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Stéphane Gatignon, maire de Sevran et membre d’Europe Ecologie Les Verts, vient de proposer un recours à l’armée pour régler la situation dans le quartier des Beaudotte, suite à des coups de feu et règlements de compte sordides et mortifères. Cette position s’harmoniserait sans doute mieux avec des régimes autoritaires que sous des cieux démocratiques. 

 

Quand d’un autre côté, Gatignon propose la légalisation du cannabis, on cherche en vain la cohérence… des idées. 

 

Qu’il faille d’urgence renforcer la présence humaine de l’Etat et de la police pour protéger les habitants, j’en suis convaincue. Qu’il faille lutter contre les trafiquants et donc mettre en œuvre de nouveaux moyens pour parvenir à des résultats, c’est une évidence. L’établissement de la liberté collective et individuelle implique un effort conjoint, un travail commun entre la puissance publique, les collectivités locales, les associations et les habitants.

 

 

Mais recourir à l’armée, alors que ce type d’intervention ne fait pas partie de ses compétences, reviendrait à nourrir l’idée de zones ne relevant pas du droit commun. De plus, l’idée d’une intervention militaire alimente la dérive sécuritaire, si chère au gouvernement sarkozyste qui fait de la répression et la stigmatisation l’alpha et l’omega de son rapport aux banlieues populaires. 

 

S’il y a une guerre à mener, elle est politique. C’est celle contre le chômage, la précarité, la ségrégation, le racisme, le désengagement de l’Etat, le recul des services publics, le développement profondément inégalitaire des territoires. La colère à porter, légitime devant ces drames, doit prendre en compte les éléments structurants qui amènent à de telles situations. En l’occurrence, celle des moyens dédiés aux quartiers les plus défavorisés et aux publics les plus en difficulté.

 

 

Quand dans certaines cités le taux de chômage dépasse 45% chez les jeunes, que la misère prospère, que l’école fonctionne avec des bouts de ficelle, que La Poste ferme ses portes, que les lignes de transports n’arrivent jamais, que les budgets des collectivités fondent comme neige au soleil, comment voulez-vous que le bien vivre ensemble et la liberté deviennent réalité ?

 

 

En 2005, quand les jeunes ont mis le feu aux banlieues, le gouvernement avait demandé le rétablissement d’un couvre-feu et de l’Etat d’urgence, rappelant de sombres heures de l’histoire. Comme d’autres, je m’y étais fermement opposée. La violence exprimée, fut-ce sans mot d’ordre explicite, sonnait comme un cri d’alarme face à des .situations sociales tendues et désespérantes. Elle aurait du être prise en compte, sérieusement. Car la condamnation de ces jeunes et la répression ne pouvaient apporter de solutions véritables, durables, émancipatrices aux problèmes soulevés. D’ailleurs, près de six ans plus tard, quel bilan ? 

 

Le “plan banlieue” fut une escroquerie, une goutte d’eau dans un océan de besoins. Les élus locaux sont encore plus démunis pour répondre à l’ampleur des problèmes et inquiétudes des habitants. 

 

Pour que la démagogie et les solutions autoritaires de court terme ne prennent pas le dessus, il faut prendre à bras-le-corps les enjeux des quartiers populaires. Seule une gauche au clair avec ses valeurs peut y parvenir

 

tribune de Clémentine Autain parue sur le site du nouvel obs

Tag(s) : #Débats
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