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Kadafou-Libye
Ma position sur la Libye.
 
La folie du monde ou la passion de la force

 

Khadafi commentant la résolution de l'ONU a annoncé que, puisque le monde était fou, il le serait également et qu'on verrait bien qui serait le plus fou: If the world gets crazy with us, we will get crazy too. We will respond. We will make their lives hell because they are making our lives hell. They will never have peace. On a du mal à ne pas être d'accord avec lui et saluer à l'intérieur de sa propre folie une certaine lucidité et la conscience d'être soi-même fou. On aimerait que le reste du monde, à défaut d'autre chose, soit capable de tels passages de lucidité.

Avant d'entamer, rendons grâce à ceux qui ne sont pas fous: "Nous nous opposons au recours à la force dans les relations internationales", a déclaré Jiang Yu, porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, ajoutant que la crise en Libye devait être résolue par "la négociation et par d'autres moyens pacifiques". L'Allemagne a également fait part de son scepticisme sur le sujet, évoquant des "risques et des dangers considérables". La Russie, enfin, a annoncé que sa participation était ëxclue". L'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine, a jugé "regrettable" que "la passion pour l'usage de la force ait prévalu".1

Passion pour l'usage de la force me parait effectivement le terme le plus approprié pour décrire la nature psychologique du vote du conseil de sécurité.

On pourrait aussi saluer le secrétaire de la défense américain qui, le 25 février, faisant un discours à West Point, où sont formés les futurs officiers de l'U.S. Army, disait: But in my opinion, any future defense secretary who advises the president to again send a big American land army into Asia or into the Middle East or Africa should "have his head examined," as General MacArthur so delicately put it. En gros, le prochain secrétaire à la défense qui envoie des troupes sur un autre continent est un fou... et commentant les propositions de Cameron sur la no-fly zone :"Let's just call a spade a spade. A no-fly zone begins with an attack on Libya. That's the way you do a no-fly zone. And then you can fly planes around the country and not worry about our guys being shot down." Mais, apparemment, l'opinion de Robert Gates n'a pas pesé de tout son poids dans les méandres de la bureaucratie Washingtonienne bien que probablement l'Amérique n'engagera pas de troupes, ou seulement de manière symbolique.

Passons à la folie anglaise dans cet excellent article de Marie Dejevsky 2 dont je cite le début de l'article: There have been times in the past 10 days when you could listen to David Cameron in the House of Commons and hear not the voice of the Coalition in 2011, but that of Tony Blair from 2002-3. The same well-spoken urgency, the same high morality, the same sincere concern for his fellow human beings, the same confidence of being on the right side of history. Only the intended beneficiary of the proposed military action is different: the besieged anti-Gaddafi forces in Libya, rather than the Kurds or the Marsh Arabs of Iraq. "Le même sens d'élévation moral", "le même sincére souci pour nos semblables humains", "la même confiance d'être du bon côté de l'histoire", tout comme quand on justifiait l'invasion de l'Irak...

Abordons la folie française qui nous concerne au premier chef, puisque nous sommes en premiére ligne avec notre vaillant nouveau ministre des affaires étrangéres. Passons sur les éternels fous néoconservateurs français Glucksman, BHL, Bruckner, signant un appel dans le Monde 3 pour appeler à l'intervention en Libye, comme ils le font à chaque fois que l'opportunité existe de renverser un dictateur non soutenu par les américains, selon le concept philosophique trés profond des forces du bien contre les forces du mal.

Passons sur cette passion soudaine de l'Etat Francais pour la liberté des autres. On l'a connu plus pusillanime. Dans le cas du Sahara Occidental par exemple, fort de son droit de veto au conseil de sécurité la france refuse "l'élargissement du mandat de la Minurso aux questions de droits de l'homme". C'est à dire que, loin d'une intervention militaire, la France refuse que les exactions contre les civils puissent seulement être rapportées de manière neutre par les casques bleus, alors que ce mandat existe dans tous les autres pays où les casques bleus opérent. Tout cela pour ne pas froisser son fidéle allié Marocain. 4 Il est d'ailleurs à noter que les événements du Sahara Occidental de novembre n'ont pas suscité tout à fait le même intérêt que les événements en Tunisie et en Egypte alors qu'ils les précédent seulement de quelques semaines.

