L’association s’inquiète notamment de la prolongation de l’instruction de sa demande d’agrément.

 

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Tout mélanger, bien agiter et répandre allégrement. C’est la recette de la cabale qui monte ces derniers jours contre Anticor. L’association qui vient d’obtenir l’ouverture d’une instruction pour « prise illégale d’intérêt » contre le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, s’inquiète de la prolongation de deux mois de l’instruction de sa demande d’agrément. Ce sésame, dont elle a besoin pour se constituer partie civile dans des affaires de corruption, risque de lui être retiré.

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Coïncidence frappante, les griefs sont listés, en vrac, par deux hebdomadaires réputés proches du pouvoir, Le Point et Le JDD. Ils pointent notamment la confidentialité entretenue par Anticor sur l’identité d’un généreux donateur (60 000 euros en 2020), qui pourrait lui être reprochée au nom d’un « manque d’indépendance ».

Les articles s’intéressent également au violent conflit interne qui secoue l’association depuis un an et demi. Un groupe de 9 ex-administrateurs sur 21 (dont 2 sont toujours élus) accuse en effet la présidence d’autoritarisme et regrette que son projet de réforme des statuts ait été écarté : « Pour protéger Anticor des critiques politiques, nous proposions que les membres du CA ne puissent pas avoir d’engagement politique ou militant et ne puissent pas être magistrats en exercice », indique l’ancienne élue (PS puis Parti de gauche) Françoise Verchère, reconnue pour son combat contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et figure de proue de la fronde interne à Anticor.

Depuis la démission du président Jean-Christophe Picard pour candidater aux municipales sur une liste écolo à Nice, deux camps sont à couteaux tirés dans une guerre interne aux multiples rebondissements qui finira devant le comité d’éthique interne et les tribunaux. Plus récemment, l’engagement de la présidente, Élise Van Beneden dans le lancement de Blast, web-TV d’investigation autour du turbulent Denis Robert, viré du Media en octobre, électrise ceux qui dénoncent une « politisation » du mouvement.

Une certaine presse compte les points et la macronie se frotte les mains. « Qu’Anticor vive, c’est indispensable », tranche pourtant Françoise Verchère, regrettant que cette discorde télescope la procédure d’agrément. Élise Van Beneden dénonce, elle, une « campagne de calomnies » articulée autour d’un conflit de « démocratie interne » et s’interroge : « Est-ce pour me déstabiliser moi, flinguer Anticor ou légitimer un refus d’agrément ? » Récemment, les affaires Ferrand et Kohler ont été relancées par l’association après un classement sans suite.