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Ma chronique de l’extrême centre par Pierre Serna. Connaissez-vous Sébastien Roch?
Vendredi 8 Octobre 2021
 

Sûrement pas… mais c’est normal. Une chape de plomb, élaborée par toute la bien-pensante bourgeoisie catholique, a été construite à la fin du XIXe siècle autour de ce nom, porteur de ­scandale, que personne ne devait prononcer, synonyme d’écrits sulfureux, voire mensongers. Ce n’était qu’un coup littéraire de ce provocateur-né qu’était Octave Mirbeau. En 1890, cet « irrécupérable » de la littérature française, selon Jean-Paul Sartre, signe son troisième roman. Il fait fi de toutes les conventions, jette tous les codes de la bienséance dans sa poubelle pour affronter un tabou, celui du viol d’un adolescent par un prêtre dans son ­institution religieuse de Vannes. Le roman signe une descente aux enfers du presque enfant entré avec espoir dans le collège jésuite et ensuite bafoué, sali, ­brutalisé, violenté et subissant le comble de l’injustice, car renvoyé comme un malpropre. Sa vie est brisée. Son destin est ruiné. Dans sa faillite existentielle, marquée du fer rouge de la honte, tout n’est que gâchis, dégoût, déconvenue, échec, pulsions, destruction de soi, des autres, du monde. Toute une vie réduite à néant. La fin du roman poursuit l’absurde sordide de ce calvaire sur terre. Parti à la guerre de 1870, il y meurt de la façon la plus stupide qui soit.

Anticlérical, anarchiste, pacifiste, anticolonialiste, c’était beaucoup pour le seul Mirbeau, qui se vit opposer une conspiration du silence au moment de la parution de son livre. Il n’est pas inutile non plus de lire, en décor du livre, combien toute cette société que l’auteur dénonce à la fin du XIXe siècle se construit dans la culture de la haine des idéaux de 1789 et de 1792.

Cent trente ans plus tard, nous apprenons qu’il existe 300 000 Sébastien Roch… Un froid dans le dos passe. Ici, maintenant, ce n’est plus une fiction. C’est le réel. Le cauchemar est bien pire que ce qu’avait imaginé Octave Mirbeau. Un machisme systémique, prédateur, violeur, a été passé sous silence. Une conspiration du déni a sévi dans l’Église de France, contrainte sous la pression de la société civile de dire la vérité et désormais de rendre des comptes. Les poursuites pénales pourront atténuer la douleur, elles ne la répareront pas.

Qui osera affronter cette institution pour dénoncer la misère sexuelle de ses célibataires de force ? Qui osera faire le lien entre l’Église et ses déviances ? Qui défendra les millions de Sébastien Roch de par le monde ?

Tag(s) : #Niouzes diverses
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