Le plus intéressant est d'observer que l'axe interventionniste au delà des habituels faucons pénétre cette fois profondément la gauche française jusqu'à gauche de la gauche et même des organisations comme la Ligue des Droits de l'Homme ou le mouvement de la paix qui ne condamne pas explicitement la résolution du conseil de sécurité.(On peut se demander alors la signification du mot "paix" quand il s'agit de ne pas condamner une guerre. Les efforts surhumains du Mouvement de la Paix pour lire la résolution du conseil de sécurité dans son sens le plus humanitaire laisse songeur. La raison pour laquelle cette résolution est comme cela c'est pour obtenir l'abstention de la Russie, de la Chine et de l'Allemagne, mais ceux qui vont mettre en oeuvre cette résolution en auront une lecture autrement plus militaire).

On pourra pourtant avoir de sérieux doutes sur la nature d'une telle intervention Onusienne à laquelle va participer l'Arabie Saoudite, pays bien connu pour défendre les libertés avec quelques centaines de prisonniers politiques, qui a tué dans l'oeuf toutes protestations chez elle (C'est "le chien qui n'a pas aboyé". D'une part, les protestations sont interdites et d'autre part, le déploiement massifs des forces de sécurité ont tués toutes vélléités avant que qu'elles n'arrivent) et qui vient quasiment d'envahir Bahrein au cas où les protestations de la population pourraient renverser la dynastie des Al Khalifa. Si on était mauvaise langue, on pourrait aussi mentionner que, comme par hasard, la Libye a du pétrole. Mais je ne suis pas mauvaise langue et j'admets qu'on ne peut imaginer éliminer toutes les contradictions.

Un autre point qui peut laisser sceptique est le fait que cette intervention n'est imaginable que dans le cadre du rapport de fort à faible. C'est bien parce qu'on imagine bien que les forces Libyennes sont suffisament faibles et qu'il n'y aura relativement pas de ripostes, ou du moins trés loin de chez nous, que ce genre d'intervention peut avoir lieu. S'il s'agissait de la Corée du Nord il en serait tout autre et le réalisme aurait vite fait de nous dissuader d'une agression envers ce pays. La conclusion est vite tirée pour les pays les plus faibles militairement, armons-nous "vite et bien", on est jamais à l'abri. Les marchands d'armes peuvent dormir tranquilles. Quant à l'usage des mots courages et lacheté que l'on lit, ici ou là, on se demande à quoi ils se référent en l'occurence.

Donc nous sommes en guerre avec la Libye, ce qui immanquablement amène les questions suivantes: Que restera-t'il de la Libye à la fin de la guerre? Quelle légitimité auront à gouverner les insurgés qui auront pris le pouvoir grâce à la puissance militaire occidentale ? Combien de temps la communauté internationale va prendre la Libye sous tutelle avant de pouvoir céder la direction au Lybien eux mêmes ? Ne sommes-nous pas en train d'accepter de fait la partition en deux de la Libye? Quel précédent créons-nous pour les futurs relations internationales? Par exemple si l'Iran intervient au Bahrein sur quels principes nous y opposerons-nous?(bien sur l'Iran n'a pas la puissance d'obtenir la "légalité" avec la résolution du conseil de sécurité, mais pour ce qui est des raisons elle aussi légitime d'intervenir au Bahrein que nous en Libye) Comment peut-on assurer aujourd'hui qu'il n'y aura pas d'interventions terrestres si les choses tournent mal? Je laisse bien sur les questions ouvertes et il n'est pas exclu qu'aprés tout tout se passe bien et selon le scénario le plus optimiste. Aprés tout, si un grand coup de pied dans la télévision peut remettre celle-ci en marche, il peut en aller de même pour les événements historiques.

Je me laisse aller à une interprétation un peu personnelle des événements. Est-ce que cette ferveur guerriére existerait si Khadafi n'était pas cet acteur hollywoodien de génie incarnant à merveille le rôle du méchant? Si la dictature était plus impersonelle comme au Myanmar ou incarné par un personnage plus sacré comme le roi du Maroc ou le roi Abdallah est-ce que cela susciterait les mêmes passions ? J'en doute. Il y a comme quelque chose de trop parfait quand le méchant joue parfaitement le rôle du méchant ne nous laissant finallement que le bon rôle du gentil luttant pour la bonne cause.

 

Julien Alapetite 19 mars 2011

1Passage issue d'un article du Monde. 2http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/mary-dejevsky/mary-dejevsky-the-west-still-labours-under-the-shadow-of-iraq-2245016.html

3http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/16/oui-il-faut-intervenir-en-libye-et-vite_1493895_3232.html

4Voir l'article Philippe Bolopion (directeur ONU de Human Rights Watch)http://www.hrw.org/fr/news/2010/12/22/sahara-occidental-la-france-contre-les-droits-de-lhomme ou

de Stéphane Ballonghttp://www.afrik.com/article16715.html.

Tag(s) : #Débats
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