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Lu sur Publicité d’Intermarché : qui est le loup ? - La chronique de Maryse Dumas - 27 décembre 2025 | L'Humanité : lire, agir

Publicité d’Intermarché : qui est le loup ?

 le 27 décembre 2025

Depuis des générations, les enfants sont terrorisés à l’idée d’être dévorés par le grand méchant loup s’ils ne sont pas plus obéissants, s’ils s’éloignent un peu trop de leurs parents ou de leurs habitations, s’ils ne rentrent pas avant la nuit. La peur omniprésente du loup dans nos imaginaires a aussi donné lieu à des interprétations plus psychanalytiques selon lesquelles le loup serait une façon de désigner le prédateur sexuel dont tant les enfants (le petit Chaperon rouge) que les adultes devraient se méfier.

Au-delà, le loup est associé à l’idée de menace et d’absence de pitié pour les proies. « Les loups sont entrés dans Paris » , chantait Serge Reggiani pour parler de l’occupation allemande. 

Dans la vraie vie, cependant, les loups sont devenus une espèce protégée. Les éleveurs dont les troupeaux sont décimés ont aujourd’hui beaucoup de mal à se faire entendre. Au fur et à mesure que le danger imminent s’éloigne et que l’habitat humain s’urbanise, l’image du loup change, y compris dans les contes et comptines. Il devient celui dont on se moque et que l’on peut tourner en dérision.

Même la poule Cocotte est plus futée que lui. Non seulement, elle lui échappe à chaque fois, mais en plus, elle lui joue des tours et le tourne en ridicule. Quant au conte « les Trois Petits Cochons », une version revisitée fait terminer le loup dans le vide-ordures de l’immeuble où les petits cochons se sont réfugiés, puis dans la benne, tandis que les petits cochons font la fête au sommet de l’immeuble.

Le loup, « mal aimé »

Cette « dédiabolisation » franchit un pas supplémentaire avec l’animation conçue (par des humains, pas par l’IA) pour une publicité de Noël d’Intermarché. On y voit, en images filmées, un petit garçon déçu de recevoir dans ses cadeaux de Noël un doudou loup qui lui fait peur. Le tonton lui raconte alors, et c’est le dessin animé, l’histoire du loup qui, souffrant de se sentir « mal aimé » va devenir végétarien pour s’intégrer à la communauté des animaux de la forêt.

On le voit potasser les livres de cuisine, se lancer dans des cuissons, résister à la tentation de dévorer plusieurs proies pourtant faciles, et même sauver la vie d’un écureuil. La chanson de Claude François « Je suis le mal-aimé » qui accompagne le dessin n’est pas pour rien dans l’émotion qui nous étreint.

On se sent en empathie avec ce loup méritant qui fait vraiment tout ce qu’il peut, et sans ruse, non seulement pour montrer « patte blanche », mais surtout pour changer véritablement. Il réussit sa tarte végétarienne et la présente aux animaux de la forêt qui lui font alors une place dans leur festin de Noël. Il n’est plus seul. Sera-t-il aimé ? Pourquoi pas ? Pendant que Tonton lui conte l’histoire, le petit garçon s’est endormi en serrant son doudou loup dans ses bras. Tout est bien qui finit bien.

Le dessin animé a connu un succès planétaire immédiat. Via les réseaux sociaux, il a été visionné, à l’heure où ces lignes sont écrites, plus d’un milliard de fois dans le monde. Il est d’ores et déjà classé comme la meilleure publicité mondiale de l’année.

Mais, hélas, les meilleures choses ont une fin. Intermarché informe sa clientèle que les doudous loups qui inondent le marché, depuis le succès mondial de son animation, sont des contrefaçons, peut-être dangereuses pour la sécurité des enfants. Notre empathie pour le loup esseulé ne suffit donc pas à contrebalancer la dure loi du marché. L’adage le dit : « L’homme est un loup pour l’homme ». Très belle fin d’année à toutes et tous.

 

Maryse Dumas

Tag(s) : #Niouzes diverses
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