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Industrie. La coupable passivité européenne sur les semi-conducteurs
Jeudi 26 Août 2021

Alors que la pénurie de composants électroniques met à l’arrêt les usines automobiles en France et en Europe, les investissements et créations d’emplois sont massifs sur le secteur en Asie et aux États-Unis.

 

L’actualité des semi-conducteurs est profondément divisée géographiquement. En Europe domine la longue série des mises à l’arrêt d’usines d’automobiles, faute de composants électroniques : Toyota réduit de 40 % sa production en France et Stellantis (ex-PSA) met ses usines de Rennes et Sochaux à l’arrêt… En Allemagne, Daimler a indiqué avoir dû suspendre ses opérations sur les chaînes de montage de son usine de Sindelfingen, quand BMW fermait dès juillet trois de ses sites. Quant à Volkswagen et Audi, des réductions de production sont également à l’étude si la situation ne s’améliore pas au troisième trimestre, ce qui semble probable puisque les prévisions les plus optimistes évoquent une fin de pénurie autour de la mi-2022.

Un enjeu de sécurité nationale pour l’Oncle Sam

Si, aux États-Unis, Ford est également à la peine sur ses chaînes de montage de pick-up, c’est le spécialiste des microprocesseurs Intel qui fait les gros titres. Le groupe est au cœur de la politique de l’administration Biden, qui a fait des semi-conducteurs un enjeu de sécurité nationale. L’ordre est donné de mettre fin à la mortifère stratégie « fabless » (les puces sont conçues aux États-Unis ou en Europe et produites en Asie chez des sous-traitants) et de relocaliser ; le gouvernement a promis pour ce faire 50 milliards de dollars d’aides publiques. Intel, de son côté, a déjà lancé 20 milliards de dollars d’investissements pour la construction de deux usines de production de puces en Arizona. Le groupe est aussi soutenu par le ministère de la Défense, qui vient de lui passer commande pour 100 millions de dollars de semi-conducteurs de pointe devant équiper les systèmes du Pentagone, qui seront fabriqués sur le sol états-unien, garantie d’en maîtriser la sécurité.

En Asie aussi, les milliards pleuvent sur le secteur. La dernière annonce date de ce mardi, par Samsung. Le géant sud-coréen a annoncé un investissement record de 175 milliards d’euros (205 milliards de dollars) sur trois ans, dont une substantielle partie servira à développer ses capacités de production de semi-conducteurs, mais aussi à l’activité robotique et médicale du géant qui se lance notamment dans la biotech et la production de vaccins. En accord avec le gouvernement sud-coréen, l’essentiel de ces investissements se fera localement, où Samsung prévoit 40 000 créations d’emplois directs, soit 560 000 indirects, selon les espoirs de Séoul.

Comme Intel, le géant coréen s’est fait petit à petit dépasser par son principal sous-traitant, le fondeur taïwanais TSMC, qui fabrique aujourd’hui 80 % des puces 5 nanomètres du monde et est devenu le leader technologique du secteur des semi-conducteurs. Ces investissements ont donc pour but de rattraper ce retard technologique, mais le géant taïwanais n’est pas en reste et a annoncé pour sa part 85 milliards d’euros d’investissement dans ses propres usines sur trois ans pour développer ses capacités de production. Car, outre ses enjeux stratégiques, le marché des semi-conducteurs est en croissance constante – 381 milliards d’euros en 2020, 429 milliards en 2021, selon le cabinet IDC – et pourrait tutoyer les 500 milliards l’an prochain, surtout si la pénurie touche à sa fin.

À côté de ces vertigineux chiffres, la stratégie européenne fait bien pâle figure. Plutôt que d’investir dans les champions locaux, STMicroelectronics ou Infineon, la France et l’Allemagne préfèrent faire des ronds de jambe pour attirer Intel ou TSMC. Berlin promet un chèque de 1,5 milliard d’euros d’aide si l’un de ses géants s’implante en Saxe. Quant au futur « projet important d’intérêt européen commun » sur les semi-conducteurs défendu par Thierry Breton, il en est à l’état de « cap », la feuille de route sur cinq ans n’est même pas fixée, selon les propres dires du commissaire européen au Marché intérieur. 

Tag(s) : #Economie
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