Pourquoi les chefs kanak déclarent unilatéralement leur souveraineté ce 24 septembre
À l’occasion de l’anniversaire de la prise de possession par la France, ce mardi 24 septembre, les chefferies kanak ont proclamé leur souveraineté, alors que la situation politique demeure brûlante.
le 24 septembre 2024
Ce 24 septembre 2024 marque une nouvelle étape de l’histoire de la Kanaky- Nouvelle-Calédonie : le Conseil national des chefs, Inaat ne Kanaky, a proclamé la souveraineté des chefferies sur leurs territoires, à l’occasion de l’Assemblée du peuple kanak.
Elle représente les chefferies des huit aires coutumières de la Kanaky et se tient durant trois jours à La Roche, sur l’île de Maré, en présence de dignitaires maoris, vanuatais et fidjiens. En l’absence, a contrario, des représentants de l’État français, qui n’ont pas répondu à l’invitation.
Cent soixante et onze ans de colonisation et quarante ans depuis la création du Front de libération kanak et socialiste (FLNKS) : ce 24 septembre, date la plus symbolique sur l’archipel, présentait cette année plus que d’autres un enjeu de mémoire important.
L’histoire du 24 septembre raconte celle du pays
Méconnu en France, ce jour constitue en Kanaky – Nouvelle-Calédonie un objet politique à part entière, dont la signification est diamétralement opposée selon que l’on est indépendantiste ou non. Anniversaire de la « prise de possession » pour les partisans de la colonisation, « jour de deuil » pour les Kanak. L’histoire du 24 septembre raconte celle du pays.
L’anniversaire de cette année était particulièrement attendu – ou redouté, c’est selon. Depuis le 14 mai, le peuple kanak et les indépendantistes – qui appartiennent aussi à d’autres communautés – se sont levés pour dire non au projet de dégel du corps électoral et dénoncer la « néocolonisation » par la France, comme l’énonce le nouveau député Emmanuel Tjibaou, symbolisée par les 6000 policiers et gendarmes déployés pour maintenir l’ordre.
Treize personnes sont déjà mortes, dont deux gendarmes, plusieurs Kanak ayant été tués par les balles du GIGN. La journée s’est déroulée dans le calme, marquée par un défilé anti-indépendantiste à Nouméa aux couleurs bleu-blanc-rouge, et d’autres indépendantistes, un peu partout sur le territoire.
À l’origine, le 24 septembre célèbre la prise de possession officielle du territoire pour la France, en 1853, par l’amiral Auguste Febvrier-Despointes, sur ordre de Napoléon III. Dès l’année suivante, le gouverneur des colonies du Pacifique instituait un code pour interdire aux Kanak la « coutume », c’est-à-dire l’ensemble des traditions culturelles et sociales.
Férié depuis 1953, il célébrait jusqu’en 1974 le début de la colonisation, la prise de possession. Cette année-là, les premiers militants indépendantistes manifestent contre ces célébrations. Parmi eux, la jeune Déwé Gorodey, poétesse et militante kanak, emprisonnée pour cette raison. C’est elle qui est à l’origine, en 2004, de la transformation du 24 septembre en Fête de la citoyenneté.
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