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Reprise. Pourquoi la croissance française n’est pas si « exceptionnelle »
Mercredi 1 Septembre 2021

Alors que le ministre Bruno Le Maire se vante des bonnes performances de l’économie, le retour au niveau d’avant la crise n’est pas encore pour 2021. Pire, les baisses de dépenses publiques à venir pourraient assombrir l’horizon.

 

L’Insee a une nouvelle fois révisé à la hausse la croissance de la France pour le deuxième trimestre. Au lieu des 0,9 %, le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 1,1 %, comblant une partie de l’écart restant par rapport à son niveau d’avant la crise. En volume, celui-ci reste inférieur de 3,2 % au niveau du quatrième trimestre 2019, contre 4,3 % aux deux trimestres précédents. À chaque intervention, le ministre de l’Économie se targue de « la performance exceptionnelle de l’économie française ». Pourtant, la France ne fait pas mieux que ses voisins. Le retard de croissance est, dans l’Hexagone, bien supérieur à celui de la zone euro, où, en moyenne, il se situe à 2,4 %, mais aussi à celui de l’OCDE (0,7 %), alors que les États-Unis ont déjà rattrapé leur niveau de 2019.

Des ménages en difficulté

« Il est tout à fait normal que lorsqu’un certain nombre de contraintes se lèvent, la production reparte, explique l’économiste Henri Sterdyniak. Nous sommes en plein dans ce mécanisme. L’économie doit encore accélérer au second semestre, mais il reste des secteurs en difficulté qui pourraient retarder le retour à l’avant-crise. » Pour l’économiste, des mesures de reprise pour aider les ménages et les entreprises qui auront du mal à rembourser leur dette fiscale et/ou sociale ou le prêt garanti par l’État sont encore nécessaires. Par exemple, la dette sociale des entreprises représente jusqu’à 10 % de leur endettement.

Si l’investissement des entreprises a augmenté de 2,4 % au deuxième trimestre et retrouve son niveau d’avant la crise, les dépenses de consommation des ménages, principale composante du PIB, n’ont progressé que de 1 %, sous l’effet du troisième confinement (du 3 avril au 3 mai). Elles restent, en volume, encore bien en deçà de leur niveau de 2019, à -5,9 %. Après des hausses en mai et juin, celles-ci ont « nettement » diminué en juillet, de 2,2 % par rapport à juin, après des hausses en mai et en juin en raison du déconfinement, a rapporté l’Insee. Pourtant, les économistes tablaient sur une hausse de 0,2 %.

Pour l’instant, l’Insee et le gouvernement maintiennent leurs prévisions de croissance pour 2021 à 6 %, après une récession de 8 % en 2020. Or, pour y parvenir, il faudrait une progression du PIB français d’au moins 1 % au troisième trimestre 2021, mais aussi au quatrième trimestre. Un pari qui n’est pas encore gagné. Selon plusieurs économistes, au vu des derniers indicateurs avancés, la croissance devrait s’approcher plutôt de 0,5 % par trimestre jusqu’à la fin 2021.

« Prendre des mesures vigoureuses »

Peu importe, les ministres de Bercy, de retour de vacances, multiplient les déplacements, interviennent pour valoriser leurs stratégies de sortie de crise. Entre tour de vis et plan de relance au minimum, l’heure est à l’autosatisfaction. Pourtant, la direction prise par ce gouvernement risque d’assombrir l’horizon, estime Henri Sterdyniak. En ligne de mire, la baisse des dépenses publiques au travers de la réforme de l’assurance-chômage qui priverait les chômeurs de 2 milliards d’euros par an et amputerait le PIB de 0,2 point, explique l’économiste. Et citer également dans la même veine la désindexation des pensions de retraite. Au contraire, insiste-t-il, le gouvernement devrait « prendre des mesures vigoureuses », s’il veut réussir la transition écologique. Le plan à 100 milliards d’euros, baptisé France Relance, financé à 40 % par la Commission européenne et à 60 % par la France, est bien trop maigre. Pour l’économiste, l’enveloppe de 100 milliards d’euros ne devrait pas être « ponctuelle ». Selon Henri Sterdyniak, un investissement public de 50 milliards d’euros par an durant au moins dix ans est nécessaire pour atteindre nos ambitions en 2030. Et « cela ne peut être financé en baissant les impôts des plus fortunés ou des entreprises ».

Tag(s) : #Economie
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