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retraitestousensemble

Vous connaissez l’affirmation régulièrement répétée par le petit monde du sarkozysme, assénée d’une façon d’autant plus péremptoire qu’elle est fausse, « la France est le dernier pays d’Europe à n’avoir pas réformé son système »…

 

Première constatation : nous en sommes à la troisième « réforme » depuis 16 ans, avec la « réforme » Balladur de 1994, qui a conduit à la baisse moyenne des pensions (par exemple en les indexant sur les prix et non sur les salaires), avec la réforme Fillon de 2003 qui a allongé les durées de cotisations (ce qui pénalise déjà les femmes et les carrières longues, et qui n’a pris en compte la pénibilité des métiers), avant la « réforme » projetée actuellement qui ne règle pas les équilibres financiers et devra forcément être revue tôt ou tard, si elle passe… que la gauche revienne au pouvoir ou pas.

 

Deuxième constatation : si le problème était purement démographique, assertion qui doit être combattue sur le fond ( voir Retraites : la rigueur dont nous avons besoin est celle qui s’appliquera aux profits )[1], il faudrait prendre en compte le fait que la situation démographique française est bien meilleure que celle de l’Allemagne (dont la population baisse en raison d’un taux de remplacement des générations très faible), et même du Royaume-Uni même si, avec un retard non négligeable, ce pays semble aujourd’hui se rapprocher progressivement de la situation française en matière de fécondité. Sur ce plan en effet, Irlande mise à part, la situation de notre pays est presque une anomalie en Europe : le taux de remplacement des générations est assuré par un niveau de prés de 2 enfants par femme, ceci n’étant pas dû comme certains le suggèrent parfois, à l’encontre de ce que donnent les chiffres disponibles, à un taux élevé de natalité chez les immigrés…

 

A noter : c’est une chance, un gage d’avenir pour la France que de bénéficier depuis l’an 2000 de cette situation. Il apparaît alors donc vraiment aberrant de vouloir faire travailler plus longtemps les plus âgés, puisque la première conséquence en sera des centaines de milliers de postes de travail qui resteront plus longtemps fermés à l’accès des jeunes…sauf sursaut en matière d’emploi, mais la politique économique et sociale actuelle ne nous conduit pas dans cette direction.

 

 

Troisième constatation : la comparaison des situations actuelles des régimes de retraite, et des projets en cours, en Europe ne confirme pas l’affirmation du gouvernement et de l’UMP selon laquelle nous serions « en retard ».

 

La revue Alternatives économiques(voir http://www.alternatives-economiques.fr/retraites--mefions-nous-des-apparences_fr_art_940_49922.html) a, dans son numéro de juillet, rassemblé des données relatives à la situation des retraites dans les différents pays. Ce travail offre un tableau différent de ce que martèle la propagande UMP-MEDEF depuis des années.

 

Nous nous contenterons ici de la comparaison France/ Allemagne/Royaume-Uni, pays effectivement comparables. Cela donne :

 

France

  • Age minimum: 60 ans
  • Durée de cotisation: 40,5 ans pour un taux plein
  • Taux plein (a): à 65 ans
  • Sortie du marché du travail: à 59,3 ans en moyenne (2008)
  • Liquidation des droits (b): à 60,2 ans en moyenne en 2004; à 61,5 ans en 2009
  • Réforme en projet: l'âge minimum passera à 62 ans d'ici à 2018, l'âge du taux plein à 67 ans et la durée de cotisation sera portée à 41,5 ans en 2020

Allemagne

  • Age minimum: 63 ans
  • Durée de cotisation: 35 ans
  • Taux plein (a): à 65 ans
  • Sortie du marché du travail: à 61,7 ans en moyenne (2008)
  • Liquidation des droits (b): à 63,2 ans en moyenne en 2006 (60,7 ans avec les dispositifs d'invalidité)
  • Réforme en cours: l'âge du taux plein passera de 65 à 67 ans d'ici à 2029. L'âge minimum reste inchangé et il sera toujours possible de partir à 65 ans sans décote avec 45 ans de cotisation

Royaume-Uni [2]

  • Age minimum: 65 ans pour les hommes, 60 ans pour les femmes.
  • Durée de cotisation: 44 ans pour les hommes et 39 ans pour les femmes
  • Taux plein (a): à 65 ans pour les hommes, 60 pour les femmes
  • Sortie du marché du travail: à 63,1 ans en moyenne (2008)
  • Liquidation des droits (b): à 62,3 ans en moyenne (2006)
  • Réforme en cours: l'âge minimum va être porté à 68 ans d'ici à 2046, mais la durée de cotisation passe à 30 ans

On remarque immédiatement que les 60 ans sont effectivement au bas de la fourchette dans la situation actuelle ainsi que les 62 ans concernant les projets de réforme.

 

S’agissant des durées de cotisation, le tableau devient très différent : la France offre, parmi les 3 pays considérés, une durée de cotisation intermédiaire pour les hommes, mais a aujourd’hui la plus longue pour les femmes. Et, dans le projet Woerth-Sarkozy, elle devient le pays où il sera le plus difficile d’obtenir une pension pleine…particulièrement pour les femmes, déjà pénalisées dans leur salaire d’activité[3].

 

Les dates de liquidation des retraites sont finalement assez proches entre les 3  pays : 61,5 ans en France, 63,2 ans en Allemagne (60,7 pour les invalides) et 62,3 ans au Royaume-Uni.

 

Les dates d’application des projets de « réforme » sont également à considérer : 2018 en France, 2029 (!) en Allemagne et 2046 (!!) au Royaume-Uni…Nous sommes donc le pays où cela « urgerait» le plus alors que nous avons la démographie la plus prometteuse…bizarre.

 

La preuve est là, évidente, que la précipitation du pouvoir libéral-autoritaire (pas de concertation réelle avec les syndicats, discussion parlementaire tronquée cette semaine, propagande massive pour accréditer différents mensonges, diversion minable sur les Roms et la sécurité, etc.) ne réside pas dans l’urgence de la situation mais dans la volonté de mettre en œuvre une réforme injuste voulue par le seul Medef.

 

Dans l’espérance probablement vaine (parce qu’on sait que sur les finances publiques en général ce sera très difficile) de rassurer des marchés financiers de toutes façons insatiables[4], qu’on épargne alors qu’il faudrait les remettre à leur juste place.

 

Médiocrité et injustice du projet, mensonges réitérés pour le faire passer en force, inefficacité économique et financière au bout…

 

Quelques raisons d’agir le 23 septembre par la grève et par la manifestation, non ?

 



[1] Au passage, et sans provocation, on notera que l’argument qui consiste à dire que plus la durée de vie s’allonge, plus il faut travailler longtemps s’il était solide, devrait conduire à ce que les femmes travaillent plus longtemps que les hommes pour bénéficier d’une retraite puisqu’elles vivent nettement plus longtemps en moyenne…Ceci n’a évidemment aucun sens ;

 

[2] A noter : une particularité par rapport aux deux autres pays, le poids des fonds de pension dans le régime britannique

Tag(s) : #Données

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