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Économie. Le gavage du CAC 40 met les entreprises au supplice
Jeudi 20 Janvier 2022

L’envolée de la Bourse met une pression inouïe sur les entreprises. Gâtés comme jamais, les actionnaires durcissent encore leurs exigences. Des milliards sont dépensés pour faire gonfler la rente.

 

Les records sont battus. Toutes les places financières se hissent vers des sommets jamais atteints. En dépassant les 7 000 points (unité pour mesurer une variation de la valeur des actions des 40 entreprises cotées au CAC), la Bourse de Paris a brisé le plafond de verre. Avec 7 193,16 points, le 10 janvier, l’indice boursier a été multiplié par 2 en dix ans, il a progressé de plus de 50 % en cinq ans et de 25 % en un an. Une folie des grandeurs qui n’est pas sans conséquence sur les entreprises. Car les actionnaires ont un insatiable appétit. Les dividendes versés ont franchi en 2021 les 52 milliards d’euros pour les entreprises de l’indice SBF 120. Dans le monde, selon l’étude « Janus Henderson Global Dividend Index », qui dégage chaque année les tendances en matière de dividendes, 90 % des entreprises ont augmenté ou maintenu leur niveau de dividendes en 2021. Si bien que le niveau de dividendes versés devrait atteindre 1 200 milliards d’euros. Ainsi, à chaque poussée de fièvre sur les places financières, le niveau d’exigence des actionnaires progresse.

Pour faire grimper les cours, les entreprises, dont les trésoreries ont été gonflées par les aides publiques, multiplient en outre les opérations capitalistiques. Sur les dix premiers mois de l’année, leur trésorerie a crû d’environ 21 milliards, pour atteindre 913 milliards d’euros, selon la Banque de France.

Endettement, fonte des effectifs

Outre les dividendes, les apprentis sorciers disposent d’un autre « artifice » pour obtenir ce que les économistes appellent le « retour à l’actionnaire d’une entreprise ». L’opération consiste à racheter une quantité de ses propres actions pour ensuite les détruire, avec pour seule limite que celles-ci ne dépassent pas 10 % du capital de l’entreprise. L’effet est immédiat : en diminuant le nombre d’actions et en réduisant la part du capital, le bénéfice par action augmente auto­matiquement. Ainsi, il est fréquent que l’opération s’accompagne d’une hausse des cours des titres concernés.

Selon Natixis, en France, le rachat d’actions aurait coûté 16 milliards d’euros aux entreprises cotées de janvier à novembre. Si bien qu’en 2021 l’enveloppe devrait frôler les 20 milliards d’euros. Un record. Dans le monde, les entreprises ont dépensé plus de 1 300 milliards d’euros. Et 2022 semble poursuivre la tendance. Depuis le début de l’année, pas un jour ne passe sans que la presse financière fasse état d’un programme de rachat d’actions. Carrefour, L’Oréal, Vinci, BP, Société générale ou LVMH sont autant de noms de sociétés à y avoir recours.

Signe que, cette année, la pression financière s’est accentuée. ArcelorMittal vient de boucler son cinquième programme et devrait distribuer plus de 4 milliards d’euros à ses actionnaires (dividendes plus rachats d’actions) en 2021, selon les chiffres connus à ce jour. Or, depuis 2006, la CGT a comptabilisé que le groupe avait dépensé pas moins de 10,5 milliards d’euros en rachats d’actions et versé tout autant, 10,94 milliards d’euros de dividendes. Soit « en moyenne 1,33 milliard d’euros » par année versée. Une volonté de satisfaire qui a contraint le groupe à s’endetter en « 2007, 2008, 2010 et 2011 » pour maintenir la rente, rappelle le syndicat. Sur la même période, les effectifs du groupe ont fondu, passant en France, de 28 000 à 14 500 équivalents temps plein.

Chez  ArcelorMittal, une aumône

De plus, estime la CGT, une hausse générale des salaires en France de 5 %, en se basant sur la masse salariale d’ArcelorMittal France de 2019, « coûterait » au groupe 50 millions d’euros. Une bagatelle au vu des résultats du groupe qui, après un premier semestre à 5 milliards d’euros, devrait obtenir un résultat net en 2021 de 10 milliards d’euros. Un record. Pourtant, lors des négociations annuelles, la direction a tout juste cédé 2 % de hausse générale sur les salaires. Bien moins que l’inflation prévue, de 2,8 % en 2022.

Outre le partage de la valeur ajoutée entre actionnaires et salariés, qui penche clairement du côté des places boursières, l’autre conséquence de cette financiarisation dans l’entreprise est le manque d’investissement productif. Si ArcelorMittal a annoncé 10 milliards d’euros pour réduire de 35 % ses émissions de CO2, le groupe compte sur un financement pour moitié via des fonds publics, dénonce le coordinateur CGT du groupe de sidérurgie, Philippe Verbeke. De plus, indique le syndicaliste, « sur nos sites, nous constatons de gros problèmes de fiabilité de nos outils de travail, qui fonctionnent en marche dégradée ». Et, en 2021, « nous constatons un taux d’accidents au travail important, avec 22 accidents mortels recensés cette année ». Triste record.

Tag(s) : #économie
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