les secteurs de la construction, de l’agriculture et des services sont les plus touchés.

« Les entreprises font face à une réalité très complexe : la crainte d’une escalade de la guerre et l’incertitude quant à la fin des combats, ainsi que des défis continus tels que la pénurie de personnel, la faible demande, les besoins croissants en financement, l’augmentation des coûts d’approvisionnement et les problèmes logistiques, ainsi que l’interdiction d’exportation imposée récemment par la Turquie, rendent de plus en plus difficile pour les entreprises israéliennes de survivre à cette période », a confié le PDG de Coface BDI, Yoel Amir, au Times of Israel.

Emploi en berne

Le Taub Center, un institut de recherche socio-économique basé à Jérusalem, veut croire que « l’économie israélienne continue de faire preuve de résilience, comme elle l’a fait dans les guerres et opérations militaires précédentes ». C’est vrai pour le secteur du high-tech.

Mais, comme le fait remarquer le site NoCamels, spécialisé dans l’information sur les innovations israéliennes : « Sans surprise, la technologie militaire apparaît comme un domaine du secteur de haute technologie qui semble en effet prospérer en temps de guerre. »

Le Taub Center ne peut toutefois pas cacher que la situation est particulièrement mauvaise. « Les dommages du quatrième trimestre de 2023 ont été immédiats et inévitables, résultant de la fermeture temporaire d’une grande partie de l’économie, d’une diminution de l’emploi puisque des centaines de milliers de personnes ont été appelées dans les réserves de l’armée, la fermeture des écoles et ses effets sur les parents qui travaillent, l’évacuation de centaines de milliers de personnes de leurs foyers dans le Sud et le Nord, etc. »

À Haïfa, le port tourne au ralenti depuis les attaques des houthis

Le port d’Haïfa est l’exemple même des conséquences économiques de la guerre. Plaque tournante majeure des importations et exportations israéliennes accueillant des navires porte-conteneurs, il tourne au ralenti.

Depuis les attaques des rebelles houthis du Yémen en mer Rouge et vers le canal de Suez, de nombreux navires long-courriers ont cessé d’utiliser les ports israéliens comme hubs. Selon un responsable portuaire cité par Associated Press et qui s’exprimait sous couvert d’anonymat, les ports israéliens auraient enregistré une baisse de 16 % du trafic maritime au cours du premier semestre, par rapport à la même période en 2023.

À quoi s’ajoutent les contrôles stricts sur la circulation des travailleurs palestiniens. 160 000 d’entre eux ne peuvent plus venir travailler. Israël a lancé des campagnes de recrutement en Inde et au Sri Lanka, mais ce n’est pas suffisant, en particulier dans les secteurs de la construction et de l’agriculture.

Le coût total de la guerre pourrait atteindre 120 milliards de dollars

Selon Yacov Sheinin, un économiste israélien, le coût total de la guerre pourrait s’élever à 120 milliards de dollars, soit 20 % du produit intérieur brut du pays.

Il en faut plus pour inquiéter le ministre des Finances, le suprémaciste juif Bezalel Smotrich. Ce colon d’extrême droite affirme d’ailleurs que l’économie d’Israël « est forte » et s’est engagé à adopter un « budget responsable qui continuera de répondre à tous les besoins de la guerre, tout en maintenant le cadre budgétaire et en favorisant les moteurs de croissance ».

En 2022, le budget militaire d’Israël représentait 4,51 % de son économie et 12,2 % de son budget annuel total. Selon le Conseil des relations étrangères des États-Unis, l’aide américaine représente environ 15 % du budget de la défense d’Israël.

Washington maintien l’économie israélienne à flot

Washington a signé un protocole d’entente garantissant à Tel-Aviv près de 4 milliards de dollars par an jusqu’en 2028. « Israël n’a pas les moyens de fournir à la fois un budget de défense considérablement élargi et de meilleurs services sociaux, fait remarquer Shlomo Swirski, directeur d’Adva, un centre d’analyse politique. Si le budget de la défense augmente, le budget des services sociaux diminue et vice versa. »

  

Tag(s) : #Economie
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